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Full text of "Journal de l'expédition du chevalier de Troyes à la baie d'Hudson en 1686"

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UNIVERSITY 
OF PITTSBURGH 









LIBRARY 



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Imprimatur 

L.-N. Card. Begin, 
Arch. Queb. 

Quebeci, die 15 sept. 1918. 



Droits réservés, Canada, içi8 



JOURNAL DE L'EXPEDITION 



DU 



CHEVALIER DE ÏROYES 



A LA BAIE D'HUDSON, EN 1686. 



ÉDITÉ ET ANNOTÉ 



L'ABBÊ IVANHOE CARON 

Docteur de l'Académie Romaine de 8aint-Thoma.s d'Aquin, 

Docteur en théologie, Membre de la Société Historique 

de Montréal. 

Missionnaire-colonisateur. 



BEAUCEVILLE 
LA COMPAGNIE DE " L'ÊCLAIREUE 

1918 



Fioc 



DEDICACE 



A Sa Grandeur Monseigneur Elie-Anicet Latulipe, 
Evêque de Haile^burX). 

y ai voulu. Monseigneur, vous dédier ce récit, où sont relatés les 
faits héroïques des premiers explorateurs du Témiscamingue et de VAbi- 
iibi, les travaux apostoliques des premiers missionnaires de la baie 
d'Hudson. 

Chaque coin de notre terre canadienne porte, pour ainsi dire, 
l'empreinte des pas de ces intrépides voyageurs qui, au milieu d'obstacles 
sans nombre, insouciants des dangers, bravant les intempéries des saisons, 
s'en allaient au loin, à la conquête de nouveaux territoires; des bords 
du Saint-Laurent aux rivages de la baie d'Hudson et aux plaines de 
l'Ouest, ils avaient planté le drapeau fleurdelisé et fait vibrer le verbe 
français. 

Les missionnaires, apôtres du Christ, les suivaient et jetaient la 
bonne semence de l'Evangile parmi les nations indigènes. "Un bré- 
viaire suspendu au cou, une croix à la main, dit Carneau, ils accomplis- 
saient, souvent au risque de leur vie, les plus rudes voyages en des terres 
inconnues." 

Vous avez. Monseigneur, marché sur les traces de ces pionniers 
du sol et de l'Evangile. 

Evêque et missiormaire-colonisateur, vous avez suivi le cours rapide 
et tortueux des rivières qui ont vu passer, il }) a deux ceut trente ans, le 
chevalier de Troyes et ses audacieux compagnons: comme eux vous 
avez élevé votre tente sur les bords des grands lacs; comme eux vous 



\ 



VI 

avez pénétré à travers les forêts épaisses du Témiscamingue et de VAbi- 
tibi, non pas à la recherche des fourrures précieuses, et d'un âpre gain, 
mais pour y appeler les défricheurs, les colons, les conquérants pacifiques 
de la terre qui nourrit. 

Evêque et apôtre, vous êtes allé, jusque sur les rivages de la baie 
d'Hudson, porter les paroles de consolation et d'espérance chrétienne 
aux tribus indiermes évangélisées autrefois par les Pères Silv^, Dalmas, 
et Marest, catéchisées de nouveau par le Père Laverlochère et les mis- 
sionnaires Oblats. 

Ce mémoire du chevalier de Troyes rattache le passé au présent. 
Il formera le premier chapitre de l'histoire de l'immense diocèse de 
Haileybury, qui embrasse presque tout le territoire traversé par le corps 
expéditionnaire de 1 686. 

Que de détails charmants il renferme! combien de petits faits 
d'histoire il éclaircit et met dans leur vrai jour! Comme elle est belle 
notre histoire canadienne! N'en laissons perdre aucune parcelle; gar- 
dons-lui sa physionomie intime, ce mélange sublime de bravoure cheva- 
leresque, de piété délicate et tendre qui se confie à Dieu dans les moments 
critiques, qui ne désespère jamais. 

Ces gestes des Français d'autrefois, il importe qu'ils soient rappelés 
à la génération présente, qu'ils soient inscrits dans les annales du pays, 
pour les générations à venir. Et, c'est pourquoi je livre à la publicité 
le récit du chevalier de Troyes, et je prie Votre Grandeur de vouloir 
bien en accepter la dédicace. 

§ 



Monsieur Pabbé Ivanhoë Caron. 

Missionnaire-colonisateur, 
Cluébec. 

Cher Monsieur Caron, 

J'accepte avec une reconnaissance mêlée d'un peu de confusion la 
dédicace de l'intéressant récit que vous nous promettez, et je comprends 
que c'est par pure bienveillance que vous daignez associer l'ouvrier de 



VII 

la onzième heure à ceux qui ont porté, depuis Vaube, le poids du jour 
et de la chaleur. 

Il est vrai que j'ai passé par les mêmes chemins, mais c'était dans 
un confort relatif. Il restait bien encore quelques maringuoins, mais 
leurs dards ne se peuvent comparer aux flèches empoisonnées des Iroquois 
qui se cachaient au bout des pointes, en quête de chevelures et altérés de 
sang français. 

Que de fois, en voijageanf sur nos lacs et rivières, sillonnés autrefois 
par le canot d'écorce de ces preux, j'ai songé à leurs fatigues, à leur' 
isolement, à leurs sacrifices et à leurs dangers. 

Qu'étaient leurs conversations le soir auprès du grand feu de la 
grève ? Que furent leurs rêves de chrétiens et de Français à la vue de 
ces terres immenses qui se déroulaient chaque jour devant eux ? 

Qui leur eut dit alors que dans cet Ontario, dont ils consacraient 
le sol par leur héroïsme et leurs vertus, on ferait plus tard des lois pour 
ostraciser leurs fils et éteindre sur les lèvres de l'enfance le verbe de 
France ? 

Vous avez bien fait de tirer de l'oubli cette page sublime. Elle 
apprendra aux derniers venus un peu de notre histoire et leur fera com- 
prendre notre attachement au sol de la patrie canadienne. Elle enflam- 
mera notre jeunesse et prouvera encore une fois qu'on est grand, non 
pas dans la mesure de sa force ou de son argent, mais en proportiori 
de son dévouement, de son travail et de son esprit de sacrifice. 

Quils vivent dans nos mémoires et qu'ils revivent dans nos familles, 
ces géants des premiers temps, prêtres et laïcs, qui furent les pionniers 
de notre sol, qui plantèrent partout la croix et qui arborèrent sur nos 
rivages le d/apeau de la civilisation chrétienne. 

Ces deux germes de la vie, votre récit va les féconder et mon coeur 
d'évêque les bénit. 

Veuillez me croire, cher Monsieur, votre tout dévoué. 

t ELIE-ANICET, 

Evêque d'Haileybury. 
Evêché d'Haile\)burv, 21 mars 1918. 



PREFACE 



Le journal de l'expédition du chevalier de Troyes à la baie 
d'Hudson, en I 686, n'a pas été encore imprimé. Le manuscrit original 
est conservé à la bibliothèque nationale à Paris. Il fait partie de l'an- 
cienne collection Clairambault, et est catalogué sous le numéro 1026 
(f. f. 409-452) (1). 

M. A. -G. Doughty, député-ministre, du département des Archi- 
ves Canadiennes, a bien voulu nous en faire prendre une copie, que 
nous reproduisons dans le présent ouvrage. 

Le journal a été écrit par le chevalier de Troyes lui-même, d'après 
des notes prises chaque jour, au cours de l'expédition. M. de Troyes 
était un observateur; il nous fait une peinture exacte des régions qu'il 
a traversées, des événements dont il a été témoin. 

C'est la narration la plus complète que nous avons de cette mémo- 



Ci) La collection de Pierre Clairambault, généologiste des Or- 
dres du Roi, est une des plus importantes de la Biblioth(^que Nationale. 

Pierre Clairambault, né en 1651, travailla longtemps dans les bureaux 
de Colbert, de Seignelay, de Pontchartrain et de Maurepas, en même 
temps, il s'occupait de recherches historiques ; il était chargé, en 1683. 
de réunir les documents nécessaires pour dresser le catalogue général 
de la noblesse, et un peu plus tard de classer et d'inventorier les collec- 
tions de Saignéères et d'Hozier. 

Ses fonctions officielles et les différents travaux qui lui furent con- 
fiés, l'amenèrent à. réunir un grand nombre de pièces historiques, généa- 
logiques, etc. 

Son cabinet, ainsi formé d'éléments empruntés à des sources très 
diverses, passa après sa mort, en 1740, à son neveu, Nicolas Pascal, qui 
le vendit au roi en 1755. 

Il se composait alors de 3,250 volumes ou boîtes ; aujourd'hui, par 
suite des mutilations qu'il a eu à subir pendant la période révolution- 
naire, il ne compte plus que 348 volumes dont 129 constituent le fonds 
dit du Saint-Esprit. (Rapport sur les Archives de France relatives à 
l'histoire du Canada par J. -Edmond Roy. Publication des Archives du 
Canada. No 6. Ottawa, 1911.) 



IX 

rable expédition de 1 686. 

Nous avions déjà le récit compris dans le Recueil de ce qui s'est 
passé en Canada au sujet de la guerre, tant des Anglais que des Iroquois, 
depuis i année 1 682, que l'on a attribué à l'ingénieur Gédéon de Cata- 
logne. Il semble bien que M. de Catalogne raconte des faits auxquels 
il a pris part; tout de même il est assez curieux de constater qu'il ne 
soit fait aucune mention dans le manuscrit du chevalier de Troyes d'un 
homme de l'importance de l'ingénieur de Catalogne. 

Une autre narration, bien courte, est celle du Père Silvy que 
Monseigneur de Saint-Vallier a reproduite dans VEstat présent de 
VEglise et de la colonie française dans la Nouvelle-France, publié à 
Paris en 1 688. 

Nous avons mis en appendice le récit attribué à M. de Catalogne 
et celui du Père Silvy, afin que les lecteurs puissent les comparer avec 
la relation du chevalier de Troyes (2). 

Nous avons ajouté à ces deux récits un certain nombre de pièces 
inédites qui ne se rapportent pas directement au récit de M. de Troyes, 
mais qui, tout de même, le complètent. 

Quant au mémoire du chevalier de Troyes, nous l'avons reproduit 
tel quel, avec ses incorrections de style, ses fautes de grammaire et 
d'orthographe. 

Nous y avons cependant ajouté les signes de ponctuation, afin d'en 
rendre la lecture plus facile. 

Nous tenons à remercier tout spécialement M. A. -G. Doughty, 
par l'entremise duquel nous avons pu avoir une copie du manuscrit du 
chevalier de Troyes. Mgr Amédée Gosselin, archiviste de l'Université 
Laval, et M. Pierre-Georges Roy, archiviste du gouvernement fédéral, 
H Québec, nous ont fourni plusieurs renseignements intéressants. Nous 
leur offrons à eux aussi nos sincères remerciements. 



(2) Appendices E et F. 



INTRODUCTION HISTORIQUE 



Qui était ce chevalier Pierre de Troyes, dont nous 
publions l'intéressant mémoire ? d'où était-il origi- 
naire ? où avait-il conquis ses titres de gloire f à 
quel âge vint-il dans la Nouvelle-France ? Autant 
de questions qui sont encore à résoudre et que les 
dociunents de l'époque ne nous permettent pas 
d'éclaircir. 

Nous sommes portés à croire qu'il était encore 
dans la pleine vigueur de l'âge mûr lorsqu'il arriva 
dans la Nouvelle-France; le récit qu'il a laissé de 
son expédition à la baie d'Hudson, en 1686, nous 
fait voir un homme doué d'une force physique 
peu ordinaire, d'une volonté qui ne se laissait pas 
abattre par les difficultés. En même temps, 

nous y reconnaissons un homme d'un jugement so- 
lide, doué d'un remarquable esprit d'observation. 

Le chevalier de Troyes arriva à Québec le 1er 
août 1685, le même jour que le marquis de Denon- 
ville, qui venait remplacer M. de la Barre. Le roi, 
qui avait chargé le nouveau gouverneur de pousser 
activement la guerre contre les Iroquois, lui avait 
donné un renfort de 500 soldats, qui furent embar- 
qués sur deux vaisseaux; malheureusement, cin- 
quante moururent pendant la traversée. Le chevalier 
de Troyes avait reçu avant son départ de France le 
commandement d'une compagnie dans ces nouvelles 
troupes. 



— 2 — 



Sa commission, datée du 5 mars 1685, se lit ainsi : 
" De par le Roy. — 

" Sa Majesté voulant pourvoir au commande- 
^^ ment de l'une des compagnies d'infanterie qu'elle 
'' fait passer en la Nouvelle-France, Elle a fait choix 
" pour cet effet du Sr. de Troyes, Mande Sa Majesté 
" aux Srs Marquis de Denonville, Gouverneur et son 
" lieutenant Général, et de Meules, intendant de 
'' justice, police et finance au dit pays, de faire 
'' reconnoistre le dit Sr de Troyes en la dite qualité 
" de capitaine de la dite compagnie." 

Fait . (1) 

Quelques mois après son arrivée à Québec, Pierre 
de Troyes était chargé d'une mission fort périlleuse: 
c'était de conduire à la baie d'Hudson la petite 
troupe de soldats que le marquis de Denonville avait 
décidé d'y envoyer pour déloger les Anglais qui s'y 
étaient établis. 

Les Français et les Anglais se disputaient depuis 
longtemps la possession de cette baie. En 1668, 
conduits par deux transfuges canadiens, Médéric 
Chouart des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson, 
les Anglais avaient bâti, à l'embouchure de la rivière 
Nemiskau (Rupert), un fort auquel ils donnèrent 
le nom de Charles. Deux ans plus tard, Chouart et 
Radisson allaient fonder pour le compte de la com- 
pagnie de la baie d'Hudson, qui venait d'être orga- 
nisée, un poste à la rivière Nelson. 

C'est aussi vers le même temps que les Anglais 
établirent deux autres postes, l'un à la rivière Mon- 
soni ( Abitibi) et l'autre à la rivière Quichitchouanne 
(Albany ou Sainte- Anne). 

Mécontents de la manière dont ils avaient été 

(1) Archives Canadiennes, série F., vol. 215, p. 142. — Ordres du 
Roi (série B-Il), 1684-1685. 



~ 3 — 

traités par les nobles aventuriers de la compagnie 
de la baie d'Hudson, Cliouart et Radisson. revinrent 
en France et obtinrent le pardon de leur trahison. 
De Groseilliers retourna en Canada; Radisson prit 
du service dans la marine française, tout en conser- 
vant l'espoir de reprendre un jour ses courses aven- 
tureuses vers la baie du Nord. De retour en France, 
en 1679, il rencontra à Paris le sieur Aubert de la 
Chenaye qui, avec le sieur Gauthier de Comporté et 
quelques marchands du Canada, venait d'organiser 
la compagnie du Nord, dont le but était de fonder 
des établissements dans la baie d'Hudson, afin de s'y 
livrer au commerce des fourrures. 

Aubert de la Chenaye se laissa gagner par les 
belles promesses de Radisson; il lui donna, au prin- 
temps de .1682, deux petits navires pour faire le 
voyage à la baie d 'Hudson, au profit de la compagnie 
du Nord. 

Radisson, accompagné de son neveu, Jean-Bap- 
tiste Chouart Des Groseilliers, et d'un pilote expé- 
rimenté, Pierre Allemand, conduisit brillanmient 
l'expédition. Il s'empara de deux navires anglais 
et du fort Nelson qu'il brûla; sur ses ruines, il 
construisit le fort Bourbon. Les Français passèrent 
l'hiver de 1682-1683 à la rivière Hayes (Sainte- 
Thérèse); au mois d'octobre 1683, ils étaient de 
j-otour, à l'exception de Jean-Baptiste Chouart qui 
était resté, avec huit honmies, au fort Bourbon (2). 

Radisson fut mal reçu par M. de la Barre, qui le 

força de remettre aux Anglais le vaisseau qu'il leur 
avait enlevé. N'ayant pu obtenir justice auprès du 
gouvernement français, Radisson trahit de nouveau 
sa patrie, et passa en Angleterre, où il obtint de la 

(2) Archives Canadiennes, Collection Moreau de St. Mery, vol. 
F. 176, page 180. Voir appendice A. 



— 4 — 

compagnie de la baie d'Hudson trois vaisseaux pour 
aller détruire les établissements français de la baie. 
Sans coup férir, dans l'été de 1684, il s'empara du 
fort Bourbon, qu'il réduisit en cendre; il se saisit 
de son neveu qui lui reprochait sa trahison, et s'ap- 
propria pour plus de 400,000 francs de pelleteries; 
un nouveau fort fut construit; on y installa vingt 
pièces de canon et une garnison de cinquante hom- 
mes (3). 

Pendant que Radisson commettait ces actes de 
piraterie, les associés de la compagnie du Nord, 
fiers du succès qui avait couronné leur expédition de 
l'été de 1682, essayaient d'organiser leur compagnie 
sur des bases plus solides. 

A la suggestion de M. de la Barre, ils avaient 
recruté plusieurs sociétaires nouveaux, et formé la 
compagnie canadienne de la baie d'Hudson, par 
opj)Osition à la compagnie anglaise du même 
nom (4). 

Gauthier de Comporté, l'un des principaux inté- 
ressés, passa en France dans l 'automne de 1684, pour 
surveiller les affaires de la compagnie. 

En arrivant à Larochelle, il apprit la trahison de 
Radisson et les grandes pertes que la compagnie 
venait d'éprouver. 

Dans un mémoire qu'il adressa inmiédiatement 
au marquis de Seignelay, il le priait de vouloir bien 
accorder sa protection à la société nouvelle, et de lui 
donner la propriété des terres de la baie d'Hudson, 
et de l'endroit où les intéressés avaient leurs établis- 
sements (5). 

Le roi accéda à sa demande, et concéda aux mêm- 
es) Mémoire des intéressés dans la compagnie de la baie d'Hudson, 
Paris, 6e février 1685, Archives Canadiennes, Correspondance générait», 
vol. F. 7. C. II, p. 315. Voir appendices B et D. 

(4) Mémoire cité. Voir appendice B. 

(5) Mémoire cité. Voir appendice B. 



— 5 — 

bres de la compagnie canadienne de la baie d'Hudson 
le monopole de la traite des fourrures dans la baie 
d'Hudson pour une période de vingt ans, avec la pro- 
priété exclusive de la rivière Bourbon et la permis- 
sion d'établir deux postes, l'un sur le lac des Abitibis 
et l'autre sur le lac Nemisco (6). 

Fort de son droit, de Comporté s'adressa à l'am- 
bassadeur anglais, à Paris, ]3our obtenir que le fort 
de Bourbon fut remis aux Français, et que les torts 
causés par Radisson fussent réparés, "mais il ne 
put obtenir autre chose, dit Denonville, que c'était 
une affaire de marchands" (7). 

C'est alors que les associés résolurent d'organiser 
une expédition à leur propre compte, et d'aller 
déloger de nouveau les Anglais de la baie d'Hudson. 
L'entreprise était hardie; car on allait prendre 
une route nouvelle, la route de terre; de Montréal 
on se rendait à la baie James, en canot, en suivant 
le cours des lacs et des rivières de l 'intérieur du pays. 
Il fallait des hommes d'une force physique et d'un 
courage peu ordinaires pour entreprendre un pareil 
voyage. 

Le chevalier de Troyes fut chargé de commander 
la petite troupe de braves, choisis pour mener à bonne 
fin une entreprise aussi difficile. Le 12 février 1686, 
le marquis de Denonville lui donnait les instructions 
suivantes : 

" Instructions de Jacques de Brisay, chevalier, 
" seigneur, marquis de Denonville, etc., gouverneur 
'' et lieutenant-général pour le roi en Canada, Aca- 
"die, île de Terreneuve, etc., au sieur de Troyes 
'^ pour aller occuper des postes sur les côtes de la 
'' haie du Nord, etc., etc. 

" Les violences que plusieurs particuliers anglais 

(6) Arrêt du conseil d'Etat du roi, 20 mai 1685, — Jugements et 
délibérations du Conseil Souverain, vol. II, p. 1037. 

(7) Denonville au Ministre, 10 novembre 1686, — Archives cana- 
diennes. Correspondance générale, vol. 8, fol. 129. 



— 6 - 

" ont commises dans les personnes de plusieurs 
" français envoyés par la compagnie et société des 
" hahitants de cette colonie pour le commerce des 
" pelleteries du côté de la baie du Nord, dont la con- 
'' cession leur avait été accordée par Sa Majesté, par 
"" lettres patentes du 20 mai dernier, qui approuvent 
'^ et autorisent la dite corripagnie, et la connaissance 
'' que nous avons de la perfidie du nommé Radisson, 
^' sujet du roi et employé depuis plusieurs années 
" par la dite compagnie, lequel, au lieu d'être fidèle 
'^ à leurs intérêts, s'est dérobé pour aller en Angle- 
*' terre, en dessein de s'associer de gens pour piller 
" les postes que lui-même avait établis, et les mar- 
" chandises qu'il y avait portées pour la traite de la 
'' fourrure de la part de ceux qui l'y avaient employé 
" et lui avaient confié leurs intérêts. Son pernicieux 
'^ dessein lui ayant rétissi, le 15 août 1684, par une 
" trahison qu'il fit à Chouart, son neveu, que lui- 
" même avait posté dans une île située dans la rivière 
'^ Bourbon, où sur la bonne foi d'oncle envers un 
'^ neveu, et sous la bannière française, le dit Radisson 
" approchant comme ami et comme venant de la part 
''delà dite compagnie, se saisit du dit Chouart, des 
" autres Français qu'il avait avec lui et d'un grand, 
" nombre de pelleteries que le dit CJiouart et autres 
" Français avaient traitées au profit de la dite com- 
" pagnie, ce qui leur ayant été d'une perte très con- 
" sidérable, nous aurait engagé à chercher les 
" moyens de mettre à couvert de telles insultes ceux 
'' que la dite compagnie choisira à l'avenir pour la 
" régie de leurs affaires de ce côté-là. 

" Pour ce, nous avons cru ne pouvoir mieux 
" faire que de choisir le sieur de Troyes, dont la 
" sagesse, prudence et bonne conduite, savoir-faire 
'' nous sont assez connus pour l'envoyer avec le 7iom- 
" bre d'hommes et d'officiers que nous jugerons à 



— 7 - 



'' propos de lui donner, pour aller lui-même chercher 
" les postes les plus avantageux à occuper sur les 
'' côtes de la dite haie du Nord et embouchures des' - 
'' rivières qui y entrent, retrancher et fortifier les 
'' dits postes, se saisir des voleurs coureurs de lois 
" et autres que nous savons avoir pris et arrêté plu- 
" sieurs de nos Français commerçant avec les sau- 
'' vages, lesquels nous lui ordonnons d'arrêter, 
'' nommément le dit Radisson et autres ses adhérents, 
" en quelque lieu qu'il les puisse joindre^ lesquels 
" il nous ramènera comme déserteurs pour être punis 
" suivant la rigueur des ordonnances. 

'' Pour ce, nous ordonnons à tous officiers, soldats 
" et habitants de la colonie, que nous destinons 
" d'envoyer à ses ordres de reconnaître le dit sieur 
" de Troie pour leur commandant en chef et de lui 
" obéir généralement en tout ce qu'il leur ordonnera 
" pour le service du roi, de le reconnaître en la dite 
'' qualité, en foi de quoi nous avons signé ces pré- 
" sentes, à icelles fait apposer le sceau de nos armes, 
'' et fait contresigner par notre secrétaire." 

Cent hommes, dont trente des troupes régulières 
et soixante-dix choisis parmi les habitants de^ la 
colonie, furent donnés au chevalier de Troyes. C'est 
à la tête de ces braves qu'il allait accomplir, dans 
l'espace de quatre mois, les exploits audacieux dont 
il nous a laissé un si intéressant récit. 

Il avait connue premier lieutenant le sieur de 
Sainte-Hélène; d'Iberville était lieutenant en se- 
cond; le sieur de Maricourt, major; le sieur LaNoue, 
aide-major. Pierre Allemand était commissaire des 
vivres. ' Enfin un Jésuite, le Père Silvy, accompa- 
gnait la petite troupe en qualité d'aumônier. 

Ce religieux, "d'un mérite consommé", dit La- 
Potherie (8), était né en 1638, à Aix, en Provence. 

(8) Histoire de l'Amérique septentrionale, t. I, p. 147. 



— 8 — 



Venu à Québec en 1673, il fut envoyé l'année 
suivante aux missions des Outaouais, à Michillima- 
kinac. De là, il passa en 1678 à la mission de Ta- 
doussac; c'est pendant son séjour dans cette mission 
qu'il se rendit une première fois à la baie d'Hudson 
en suivant le cours de la rivière Némiskau (Rupert). 
En 1684, il accompagna M. de la Martinière et passa 
l'hiver avec lui à la rivière Bourbon (Fort Nelson). 
Il nous a laissé de son voyage un journal (9) qui a 
été publié par le R. P. Rocliemonteix dans l'ouvrage 
intitulé Relation par lettres de l'Amérique Septen- 
trionale. C'était donc son troisième voyage à la baie 
d'Hudson qu'il entreprenait, en compagnie du che- 
valier de Troyes. 

Les sieurs de Sainte-Hélène, d'Iberville et de 
Maricourt étaient les trois frères, Jacques, Pierre et 
Paul Lemoyne, fils de Charles Lemoyne, seigneur de 
Longueuil et de Châteauguay. De Sainte-Hélène 
avait alors vingt-sept ans, d'Iberville en avait vingt- 
cinq, et de Maricourt, vingt-deux. 

Zacharie Robutel, sieur de la Noue, né à Montréal 
en 1665, était fils de Claude Robutel de la Noue, sei- 
gneur de l'île Saint-Paul; en 1689, Zacharie s'allia 
à la famille Lemoyne par le mariage qu'il contracta 
avec Catherine, fille de Charles Lemoyne. C'est lui 
qui fut envoyé par Vaudreuil, en 1717, pour fonder 
un poste de traite à la rivière Kaménistigoya, près de 
Fort- William, où il demeura jusqu'en 1721. Il de- 
vint ensuite commandant du poste de la baie des 
Puants (Green Bay), sur le lac Michigan. C'est là 
qu'il décéda dans l'été de 1733. 

Pierre Allemand était un pilote renommé; il 
avait embrassé fort jeune la carrière de marin, il fit 

(9) Le manuscrit du Père Silvy est conservé à la Bibliothèque 
nationale de Paris. Il fait partie du fonds Clairambault, et est enregistré 
sous le même numéro que le manuscrit du chevalier de Troyea, fol. 618 
à^622. Voir appendice C. 



— 9 — 

son premier voyage à la baie d'Hudson avec Chouart 
et Radisson dans l 'été de 1682 ; il y retourna en 1684 
avec M. de la Martinière. Le Père Silvy fait de 
grands éloges de sa conduite dans cette expédition. 
Nous verrons par le récit du chevalier de Troyes 
qu'il ne se distingua pas moins dans la présente ex- 
IDédition. En 1688, il se rendit en France et présenta 
au marquis de Seignelay un mémoire dans lequel il 
le priait de lui accorder un j^etit vaisseau pour 
"lever des plans de tous les ports et havres des côtes 
du Canada. . . et dresser des cartes justes de toutes 
les côtes". Il ne put rien obtenir, et retourna à 
Québec où il décéda le 27 mai 1691 (10). 

Le chevalier de Troyes dut retourner à Québec 
au commencement du mois d'octobre 1686; comme 
il l'indique dans son journal, à la date du 20 octobre, 
lors de l'incendie du couvent des Ursulines, il tran- 
scrivait ses notes de voyage. 

Le 10 novembre 1686, M. de Denonville écrivait 
à M. de Seignelay (11) : 

'^ Monseigneur a été informé des ordres que je 
" donnai au Sr. de Troie au mois de Mars dernier, 
'' pour aller choisir des postes au fond de cette haie 
'* (la haie d'Hudson), tant pour faire valoir la traite 
" de notre compagnie que pour empêcher le com- 
" merce des Anglais et pour répéter {reprendre) le 
" sieur Père et les deux autres Français que je savais 
" être aux fers avec lui depuis longtemps au fort de 
'' Quichouchouanne au fond de la Baie. 

'' J'envoie à Monseigneur le duplicata de tous les 
'' ordres que je donnai la-dessus. 

''Le succès de ce voyage a été que le Sr. de Troie 
'' avec nos Canadiens a trouvé le secret de se rendre 
" maître de trois réduits et de plusieurs petites 

(10) Voir dans le Bulletin des Recherches historiques (vol. XXI, 
p. 129 et suq.) l'étude que M. P. -G. Roy a consacrée à Pierre Allemand 

(11) Arch. Can., Corr. gén. Canada, 1686. Vol. 8, folio 129. 



lO 



'' maisons pour la traite des sauvages où les mar- 
" cJiands Anglais étaient établis avec un pareil nom- 
'^ bre de gens que ceux qui les ont pris. Aussi les 
'^ Anglais n'ont plus d' établissement dans la Baie 
" d'Ûudson qu'au fort Nelson ou rivière de Bour- 
'' bon, dont ils seraient dehors si on avait mis un 
" homme à la tête du détachement canadien que l'on 
'' y envoya il y a trois ans qui eut su son fait et eut 
'^ été entreprenant " (12). 

"Quand la nouvelle de ces pertes arriva à Lon- 
"dres, dit Garneau (13), le peuple cria contre le roi, 
"auquel il attribuait tous les malheurs de la nation. 
"Le monarque, qui a perdu la confiance de ses sujets, 
"est bien à plaindre. Jacques II, déjà si impopu- 
"laire, le devient encore bien plus par un événement 
"que personne n'avait pu prévoir, et l'expédition 
"d'une poignée de Canadiens contie quelques postes 
"de traite, à l'extrémité du monde, contribua à cbran- 
"1er sur son trône un roi de la Grande-Bretagne." 

Le 11 novembre 1686, M. de Denonville, écrivant 
à M. de Seignelay (14), lui disait: 

" Le Sr. de Troyes est le plus intelligent de nos 
'^ capitaines; il a l'esprit tel qu'il faut pour avoir 
'' tous les ménagements nécessaires pour commander 
'' aux autres; on ne saurait avoir une meilleure con- 
'^ duite que celle qu'il a eu dans l'entrepî'ise du Nord, 
'' car il lui a fallu du savoir faire pour tirer des Cn- 
'' nadiens les services qu'il en a eus, et pour les 
" mettre dans l'obéissance." 

Le chevalier de Troyes passa l'hiver de 1686-87 à 
Québec; au printemps, à la tête d'une comj^agnie 
des troupes régulières, il accompagna M. de Denon- 
ville, dans son expédition contre les Tsonnontouans. 

(12) Cet homme dont il est ici question est le sieur B?rmen de la 
Martinière, qui avait passé l'hiver de 1684-S5 à la rivière Bourbon, sans 
réussir à s'emparer du fort Nelson. 

(13) Histoire du Canada. Sème édition. Tome I, page, 412. 

(14) Arch. Can., Corr. gén. Canada. Vol. 8. fol. 161. 



II 



Après avoir rudement châtié ces barbares, et détruit 
plusieurs de leurs villages, M. de Denonville s'arrêta 
à Niagara, où il construisit un fort. Le sieur de 
Troyes fut nommé commandant de ce fort. On y 
laissa une garnison de cent soldats d'élite avec six 
officiers, un garde-magasin et trois charpentiers. 

. A son retour à Montréal, le 25 août suivant, M. 
de Denonville écrivit à M. de Seignelay : 

" Ce poste (Niagara) étant en défeyise, j'y ai 
" laissé cent hommes sous Je commandement du sieur 
'' de Troye, qui fit Van passé V expédition du Nord. 
'^ C'est un très bon sujet qui ynérite bien quelque part 
" en l'honneur de vos bonnes grâces et de votre pro- 
'' tection. Il peut vous être utile en bien des choses, 
" il est sage et entendu et de bonne volonté, et a bien 
'^ servi sur terre " (15). 

La carrière du valeureux capitaine de Troyes 
devait se terminer tragiquement à Niagara. 

Pendant l'hiver le scorbut et d'autres maladies 
se déclarèrent dans la garnison, et y firent de grands 
ravages. Au printemps un parti de secours, qui 
avait été envoyé du fort Frontenac pour ravitailler 
ces malheureux, ne trouva plus au fort de Niagara 
que "trois officiers et quatre soldats se portant bien, 
et cinq ou six moribonds". 

" Il nous apprirent, dit M. de Catalogne, qtie M. 
" de Troyes, commandant, était mort le 8 mai, et 
" c'était à lui qu'on attribuait la principale cause de 
'^ la maladie, en ce que dès l'automne il avait retran- 
" ché les vivres, refusé de tuer une vache qu'il avait, 
^' que par ce moyen on aurait eu le foin qui lui était 
" destiné, pour mettre dans les paillasses des soldats 
" qui étaient contraints de coucher par terre. Cette 
" dureté détermina toute la garnison à former une 
" sédition, c'est-à-dire d'égorger le commandant et 
" quelques autres officiers, de qui ils n'étaient con- 

(15) Arch. Can., Corr. gén. Canada. Vol. 9, p. 61. 



12 



^' tents, et voulaient s^ élire un commandant pour les 
" conduire chez les Anglais, à la Nouvelle-York; de 
'' toute la garnison il n'y en eu que trois qui ne vou- 
'' lurent pas être de la partie. La veille que Vexpé- 
" dition devait se faire, wn gros parti d'Iroquois se 
" présenta devant le fort, qui de loin firent quelques 
" escarmouches, ils tinrent la garnison en haleine 
" pendant plusieurs jours ; cela fit ralentir leur 
'^ dessein, et plusieurs tombèrent malades, qui acheva 
'' de rompre leur projet " (16). 

Afin de compléter le récit du chevalier de Troyes, 
nous relaterons ici les principaux événements qui se 
passèrent au fort Sainte- Anne, jusqu'à sa prise par 
les Anglais, en 1692. 

D'Iberville était resté commandant des postes de 
la baie d'Hudson, avec de Sainte-Hélène et de Mari- 
court comme lieutenants, et le Père Silvy, comme 
aumônier. Le Jean Bart canadien allait continuer 
pendant de longues années dans ces régions loin- 
taines, la série des prouesses militaires qui devaient 
à jamais illustrer son nom. Quelques semaines après 
le départ du chevcilier de Troyes, des navires anglais 
apparurent dans la baie James. 

D'Iberville ayant appris que l'un de ces navires 
était pris dans les glaces près de l'île de Charleston, 
envoya quatre hommes à sa recherche. 

" L'un des quatre relâcha par maladie, dit De- 
" nonville, dans une lettre au marquis de Seignelay 
'* (17), les trois autres suivirent leur ordre: ils fu- 
" rent surpris, arrêtez et liez; Vun des trois se sauva 
" ayant essuyé plusieîirs coîtps de fusil, il porta la 
" nouvelle de leur méchant succès, et les deux res- 
'' tants furent mis au fond de calle, liez, où Us ont 

(16) Recueil de ce qui s'est passé en Canada au sujet de la guerre 
tant des Anglais que des Iroquois, depuis l'année 1682. Mémoires de la 
Société Littéraire et Historique de Québec, 3ème série, 1871. 

Voir aussi un article de M. P.-G. Roy, dans le Bulletin des Recher- 
ches historiques, 1904, pp. 284-287. 



— 13 — 

" passé rhiver entier. Celui qui commandait le 
" navire, chassant dans Vîle, au printemps, se noya. 
'^ Le temps venu pour mettre à la voile, se trouvant 
" trop faibles pour manoeuvrer, le pilote et les autres 
'* au nombre de six jugèrent à propos de faire servir 
'* le moins vigoureux des deux Canadiens. Ils le 
" délièrent et il servit aux manoeuvres. La plupart 
'' des Anglais estant au haut des manoeuvres, le Ca- 
" nadien n'en voyant plus que deux sur le pont, sauta 
" à une hache, dont il cassa la teste aux deux qui 
^' étaient sur le pont, courut délivrer son camarade 
" plus vigoureux que lui, se saisirent d'armes et 
'' montèrent sur le pont où d'esclaves ils se rendirent 
" les maîtres, et firent prendre au navire la. route de 
" nos forts. Ils rencontrèrent le sieur d'Iberville 
^' qui avait équiper un bâtiment pour aller délivrer 
'' ses hommes au moment que les glaces le luy per- 
^' mirent. Le bâtiment anglais était chargé de mar- 
'^ chandises et de vivres qui ont fait grand bien à nos 
'' forts." 

La comi3agnie du Nord, n'ayant pu envoyer de 
provisions pour ravitailler les trois forts de Saint- 
Louis (Monsipy), de Rupert et de Sainte- Anne 
(Albany), dans l'été de 1687, la disette ne tarda pas 
à s'y faire sentir. 

D'Iberville, prévoyant que les conquêtes des bra- 
ves soldats du chevalier de Troyes, seraient bientôt 
vaines si on ne venait à leur secours, résolut de 
retourner à Québec, par terre, afin de renseigner lui- 
même le marquis de Denonville. Il partit avec ses 
deux frères, de Sainte-Hélène et de Maricourt, ne 
laissant que douze hommes dans les deux postes de 
Saint-Louis (Monsoni ou Monsipy) et de Sainte- 
Anne avec chacun un minot de blé-d 'inde, pour toute 
nourriture. 



(17) Arch. Can., Corr. gén. Canada, 1687, fol. 61. 



— 14 - 

" Nous admirons, dit Denonville (18), la fermeté 
" de ces liommes qui y ont bien voulu rester à ce prix- 
*' là, toute leur ressource est sur la chasse des outar- 
'' des dont le passage en automne ne dure que huit 
" jours et au printemps autant." 

D'Iberville dut arriver à Québec dans le courant 
du mois d'octobre, car le dernier jour de ce mois, M. 
de Denonville dans une lettre au ministre, annonçait 
le retour de l'intrépide marin, et ajoutait qu'il le 
chargeait de passer en France pour "rendre compte 
lui-même des avantages" que l'on pouvait tirer de 
la baie d'Hudson (19) et demander un navire dont 
on se servirait pour le transport des pelleteries em- 
magasinées dans les postes de la baie. 

D 'Iberville réussit dans sa mission ; le roi accor- 
da aux associés de la compagnie du Nord un navire, 
le Soleil d'Afrique {20), qui arriva à Québec, le 3 
juin 1688, portant Mgr de Laval, d 'Iberville et 
vingt-cinq hommes de recrue. Le Soleil d'Afrique, 
commandé par le capitaine Delorme, et ayant à son 
bord d 'Iberville et de Maricourt, repartit aussitôt 

(18) Arch. Can., Corr. gén. Canada. Le marquis de Denonville 
et M. de Champigny à M. de Seignelay 6 novembre 1687. Voir à l'appen- 
dice H la partie de la lettre du guoverneur et de l'intendant où sont con- 
signés ces faits. 

(19) "Le Sieur d'Iberville étant de retour de la Baie d'Hudson, 
j'ai cru devoir l'engager à vous aller rendre compte lui-même de tous 
les avantages que nous en pourrons tirer; ils me paraissent de telle 
conséquence, Monseigneur, que vous ne sauriez trop prendre soin de 
cette compagnie qui périra si elle n'est pas honorée de votre protection. 
D'Iberville est fort résolu de retoui-ner à la Baie et de donner tous ses 
soins pour l'établissement de ce commerce qui ne se peut soutenir que 
par mer, moyennant le navire que nous vous demandons et qu'il faut 
faire partir de France le quinze Mars, sans quoi il ne pourrait être ici 
de retour la même année, ce qui ferait un grand tort à la compagnie. 

"Le commerce, Monseigneur, de ce côté là est d'autant plus de con- 
séquence à conserver que si la guerre durait de ce et. té ici, tous les 
sauvages éloignés tourneront tous du crté de la mer, et nous n'aurions 
plus de castor. 

"D'Iberville Monseigneur, est un très sage garçon entreprenant et 
qui sait ce qu'il fait, ils sont huit frères, enfans de feu le Moine, tous 
les mieux élevés de Canada avec les enfants de Leber, leur oncle, qui 



(20) C'était le plus fin voilier de l'époque, dit Charlevoix (vol. II, 
p. 110), il faisait sept lieues à l'heure. 



— 15 — 

pour la baie du Nord. En arrivant au fort Sainte- 
Anne, d'Iberville fut bien surpris de rencontrer deux 
navires anglais qui cherchaient à entrer dans la ri- 
vière. Ces deux navires portant, l 'un, dix-huit canons, 
et l'autre, dix, étaient montés par quatre-vingt-cinq 
hommes d'équipage. D'Iberville résolut de s'en 
emparer. Il ne put cependant empêcher les Anglais 
de descendre à terre, et de bâtir un fort sur une île 
à un quart de lieue du fort des Français. Pendant 
l 'hiver, aidé de son frère de Maricourt, il ne cessa de 
harceler l'ennemi, et lui i3rit par des ruses habiles 
vingt-un hommes ; plusieurs autres moururent du 
scorbut pendant l'hiver. Au printemps de 1689, il 
ne restait i^lus que quarante hommes dans le fort des 
Anglais. D'Iberville força leur gouverneur à capi- 
tuler, à lui remettre les deux navires, et toutes les 
provisions qu'ils renfermaient. Après cet exploit, 
d'Iberville se rendit au fort Rupert, où il s'empara 

a toujours gouverné les deux familles dans une étroite union d'intérêt 
et d'amitié. Aussi ces deux familles sont-elles en assez bon état et font 
honneur au pays. 

"D'Iberville, Monseigneur, vous demandera une compagnie pour 
Longueuil, son frère aine qui en est capable, aussi bien que Ste Hélène, 
son frère que j'ai nommé cette année pour remplacer le lieutenant de 
Merville, comme j'ai eu l'honneur de vous le demander. Maricourt son 
autre frère, serait aussi bon lieutenant." 

Arch. Can., Corresp. gén. Canada. M. de Denonville au ministre, 
31 octobre 1688. 

Il y a certainement une erreur de copiste dans l'indication de la 
date de cette lettre, c'est 1687 qu'il faut lire au lieu de 1688. 

En jetant un coup d'oeil sur les jugements et délibérations du Con- 
seil Supérieur à la date du 6 novembre 1687, on se convaincra facilement 
que c'est dans l'automne de 1687, que le sieur d'Iberville passa en France. 

De plus, la lettre suivante, écrite de l'île de Charleston, le 21 sep- 
tembre 1688, prouve clairement que d'Iberville ne pouvait être à Québec, 
au mois d'octobre 1688. 'Je me sers, dit d'Ibreville, du retour du navire 
le Soleil d'Afrique pour vous donner des nouvelles de ces quartiers où 
nous sommes arrivés le 18è de ce mois. Les vents nous ont été si con- 
traires, et les glaces, en si grande quantité, qu'il ne s'en est pas encore 
tant vu, et nous ne nous sommes fait autre mal que d'avoir rompu le 
coupe-gorge du vaisseau. Le petit navire le St-François, appartenant 
à la compagnie, n'est pas encore venu, je l'attens de jour en jour, nous 
avons été obligé de le quitter à inoitié chemin, parcequ'il n'allait pas si 
bien que nous et nous fesait perdre trop de temps." Voir à l'appendice 
I la suite de cette lettre. Voir aussi l'appendice J. 

Arch. Can., Corresp. gén. Canada. 1688-1689, vol. 10, ff. 237-238. 

Voir en plus Mémoires des intéressés en la compagnie de la baie 
d'Hudson en Canada, à Sa Majesté. Appendice K 



— i6 — 

d'un autre bâtiment anglais. De retour au fort 
Sainte- Anne le 15 août, il y trouva son frère de 
Sainte-Hélène, qui était venu par terre, avec un 
secours de trente-huit honunes, lui apportant l'ordre 
de retourner à Québec (20a). 

D'Iberville laissa la garde des forts à son frère 
de Maricourt, et quitta Sainte- Anne, le 12 septembre 
1688. 

De Sainte-Hélène, qui était revenu par terre, 
arriva à Montréal quelques jours plus tard. Blessé 
mortellement pendant l'attaque de Pliips contre 
Québec, il mourut le 4 décembre 1690. 

De Maricourt retourna de la baie d'Hudson 
dans l 'été de 1690, assez tôt pour assister au siège de 
Québec. 

De tous ceux qui avaient pris part à l'expédition 
du chevalier de Troyes, en 1686, il ne restait plus au 
l)Oste Sainte- Anne, que le Père Silvy. Le Père Dal- 
mas fut le rejoindre en 1691, et pendant deux ans, 
ils travaillèrent ensemble à la conversion des In- 
diens. Epuisé de fatigue et accablé d'infirmités, le 
Père Silvy dut abandonner les missions de la baie 
d'Hudson et revenir à Québec, au printemps de 
1693. Il s'établit définitivement au collège de Qué- 
bec, où il professa les mathémathiques, et exerça 
ensuite les fonctions de ministre pendant dix ans. 
Il y mourut en 1711 (21). 

Un événement tragique suivit le départ du Père 
Silvy, du fort Sainte- Anne. Le cuisinier ou l'armu- 
rier du poste tua, dans un accès de f olif , le chirurgien 
et ensuite le PèreDalmas. La nouvelle de ce double 
assassinat fut apportée par deux soldats venant de 
la baie d'Hudson, et arrivés à Québec, le 13 juillet 
1693. La disette des viTTes était devenue tellement 



(20a) Voir appendices K et L. 

(21) Le Père C. de Rochemonteix. Les Jésuites et la Nouvelle- 
France. Tome même, pp. 273 et 275. 



— 17 — 

pressante qu'ils avaient dû quitter Sainte- Anne, n'y 
laissant que cinq hommes, au nombre desquels le 
meurtrier du Père Dalmas. 

Quelques jours après le départ de ces deux cour- 
riers trois navires anglais vinrent attaquer le fort. 
Les cinq Français soutinrent courageusement un 
premier assaut, mais voyant bientôt le grand nombre 
des assiégeants, ils abandonnèrent la place à la déro- 
bée et se rendirent à Québec par terre (22). 

Sainte- Anne, retourné en la possession des An- 
glais, redevint le fort Albany, nom qu'il a toujours 
porté depuis. 

En 1709, un parti de cent hommes conduit par 
MM. d'Ailleboust de Manthet et de Martigny, voulut 
reprendre Albany. Les deux commandants furent 
tués dans la première attaque, et l'entreprise se ter- 
mina par un désastre; presque tous les membres de 
l'expédition moururent de faim et de misère (23). 

D'Iberville n'avait pas renoncé à faire la con- 
quête de la baie d 'Hudson. En 1694, il enleva le fort 
Nelson (rivière Bourbon) aux Anglais, qui le repri- 
rent l'année suivante. 

A la tête d'une escadre de cinq vaisseaux bien 
armés, d'Iberville part de nouveau de Québec, au 
printemps de 1697, pour faire la conquête de toute 
la baie d 'Hudson. Après une navigation périlleuse, 
d'Iberville monté sur le Pélican arriva seul devant 
le fort Nelson, le 6 septembre suivant. Comme ii 
allait entrer dans la rivière Bourbon, il aperçut trois 
navires anglais qui couraient sur lui. 

D'Iberville les attaqua hardiment ; le premier 
sombra, le deuxième amena son pavillon, et le troi- 
sième prit la fuite. 



(22) Relation non signée de ce qui s'est passé en Canada depuis 
le mois de septembre 1692 jusqu'au départ des vaisseaux en 1693. 

Arch. Can., Corresp. gén. Canada. Vol. 12, fol. 182. 

(23) Arch. Can., Corresp. gén. Canada. 14 novembre 1709. vol. 
30, fol. 4. 



Le reste de son escadre étant venu le rejoindre, 
l'intrépide marin entreprit de faire le siège du fort, 
mais la garnison se rendit bientôt à discrétion (12 
septembre 1697). 

Le fort Nelson, et le reste de la baie d'Hudson, 
le fort Albany excepté, restèrent en la possession 
des Français jusqu'au traité d'Utrecht en 1713. 

D'Iberville ne devait plus revoir les rivages dé- 
solés de la baie d'Hudson, les flots courroucés de cet 
océan intérieur, où il avait conquis ses plus beaux 
titres de gloire. 

" Si la navigation, dit Garneau (24), a quelque 
" chose de grand et de hardi dans lés hautes latitudes 
' ' de notre globe, elle y est infiniment triste. Un ciel 
" bas et sombre, une immense solitude qu'éclaire ra- 
" rement le soleil, les flots lourds, couverts, la plu- 
" part du temps, de glaces, dont les masses colossales 
" ressemblent à des montagnes, des côtes nues et 
" arides qui semblent augmenter l'horreur des nau- 
" f rages, un silence interrompu seulement par les 
" gémissements de la tempête; telles sont ces mers 
" qui ont attaché au front d'Iberville une gloire dont 
" le caractère tient de la nature mystéiieuse du 
" Nord. Depuis longtemps son vaisseau aventureux 
" les sillonne. Plus tard, il descendra vers des cli- 
" mats plus doux. 

"Ce marin, qui a fait son apprentissage au mi- 
" lieu des glaces polaires, finira sa carrière sur les 
" flots tièdes des Antilles, au milieu des côtes em- 
' ' baumées de la Louisiane. Il fondra un empire sur 
"les rivages où l'hiver et ses frimas sont inconnus, 
"où la verdure et les fleurs sont presque éternel- 
" les " (25). 

(24) Histoire du Canada. Sème êdit. Tome I, pp. 413 et 414. 

(25) D'Iberville décéda à la Havane, le 9 juillet, 1706, à peine âgé 
de 47 ans. 



RELATION ET JOURNAL DU VOIAOE DU 

NORT PAR UN DETACHEMENT DE 

CENT HOMMES COMMENDES PAR 

LE SIEUR DE TROYES EN MARS 

1686. 



Noms des officiers du détachement. 

Aumônier Le R. P. Silvie, Jésuite 

Conunendant .... Le sieur de Troyes 

Lieutenant Le sieur de St. Hélène 

Lient, en second ... Le sieur d'Yberville 

Major Le sieur de Maricourt 

Aide Major Le sieur de la noue 

Commiss. des vivres. Le sieur Lallement 

destiné encore pour commender un vaisseau 

en cas que l'on en trouvast un capable de 

venir à Québecq. 
Capitaine des guides. Le sieur de St. Germain. 

(410) L'entreprise du Nort estant résolu et 
l'exécution m'en aiant été commise je partis de Qué- 
becq au commencement de mars 1686 pour me rendre 
a Ville-Marie isle de Montréal ou j'arrivay avec 
toute la diligence que la rigueur de la saison me peut 



— 20 

permettre. Un détachement de cent honmies des- 
tinez pour m 'accompagner dans cette expédition 
m'y aiant joint quelques jours après, Mr. le cheva- 
lier de Callieres en fist la reveue. Ils estoient tous 
en bon équipage et fournis suffisamment de canots 
dont ils s 'estoient pourvus sur leur route, que je 
continué, tirant droit au bout de l'isle, ou l'on fist 
23ar mon ordre quentite de tresneaux pour voiturer 
sur les glaces, suivant l'usage des païes septentrio- 
naux, les canots vivres et munitions nécessaires pour 
im si long voiage. Ce fut en cet endroit que le nomme 
Pourpoint déserta après avoir fait plusieurs vols et 
commis des desordres qu'il a expiez depuis sur un 
gibet (26). 

Le trentiesme mars, je me remis en marche après 
avoir distribue les canots au nombre de trente-cinq, 
tant grands que petits, suivy de tout mon détache- 
ment et de son attirail, excepte le R. P. Silvie qui 
estoit {410 bis) reste dans l'isle pour attendre le re- 
tour des hommes qui le devaient mener de la prairie 
de la Magdeleine ou ils estoient aller chercher quel- 
ques canots. Ce jour la, deux boeufs qui trainoient 
le bagage du sr. de St Germain enfoncèrent dans la 
glace, d'où l'on les retira avec bien de la peine et ne 

(26) Jacques Pourpoint soldat de la compagnie de M. de Crisafy, 
accusé d'avoir déserté du détachement de la compagnie de M. de Troyes 
et de plusieurs autres délits, dont un très grave contre les moeurs, fut 
condamné le 22 mai 1686 à être pendu à la Basse-Ville, après avoir été 
conduit en chemise, une torche ardente au poing, devant la principale 
porte de l'église paroissiale de la ville pour y demander pardon à Dieu 
des dits crimes ; et pour un plus grand exemple, il fut ordonné que sa 
tête seule, retranchée du corps et mise au haut d'un pieu, serait exposée 
sur la butte la plus proche de la ville sur la grande route allant d'icelle 
à Coulonges, pour y demeurer tant qu'elle serait en être. Pourpoint fut 
exécuté le même jour. (Jug. et délih. du Conseil Souverain, vol. II, p. 
44.) 



— 21 



fimes que deux lieues cette journé, avec beaucoup de 
travail, estant obligez a faire deux volages (27). 

Le lendemain, dernier jour du mois plusieurs de 
nos gens enfoncèrent dans la glace, qui se trouva si 
mole que cela obligea le Sr. de St Germain a renvoier 
ses boeufs, qui enfoncèrent de nouveau à vingt pas 
du camp, avec leurs traînes et furent sauvez par le 
secours que l'on leur donna. Quelques uns venus 
depuis du bout de l'isle nous informèrent qu'ils 
s'estoient rendus sains et sauves ou on les avait i3ris, 
la glace estant si mauvaise que nos gens enfonçatns 
continuellement, ne firent ce jour la qu'une lieue, es- 
tant fort empeschez a se secourir les uns les autres, 
ce qu'empescha qu'il y eust aucun inconvénient. Je 
campé dans un anse ou je trouvé le sieur de la forest, 
capitaine dans les troupes que commande monsieur 
de la Salle, qui allait aux Illinois avec un équipage 
de trois canots, tenant notre route jusques au Mat- 
taouan (411) (28) 

Le premier avril, je séjourné, tout mon équipage 
n'aiant pu suivre le jour précèdent, me contentant de 
faire prendre le devant a ceux qui se trouvèrent en 
estât de continuer la marche, qu'un dégel rendit 

(27) Ils durent camper dans les environs de la pointe Como, sur 
la rive sud du lac des Deux-Montagnes. 

(28) On voit par une lettre en date du 14 avril 1686 (Arch. Can., 
ordres du roi, vol. II, p. 37%) que le roi avait permis au sieur de la 
Forest d'aller rencontrer M. de la Salle au fort Saint-Louis des Illinois, 
avec 12 hommes et des marchandises. 

Le sieur François de la Forest, capitaine d'un détachement de la 
marine, était le principal lieutenant de la Salle. Commandant du fort 
Frontenac de 1675 à 1683, il se rend à, Paris dans l'automne de 1683, se 
sépare de la Salle en 1684, revient à Québec dans l'été de 1685, et part 
pour les Illinois au printemps de 1686. Le 11 novembre 1702, il épouse 
à Québec Charlotte-Françoise Juchereau de St-Denis, comtesse de St- 
Laurent. En 1713, il commande à Détroit, mais il revient mourir à. 
Québec en 1714. C'était un vrai coureur des bois. 



22 — 



extrêmement pénible, estant obligez dans le chemin 
de traisner leur bagage, marchand dans la neige fon- 
due jusques aux jambe. Ils furent camper dans 
l'isle de Carillon, où un gros arbre poury tomba sur 
un de leurs canots et l 'écrasa de sa chutte, ce qui 
m'obligea, sur l'avis que j'en eu, de commender du 
monde i^our en aller quérir un autre au bout de l'isle. 

Le deuxiesme avril je me rendis avec le reste de 
mon détachement a l'isle de Carillon (29), accom- 
13agné du R. P. Silvie qui me joignit ce jour la. Plu- 
sieurs de nos gens enfoncèrent encore dans la glace 
mais sans autre accident. Nous vîmes dans la jour- 
née plusieurs bendes d'outardes, et trois ou quatre 
tourtes dont une fut tirée. Il y avoit longtemps que 
nous y voions des outardes. Le Sr. Lallemand aiant 
pris hauteur, trouva 45 degrez, 39 minutes. 

Le troisiesme jour d'avril, je séjourné à cause de 
la pluie; mais aiant gelé toute la nuit je fus camper 
le 4e. {411 his) au pied du Long Sault. Je marchais 
avec une épée amenchée dont je sondois la glace fine 
qui s'estoit faite la nuit précédente. Le jour com- 
mençant un peu a hausser, je me trouvé dans un 
endroit ou la glace plioit soubz moi dix pas a la ron- 
de. Je marchais cependant en assurance faisant 
fond sur la grosse glace que je m'imaginais trouver 
desous, mais l'usage fréquent que je fis de mon epee 
me fist connaître mon erreur et le danger ou j 'estois, 
qui m'obligea de quitter le canal, ou je marchais 
connue par le plus court, et de continuer la route le 



(29) Ce mot de Carillon est probablement une corruption du nom 
de Philippe Carrion du Fresnaj% qui avait établi un poste de traite sur 
cette île. 



— 23 — 

long de terre. Le R. P. Silvie me suivoit pas à pas, 
et courut les mêmes risques. Nous vîmes au bout du 
Long-Sault, les vestiges ou dix-sept françois (30) 
soutinrent pendant les antiennes guerres des Iro- 
quois, l'effort de sept cents de ces barbares dont ils 
tuèrent et blessèrent un nombre très considérable. 
Leur résistance aurait eu le succez que méritait leur 
bravoure sans la trahison d'un huron qui se sauva 
du fort, et aiant adverti les Iroquois qui méditaient 
leur retraite des deiïauts de la place, de la nécessite 
(413) ou estoient les françois de les enlever par une 
attaque generalle, causa ainsi la perte de ces braves 
gens, qui n'eurent dans leur desastre autre consola- 
tion que de vendre bien chèrement leurs vies. 

Le cinquiesme jour d'avril, ceux qui estoient 
restez derrière arrivèrent au camp, ou nous sé- 
journâmes pour raccomoder nos canots les regom- 
mer et faire perches et avirons, estant obligé a toutes 
ces précautions d'autant que nous estions au pied 
d'un rapide qui ne gèle jamais et ou il fallait traisner 
et percher. Ainsi le Sr. de St. Germain que j'avois 
envoie reconnaistre le bordage par dedans le bois, 
m 'aiant assuré que le portage estoit impossible cela 
me fist résoudre de monter le rapide comme en plain 
esté, c'est a dire dans l'eau jusqu'à la ceinture. Je 
renvoie ce jour la un nomme Loranger, qui estoit 
venu seulement pour porter nos lettres et ramener 
les chiens et traisnes sauvages, qui avoient servy 
pour voiturer notre équipage. Je fus heureux de 
l'avoir renvoie ce jour la, parce que le dégel estant 



( 30 ) Dollard et ses compagnons. 



— 24 — 

survenu ce jour la, rendit la glace inutile pour tout 
le reste du printemps. 

Le sixiesme jour d'avril, je continué de faire 
travailler aux canots, et fis élever une croix sur une 
pointe que l'on découvre de bien loin (412 his). 

Le septiesme jour des rameaux, il plut toute la 
journée et fist très grand vent, ce qui nous empes- 
cba de faire la iDrocession. Le lendemain le temps 
continua. 

Le neufviesme avril, messieurs de Ste. helene 
et d 'hyberville, accompagnez d'habiles canotteurs, 
commencèrent a monter le Long-Sault (32). Ils por- 
tèrent leurs bagages au dessus du premier rapide qui 
est à une lieue de la pointe du lac du nom des deux 
montagnes (33), qui commence du bout de l'isle de 
Montréal et finit au pied du Long Saut, et redescen- 
dirent pour aider aux autres canots dont quelques 
uns furent endommagez par les glaces qui derivoient 
assez fréquemment. Il faisoit très grand froid, et 
séjourné au camp (34) pour voir de quelle manière 
les canots monteroient le bout du rapide. 

Le dixiesme avril, je fis partir les canots qui 
estoient restez au camp, et m'achemine dans le bois 
le long de l'eau avec le P., Silvie (35) et ceux qui 
n 'estoient pas nécessaires pour aider a monter les 



(31-32) Il est évident que le chevalier de Troyes entend désigner 
ici par le nom de Long-Sault les trois rapid'^s qui se trouvent dans 
l'espace compris entre Carillon et Grenville. 

(33) C'est celui de Carillon, le premier des rapides du Long-Sault. 
Nous avons vu plus haut que M. de Troyes indique que c'est au pied 
du Long-Sault que ses compagnons et lui virent les vestiges du vieux 
fort, où Dollard et ses compagnons sacrifièrent si bravement leur vie en 
1660. M. l'abbé A. Guindon P. S. S., vient d'établir que ce fort se trouvait 
à deux cents pas de l'eau, sur une petite butte, juste au pied du rapide. 
Voir l'Action française, juin 1918, p. 265. 

(34) Au pied du rapide de Carillon. 

(35) En suivant la rive nord. 



— 25 — 

canots dont plusieurs {413) furent endonmiagez. Ce 
jour la, il fallut les rétablir (?) et les meilleurs ca- 
notteurs furent obligez souvent de descendre, pour 
aider à cause qu'ils en avoient besoin. 

L'unziesme avril, je fus dans mon canot alege 
aiant avec moy messieurs d'hyberville et de st. ger- 
main, pour visiter le chemin, suivy de trois canots et 
du monde nécessaire pour en faire un (chemin) dans 
un portage de la longueur d'une portée de fusil (36) 
mais l'aiant trouve assez facile je le (canot) renvoie 
avec m. d'hyberville, et ordre de faire décamper 
en diligence pour me venir joindre. Ce qu'ils firent. 

Le douziesme, je partis de bon matin avec le P. 
Silvie et marchâmes une bonne demye lieue, par un 
très mauvais chemin au bort de l'eau, par dedans le 
bois pour éviter les embarquements et débarque- 
ments qu'il falloit faire, a cause des glaces fondues, 
qui tenoient l'espace d'un quart de lieue, dont les 
fentes estoient si grandes, qu' il fallut faire des ponts 
pour passer les canots vivres et munitions. Il y en 
avoit de plus de trois cents pieds de large, sans 
neantmoins que l'on pust voir l'eau par de si grandes 
ouvertures, dont la profondeur estoit de plus de vingt 
pieds. Cela n'empescha pas que tout le monde ne se 
rendist (413) ou j'estois campé, mais nous eûmes 
deux canots rompus dans le portage sur les glaces, 
et un honmie d'un de ces deux canots j^assa a la nage 
nonobstant l'extrémité du froid et vint au camp 
m'advertir de cet accident, et d'une querelle surve- 
nue entre quelques personnes des mêmes canots, qui 



(36) Au rapide qui se trouvait autrefois en face de la Chute-à- 
Blondeau. 



— 26 — 

aiant beu vouloient se tuer. J 'y envoie sur le champ 
le sieur de la Noue avec cinq hommes qui mirent le 
hola, et osterent le fusil du plus mutin, qui en cou- 
choit un autre en joiie. Je leur osté, à mon tour, à 
leur arrivée au camp, le reste de leur eau de vie, pour 
les punir, et leur donné a la place de chaque baril 
un sac de bled d'inde, avec deffences d'y toucher. 
Le sr. d'hybervile fut chercher les deux canots 
rompus, qu'il remist comme il pust en estât de servir. 

Mais le temps qu'il y faillut mettre joint au vent 
eff roiable et au froid rigoureux qu 'il fist le lendemain 
13e., m'emi3escha de me mettre en chemin avec mes 
gens, dont quelques-uns se promenant, trouvèrent 
dans le bois deux peaux d'orignal, qu'aparament 
quelques sauvages a voient cachées, en chassant, 
qu'ils apportèrent au camp pour vendre, de quoy 
estant adverti, je les fis reporter au même endroit, 
et envoie le sr. de ste. helenne pour avoir l'oeil à ce 
que cela fust exécuté {414). 

Le quatorziesme, jour de Pâques, nous fimes nos 
dévotions a une grande messe que l'on chanta avec 
toute la solennité que le temps et lieu purent per- 
mettre (37). Il fit toute la matinée un fort gros vent 
de nort, mais l'apres midi le temps fut assez beau. 
Apres vêpres, je fis une revue de tout mon détache- 
ment, dont je fis trois brigades composés chacunes, 
de trois escouades. Je pris la première pour moi, 
dont je laissé le commendement au sieur de Chesny 



(37) Le chevalier de Troyes et sa petite troupe durent passer ce 
jour de Pâques dans les environs de Grace-Point, sur la rive nord de la 
rivière Ottawa. 



— 37 — 

(38). Le sr. de ste helenne eut la seconde, et laissé, 
la troisiesme soubs les ordres du sr. d'hyberville. 
J'ordonne, pour la marche, que le sr. de ste. helenne 
feroit l'avant garde avec sa brigade réservée, la 
mienne pour le corps de bataille, et celle du sr. d'hy- 
berville pour l'arrière garde. 

La raison de cette dis^Dosition estant, afin que 
dans les lieutenants se trouvant par ce moien, l'un a 
l'avant garde et l'autre à l'arrière garde, le sr. de 
Chesny se trouva directement en mon absence dans 
le centre, estant obligé d'être le plus souvant d'un 
costé et d'autre pour donner par ma présence chaleur 
a toutes choses. Je tiré ensuitte, des brigades, les 
gens dont j'avois besoin pour l'usage de mes deux 
canots et de ceux du P. Silvie. Je les exempte de 
garde {414 bis) afin qu'ils fussent d'autant plus 
propres au service que nous en espérions. J'en fis 
de même a l'égard de ceux que je destine pour le 
canot du sr. Lallemend, que je voulu aussi afren- 
chir en son particulier de garde et de rang de bri- 
gade, afin qu'il peust vaquer plus à son aise aux 
fonctions auxquelles son mérite et sa capacité fine 
l'avoient fait destiner. C'est une personne d'un 
grand service et dont le génie et l'activité ont esté 
d'un grand secours dans cette entreprise, où il a 
servi de bon canotteur, de soldat, de pilotte et de 
géographe. Après tout cela je fis mettre mes gens 
en bataille, le sr. de Maricourt pour major et sr. de 



(38) Ignace Juchereau Duchesnay de Saint-Denys, flls de Nicolas 
Juchereau, sieur de Saint-Denys, et de Marie-Thérèse Giffard, né à 
Beauport le 3 août 1658, décédé au même endroit le 7 avril 1715. Il avait 
épousé à Beauport, le 24 février 1683, Marie-Catherine Peuvret. (La 
famille Juchereau Duchesnay. Pierre-Georges Roy. Pp. 175-177.) 



— 28 — 

la noue pour aide major, six sergeants six caporaux 
et six anspesades (39), que je séparé, également dans 
les escouades, que je fis remettre en bataille, ayant 
les sergeants caporaux et anspesades susdits a leur 
teste. Je leur fis lire à même temps des règlements 
que j'avois dressé tant pour la marche des canots 
que de chaque brigade, que pour les campemens, 
gardes et autres fonctions militaires. Je leur fis 
aussi tirer au sort le rang de leurs escouades, dont la 
jDremière commença a monter la garde et l'on dressa 
par mon ordre une (415) tente auprès de la mienne 
pour servir de corps de garde, l'on posa sentinelle 
sur le bort de la grève, devant les canots soubz les- 
quels on mettoit le bagage, et ainsi je les assujeti peu 
a peu a la discipline que demande la régularité du 
service, et qui seul manque a la valeur naturelle des 
canadiens. 

Le quinziesme avril, je décampai après la messe 
et m'en allé par terre avec le P. Silvie et ceux qui 
estoient inutiles au service des canots (40). Je pris 
cet expédient non seulement a cause de la difficulté 
des rai^ides (41) mais encore à cause du froid exces- 
sif qui faisoit, qui n'empescha pas que ceux qui 
estoient destinez a monter- les canots, ne fussent dans 
l'eau jusques a la ceinture, et quelque fois jusques 
au col, pour les traisner, estant absolument impossi- 
ble de percher dans les chuttes d'eau épouvantables. 
Il n'y eut que les deux lieutenants et les deux majors 



(39) Anspessade — Bas officier de gens de pied au XVIe et XVIIe 
siècle. Nouveau Larousse illustré. 

(40) En suivant la rive nord de l'Ottawa. 

(41) Ces rapides se continuent sur une distance de cinq milles entre 
Stonefield et Grenville. 



— 29- 

qui osèrent (42) l'entreprendre; les deux derniers 
pensèrent en souffrir, Car quoy qu'ils soient en 
réputation d'estre des meilleurs canoteurs du paie 
(pays), ils ne laissèrent pas d'embarquer sur une 
roche, et rompirent leurs canots par le milieu, qui 
furent remplis a même temps. Ils se jetterent réso- 
lument à l'eau, où ils en trouvèrent (415 Ms) jusque 
aux échelles (aiselles), et eurent beaucoup de peine 
a gagner terre, en trainant leur canot plain d'eau, 
dont le rapide estoit effroiable. Un jeune canadien 
nommé la Motte voulut le secourir, mais le courant 
l'emportant il se seroit infaliblement noyé, sans le 
promp secours de nos gens, qui les ramenèrent tous 
trois avec des fatigues incroiables a terre, ou ils 
déchargèrent leurs canots pour les racommoder et 
sécher ce qui estoit dedans. Les autres canots mon- 
tèrent connne ils purent, quelques-uns furent jus- 
ques au portage et l 'aiant fait en même temps vinrent 
ou j'estois campé (43). J'y estois arrivé avec bien 
de la difficulté, au travers des bois affreux par leur 
solitude et incommodes, à cause d'une quentité pro- 
digieuse de roches renversées ou pour mieux dire 
éboulées (44), et de bois abatu, le tout entremeslé 
d'épaisses fredoches, qui rendent la route extrême- 
ment laborieuse II n'y eut que très peu de gens qui 
me joignirent, a cause du grand nombre de canots 
qui furent crevez. Car outre qu'il fallut les racom- 
moder il est constant qu'il estoit impossible de ré- 



(42) Les sieurs de Ste-Hélène, d'Iberville, de Maricourt et de la 
Noiie. 

(43) A l'endroit où se trouve actuellement Grenville. 

(44) La rive nord de l'Ottawa dans cette partie est escarpée et 
recouverte de gros blocs de pierre, qui rendent la marche très pénible. 



— 30 — 

sister davantage a une si longue fatigue. Il est aisé 
d'en juger par le temps qu'ils mirent (416) a faire 
environ une lieue et demie de chemin, qui fut depuis 
six heures du matin jusques a six heures du soir. Ils 
estoient mouillez et plus longtemps dans l'eau qu'en 
canot. Je trouvé a ce camp la place de la cabane du 
sr. de la f orest dont j 'ay parlé ci-devant. Il en estoit 
décampé le matin et ne l'ay pas reveu depuis. 

Le seiziesme avril tout le monde se rendit au 
camp, à la reserve de deux ou trois canots. Le Sr. 
de ste. helenne monta ensuite avec son vallet à la 
chute du portage, à la perche. Les srs. de maricourt 
et de la Noue en firent autant, dont le premier vou- 
lant, en débarquant, renger un paquet de fusils qu'il 
tenoit entre ses bras, eut le bonheur d'en voir partir 
un, sans blesser personne de ceux qui estoient autour 
de luy; du reste je fis camper les hommes, le terrain 
y estant très propre joint que la journée fut très 
belle. 

Le dix septiesme avril, ceux qui estoient restez 
derrière se rendirent au camp, et le reste de la jour- 
née se passa à racconmioder les canots que l'on 
n'avoit pu rétablir. Le nonmié la Voie, voulant 
éteindre le feu qui avoit pris dans sa chaudière a 
bray, se brûla toute la main, un autre se {416 his) 
coupa le doigt d'un coup de hache, et quatre ou cinq 
autres tombèrent malades d'une colique causée par 
le froid excessif qu'ils avoient enduré dans l'eau, le 
jour précèdent. Le même jour le sr. Lallemand 
prist hauteur, et trouva 45° degrez et 43 minutes. 

Le dix huitiesme, nous partîmes à la pointe du 



~ 31 — 

jour et fument cabaner à la petite nation, à huit 
lieues de là. 

Le dix neuf viesme, nous décampâmes de fort bon- 
ne heure pour aller a un lieu nommé la chaudière, 
à environ neuf lieues de là, ce que nous ne pûmes 
faire a cause qu'il fallut s'arrester pour racommo- 
der nos canots. Nous passâmes la rivière du lièvre 
pour y en prendre un, qui y estoit, qu'il faillut re- 
gonuner tout a neuf, aiant passé là l'hyver. Nous 
fûmes camper a deux lieues plus haut (45) ou tous les 
canots a cinq ou six près nous vinrent joindre le 
lendemain. Pendant toute cette route nous avions 
fait plusieurs fois rencontre des troupes d'Iroquois 
Chestiens, qui nous pressoient charitablement de 
séjourner dans des endroits ou ils offroient de nous 
régaler, ce que ne pouvant leur accorder pour faire 
plus de diligence. Les uns (417) nous donnoient 
de la viende en presant, les autres offroient d'aller 
a la chasse pour nous, et il eut même des mieux 
faits d'entre eux, qui voulurent m 'accompagner 
dont je les remercié. La nuit il fist fort mauvais 
temps. 

Le vingtiesme, il continua, en sorte que la journée 
se passa en pluie accompagné d'un fort grand vent. 
Je fis attacher un canadien a un arbre pour le punir 
de quelque sotise qu'il avoit dite; quelques mutins 
voulurent a ce sujet exciter une sédition, mais je les 
ramené en peu à leur devoir. Le P. Silvie m'y aida 
beaucoup, et je connus dans cette occasion le carac- 
tère des canadiens, dont le naturel ne s'accorde 
guère avec la subordination. 



(45) A la rivière Blanche. 



— 32 — 

Le vingt et uniesme avril, le P. Silvie dit la messe 
confessa et communia ceux qui restoient a faire leur 
pasques, après quoy je partis pour aller au portage 
de la Chaudière que les voiageurs ont ainsi nommé, 
parce qu'une partie de la rivière qui tombe parmi 
une confusion affreuse de rochers, se jette dans un 
trou d'une de ces roches (417) faitte en forme de 
chaudière dont l'eau s'écoule par dessus. 

Le vingt deuxiesme, je séjourné pour avoir le 
reste des canots, dans l'un desquels je renvoie au 
montreal quatre hommes de mon détachement, gens 
malades ou blessez. Ensuite je me rendis au portage 
des chesnes, ainsi nommé à cause de la quantité de 
ces arbres qui sont en cet endroit, qui est à environ 
une lieu et demie du saut de la chaudière. Je monté 
dans cette route plusieurs rapides qui se rencontrent 
entre deux (46), et fis un portage qui est a une lieue 
ou environ (47) de celuy de la chaudière qui a un 
quart de lieue de long ainsi que celuy des chesnes. 

Le vingt quatriesme nous vînmes au portage des 
chats, qui est un endroit qu'on appelle ainsi a cause 
des roches dont la rivière est remplie, et qui egrati- 
gnans, par manière de parler, les canots des voia- 
geurs, leur ont donné lieu de luy imposer ce soubri- 
quet. 

Le vingt cinquiesme avril, je commencé de bon 
matin à faire le portage et a monter les rapides qui 
sont au dessus (48). Je fis camper en un endroit 
(418) qui n'a pas de nom (49). Le sr. de St. (}ev- 

(46) Les rapides de la Petite Chaudière. 

(47) Le portage des rapides Remics. 

(48) Rapides des Chats. 

(49) Sur la rive du lac des Chats. 



— 33 — • 

main, capitaine des guides pour éviter les rapides 
avoit pris par une baye, par ou il avoit autrefois 
passé; quelques uns de nos gens qui l'avoient suivi 
m'asseurent qu'ils avoient fait un portage bien rude 
et très difficile. 

Le vingt sixiesme, je partis de bon matin le temps 
estoit assez beau, et connue il faisoit un petit vent 
d'est je fis porter la voile à nos canots, qui nous 
rendirent a l'entrée des isles des Calumet. Nous 
vimes vis a vis de notre camp une croix, au pied de 
laquelle est enterré le nonuné dargy, voiageur, qui 
se noya, il y a quelque temps en traînant son canot 
a un portage au dessus qui porte le nom (sic). 

Le vingt septiesme, je décampé et commençâmes 
a monter les rapides des Calumet (50). On leur a 
donné ce nom, parce qu'il se trouve proche cet en- 
droit une pierre bleue propre a en faire. Je campé 
au passage de la montagne aiant fait celui du fort 
(51) qui retient ce nom de celuy que les sauvages y 
avoient construit autrefois, pour se garantir des 
courses des Iroquois {418 bis). 

Le vingt et huitiesme tout le monde se rendit au 
grand portage des Calumet (52). Il y en eut qui ne 
le peurent pas faire, à cause de la longueur qui est 
de deux mil pas, parmi des montagnes et des fon- 
drières plaines de bois renversez qui rendent l'accez 
extrêmement difficille. 



(50) Sous ce nom généial de rapides des Calumets, le chevalier de 
Troyes indique ici une série de rapides, de chutes et de portages dont 
les noms primitifs ont été conservés. Ce sont ceux du Sable, de la 
Montagne et de Dargy, qui se trouvent dans le bras droit de l'Ottawa, à 
l'extrémité est de l'île Calumet, un peu au-dessous de Bryson. 

(51) Sur l'île du vieux Fort, à l'entrée du lac du Rocher-Fendu. 

(52) A l'endroit où se trouve aujourd hui le village de Bryson. 



— 34 — 

Le vingt neufviesme je fus obligé de séjourner 
(53) pour attendre ceux qui n'avoient peu achever 
le portage. La journée fut fort belle nous emploia- 
mes a faire seclier nos vivres et a recommoder nos 
canots. A midy le sr. Lallemand prist hauteur et 
trouva 45 degrez 41 minutes. 

Le trentiesme, dernier jour du mois, je fis dé- 
camper au point du jour, aiant laissé trois canots 
pour attendre un horome de nostre détachement qui 
s'estoit égaré dans le bois, le jour précédant. Nous 
eûmes assez beau temps, le vent estoit sud et fismes 
presque tout notre chemin a la voile, sur le soir il y 
eut un orage accompagné de pluie et un gros vent. 
Je rencontré sur ma route une cabane d 'Iroquois qui 
dévoient partir au premier jour pour le Montréal, 
ce qui me donna occasion d'y donner (419) de mes 
nouvelles. Nous trouvame aussi un orignal qui tra- 
versoit la rivière estant poursuivi d'un Iroquois 
quelques uns de nos gens le turent, mais il coula bas 
incontinant et la profondeur de l'eau nous le fist per- 
dre. 

Le premier may, le P. Silvie dist la messe. Nous 
séjournâmes (54) à cause du mauvais temps qui ne 
peut pourtant empescher nostre monde de plenter 
un may devant ma tente, et d'y faire une salve. Ils en 
firent autant à mrs. de St. helenne et d'hyberville. 
Sur le soir, quatre canots de sauvages de Themiska- 
mingue arrivèrent au camp. Il nous apprirent des 
nouvelles des f rançois qui y estoient. Il y avoit vingt 
jours qu'ils estoient partis, et j^assèrent la nuit dans 

(53) Au-dessus des rapides du Grand Calumet. 

(54) Dans les environs de Fort-Coulonge actuel. 



— 35 — 

nostre camp, et le lendemain deiixiesme, que nous fu- 
mes encore obligez de séjourner a cause d'un gros 
vent d'ouest, qui dura toute la journée. Le matin 
comme on commençoit la messe le feu prist a un ba- 
ril de poudre de 50 1. qui ne blessa personne ; les eaux 
grossirent de plus de trois pieds. 

Le troisiesme, je décampé de bon matin pour sui- 
vre ma route et les sauvages suivre la leur, droit au 
Montréal (419 Us). Je laissé le sr. d'hyberville pour 
attendre le nommé Lamiot qui ne s'estoit point 
rendu au camp quoique j 'y eusse séjourné. Ma suite 
m'a fait connoistre qu'il m'avoit déserté avec trois 
hommes qu'il avoit dans son canot m 'emportant un 
baril de poudre, un sac à balles avec les picqs, pioches 
et tous les vivres dont il estoit chargé. Je fus camper 
ce jour-la a une pointe de sable (55) qui est a une 
lieue du grand portage des allumettes, et les chas- 
seurs que je faisois ordinairement marcher devant, 
tuèrent un jeune orignal, mais un vent qui s'estoit 
élevé força d'attendre pour calmer (afin) de traver- 
ser une baye qui peut avoir trois quarts de lieux de 
large. 

Le quatriesme may, nous levâme le picquet de 
très bonne heure, et arrivame au soleil levant au 
portage des grandes allumettes, distingué des petites 
a cause d'une isle, dont le chenal du sud s'appelle 
les grandes allumettes, parce que le chenal est plus 
long, mais aussi plus aisé a monter. Celuy du nord 
porte le nom des petites probablement parce qu'il 
est plus cour. L'on trouve dans le chenal, au droit 



(55) A peu près vers le milieu du lac inférieur des Allumettes. 



- 36- 

d'une chute, une petite roche platte sur laquelle on 
fait portage. Un R. P. Jesuitte, y passant {420) au- 
trefois, y oublia une boeste d'allumette qu'il portoit 
pour faire du feu, ce qui a donné aux voiageurs 
ce nom a cet endroit; avec la différence que j'ay 
remarquée cy-dessus, je passé donc par les grandes, 
et arrivé au portage qui est fort beau, aiant 300 pas 
de long, où tout le monde porta canots vivres et 
bagages. Nous nous rembarquâmes ensuite et vîn- 
mes camper a l'entrée de la rivière creuse, après 
avoir traversé le lac des Allumettes, qui reçoit du 
costé du sud les eaux d'une petite rivière (56) qui s'y 
décharge, à la pointe de laquelle parurent quelques 
sauvages qui y battoient la quesse (caisse), portant 
un i3avillon blanc. Le capitaine des guides que j'y 
avois envoie revient avec un presant de viande, qui 
estoit le subject de leur signal, mais il ne peut me 
rejoindre que la nuit suivante au lieu ou je m'estois 
campé, aiant esté même obligé de tirer quelques 
coups de fusil, pour scavoir l'endroit ou j'estois. 
Mon camp estoit dans le fond d'une anse (57) qui 
empeschoit d'en voir les feux. La sentinelle m'ad- 
vertit a l'instent des coups qui se tiroient, et jugeant 
bien que ce ne pouvoit estre que luy que j 'attendois, 
et d'ailleurs qu'il n'y avoit rien a crandre dans le 
lieu ou nous estions. Je luy fis repondre de quelques 
coups, au bruit desquels il nous joignit (240). 

Le cinquiesme jour de may, nous partîmes après 
la messe pour nous rendre au portage du bout de la 

(56) La rivière Muskrat, qui se décharge dans le lac des Allumet- 
tes, en plein milieu de la ville de Pembroke. 

(57) Cette anse doit être la baie de l'Eturgeon, sur le bord duquel 
est le camp militaire de Petawawa. 



— 37 — 

rivière creuse (58). Cette rivière peut avoir quel- 
que sept lieues de long. On voit du costé du nord, 
suivant la route, une hautte montagne dont la roche 
est droite et fort escarpée, le milieu en paroist noir. 
Cela provient peut estre de ce que les sauvages y 
font leurs sacrifices jettant des flèches par dessus, 
au bout desquelles ils attachent un petit bout de 
tabac. Nos françois ont coustume de baptiser en cet 
endroit ceux qui n'y ont point encore passé. Cette 
roche est nommée l'oiseau par les sauvages et quel- 
ques uns de nos gens ne voulant perdre l'ancienne 
coustume se jetterent de l'eau, nous fumes campés 
au bas du portage (59). 

Le sixiesme may, je le fis faire (60) de bon matin. 
L'on en fist encore deux autres pendant la journée 
dans laquelle on monta aussi plusieurs rapides après 
quoy nous campasmes à la pointe aux pins (61). 

Le septiesme may, nous nous mîmes en marche 
à soleil levant et estant arrivés au pied des rapides 
(421) (62). Les bons canoteurs coimnencesrent à 
les monter, ce qu'ils firent avec d'autant plus de péril 

(58) La rivière creuse est cette partie de l'Ottawa qui s'étend de 
l'île des Allumettes aux rapides des Joachims. "Elle est bornée au nord, 
" dit M. de Bellefeuille, dans la relation de la première mission du Té- 
" miscamingue en 1836, de hautes montagnes, entre lesquelles on remar- 
" que r"Oiseau" à une lieue de l'embouchure, laquelle est coupée 
" perpendiculairement et s'élève au-dessus de l'eau à au moins 300 pieds. 
" A un mille plus haut, du c'té sud, est la pointe au "Baptême", ainsi 
" nommé parce que ceux qui n'ont jamais été au delà sont obligés de 
"promettre une messe à l'honneur de sainte Anne pour les voyageurs; 
"sans quoi il leur faut recevoir le baptême. La loi est sans exception; 
" les missionnaires y sont obligés comme les autres." 

(59) Au pied des rapides des Joachims. 

(60) Le portage des rapides des Joachims. Il y a deux portages 
aux Joachims, chacun d'un quart de mille de longueur et séparés l'un 
de l'autre par un petit lac de quatre arpents de largeur. 

(61) La pointe aux Pins doit être cette étendue de terrain plat qui 
se trouve sur la rive nord, à l'endroit même où un torrent, qui portait 
autrefois le nom de rivière des Cyprès, sort de la montagne, et se jette 
dans la rvière Ottawa. 

(62) Les rapides de la "Roche Capitaine". 



— 38 — 

qu'ils y perdirent un canot, dont les hommes failli- 
rent à se perdre. Cela m'obligea de les distribuer 
dans les autres canots. Quand a moi, je fus par 
terre par un endroit que l'on nomme marabout, 
d'une lieue de longueur ou à peu près. J'emploie 
tout le jour a faire le chemin très difficille, à cause 
qu 'il est traversé de bois abatus. L 'on coupe, par là, 
une langue de terre qui empte (exempte) les voya- 
geurs de ces méchants rapides et portages. Ce qui 
n'empesche pourtant pas qu'ils n'aiment encore 
mieux suivre la rivière que de le faire; je n'eu pas 
plustost regagné le bord de l'eau, que des canots me 
vinrent prendre avec le P. Silvie qui avait fait le 
chemin avec moy, et nous menèrent au camp que 
j'avais indiqué au-dessus (63). 

Le huitiesme may, Mr de Ste lielene dessendit 
au bas des rapides, pour aider ceux qui avaient eu 
de la peine à monter; pour moy je passé outre et fis 
camper au portage des grelots avec douze canots. 
J'estais souvent ainsi obligé de prendre le devant 
pour éviter la confusion qui se trouvoit ordinaire- 
ment dans les portages, ou il n'y avoit place ordi- 
nairement que pour deux ou trois canots (421 his). 

Le neufviesme may je fus camper a une demie 
lieue au dessus des rapides des grelots (64) ainsi 
nommey, à cause que la grève et le fond de l'eau, sont 
remplis de grosses roches rondes. 

(63) M. de Troyes ne donne pas ici les appellations de la Roche 
Capitaine et des Joachims de l'Estang, mais il est certain que ces rapides 
étaient ainsi nommés dès cette époque; c'est sous ces noms qu'ils sont 
mentionnés dans le mémoii-e que M. de Denonville envoyait au marquis 
de Seignelay, en date du 9 novembre 1686, et qui a pour titre : "Chemin 
du bout de l'Ile de Montréal au lac de Témiscamingue, sur le bord duquel 
est la mine de plomb." 

(64) Nous croyons que ce rapide est celui que l'on appelle aujour~ 
d'hui les "Deux Rivières". 



— 39 — 

Le dixiesme jour de may, je continué ma route 
dès le matin et fus camper a trois quarts de Ma- 
taouan (65) ; la pluie nous empescha d'y aller. Nous 
fumes une partie du temps à la voile et le sr de 
ste Helenne resta derrière pour liaster quelques ca- 
nots endommagés. Je fis mettre les armes en état et 
charger a balles, craignant qu'a mon arrivée, a la 
fourche de Mataouan, les Iroquois joints aux anglois 
de boston ne m'y eussent dressé une embuscade sur 
l'advis qu'ils avoient peu avoir de ma marche. 

Le onziesme may, il plut, neigea et fist un gros 
vent, ce qui nous empescha de partir; de plus les 
eaux crurent cette journée là, de plus d'un pied. 

Le douxiesme may, nous allâmes à Mataouan 
qui signifie en langue sauvage fourche de rivière, 
y en ayant effectivement une en cet endroit dont 
la gauche qui est au sud et (est) (422) le chemin 
des Outaouais, et la droitte, qui est au nord, par 
conséquent mon chemin, conduit aux Themiska- 
mingue. J'arrive a ce lieu de Mataouan de fort 
bonne heure, ce qui fist que le P. Silvie célébra la 
ste. messe. Nous nous trouvâmes en cet endroit sur 
une pointe de cabanne des sauvages qui faisoient 
des canots. Ils parurent surpris de nous voir tant 
de monde. Il avoit neigé le matin mais le soir il fist 
assey beau. Je disné avec le sr Juchereau (66) qui 
venoit de Michilmakina, et s'en alloit a Quebecq en 



(65) Mattawa. 

(66) Denis- Joseph Juchereau de la Ferté était fils de Jean Juche- 
reau, sieur de la Ferté, et de Marie, fille de Robert .G iffard, seigneur de 
Beauport. En 1684, il accompagna Greysolon Duluth, au Sault Sainte- 
Marie; en 1689, il se distingua aux c tés de d'Iberville, dans sa camnagne 
de la baie d'Hurtson. Il décéda à Québec, le 9 août 1709. Il ne s'était 
pas marié. (La famille Juchereau Duchesnay, par Pierre-Georges Roy.) 



— 40 — 

grande diligence, porter des nouvelles a mr le mar- 
quis de denon ville. Il estoit arrivé conune je disnois 
et se rembarqua peu après pour avencer sa route. 
Je fis partir en même temps le sr de Ste helenne avec 
trois de nos canoteurs pour aller au devant de mr 
d 'hyberville. 

Le treiziesme may il plut, neigea et venta toute 
la journée, ce qui continua le lendemain jusques a 
midy, que mr d 'hyberville arriva et me dist qu'il 
a voit attendu inutilement pendant deux jours le 
canot pour lequel je l'avois fais rester. Je me déf- 
fiois fort des sauvages de sorte que pour tenir mes 
gens alertes, j 'avois ordonné que personne ne dormist 
au corps de garde une heur devant le jour, que dans 
ce temps. Il n'y eust plus (423) qu'un petit feu 
que l'on devoit éteindre a la première alarme; en 
un mot tout le monde f ust prest et en ordre les armes 
a la main. Je fis dresser une croix sur la pointe de 
la fourche et nostre interprète Anglois s'ouvrit la 
jembe d'un coup de hache jusques a l'os. L'on 
compte de l'isle de Montréal a Mataouan cent 
lieues. 

Le quinziesme may, nous ne pûmes partir qu'à 
soleil levé, à cause des treinages qu'il falloit faire 
dans l'eau qui estoit extrément froide. Nous partî- 
mes après la messe dite et aiant fait trois portages 
nous fûmes camper une lieu au dessus du dernier et 
a trois et demie de Mataouan (69). Un de nos canots 
se brisa en pièces dans le second bordage, ayant 
abordé dans une chutte. L'on sauva ce qui estoit 



(69) Ces portages se trouvent aux rapides de la Demi-Charge, de 
la Cave et des Erables. 



— 41 — 

dedans mais nous eûmes des gens blessey extrême- 
ment dans l'eau; je fis mettre, dans le canot du 
capitaine de nos guides, un sauavge qui savoit fort 
bien le chemin de la baye. Je Pavois loué à Ma- 
taouan. 

Le seiziesme may nous fumes camper à huit 
lieues de Mataouan, une lieue audessus du quatries- 
me portage (70) le chemin en est très mauvais et 
trois cent pas de long; le sr de Ste helenne le 
traina (423). 

Le diseptiesme nous montâmes encore en un lieu 
que l'on nomme le long du saut, qui a deux lieux de 
long, et est extrêmement difficile pour son grand 
courant, et est extrêmement difficile pour son grand 
traîner en cinq ou six endroits. Il y eut des canots 
crevey et nous campâmes au dessus du dernier rapi- 
de (71). 

Le dixhuitiesme nous partîmes du matin et ne 
laissâmes pas, nonobstant un orage qui dura presque 
toute la journée, d'arriver a la maison de mrs. de la 
compagnie du nord. Elle est dans une isle du lac 
de Themiskamingue. Cette isle peut avoir demye 
lieue de tour, et est entre deux rapides, provenant 
d'une petite rivière nommée Metabec Chouan (72), 



(70) Au-dessus du rapide de la Montagne. 

(71) Au pied du lac Témiscamingue. 

(72) Cette rivière JSIetahetchouan est la rivière Montréal actuelle. 
Un poste de traite avait été établi en cet endroit dès l'année 1679, par 
les associés de la compagnie du Nord, pour le compte desquels M. de 
Troyes se rendait à la baie d'Hudson. 

L'île où était situé ce poste est disparue, rongée par les eaux du 
lac; il y a une soixantaine d'années, paraît-il, on en voyait encore quel- 
ques vestiges. 

Ce poste fut abandonné en 1688, à cause des incursions des Iroquois. 
M. de Frontenac et les deux intendants Raudot s'opposèrent à ce qu'il 
fut ouvert de nouveau, disant qu'en le rétablissant on causerait un grand 
tort au commerce de fourrures, parce que les coureurs des bois iraient 



_ 42 — 

en sauvage, de laquelle il en sort quelques uns pour 
venir a la traite. Il y avoit quatorze françois dans 
cette maison pour la compagnie qui n'eurent pas 
moins de joie que nous de nostre arrivée, que l'on 
solemnisa de part et d'autre de plusieurs coups de 
fusils. 

Le dixneufiesme et les deux jours suivans il fist 
un temps fort fâcheux. Mrs de ste helenne et d'iiy- 
berville l'emploièrent avec mr de St Germain (pour 
régler) les affaires de la vieille et nouvelle société 
des marcliandises et peltries qui estoient dans le ma- 
gasin, où il establit le sr Sibille (73) pour rendre 

rencontrer les sauvages à ce poste et les empêcheraient de se rendre à 
Montréal et aux Trois-Rivières, pour traiter directement avec les mar- 
chands. 

En 1720, M. de Vaudreuil permit au sieur Paul Guillet, un marchand 
de Montréal, d'entreprendre l'exploitation de ce poste, et d'y faire la 
traite pour son compte personnel. 

En 1724, le poste de Témiscamingue fut affermé, pour la somme de 
6,000 livres, au sieur Fleury de la Gorgcndiôre. Ce montant, d'après les 
instructions du roi, devait être employé à solder les dépenses des travaux 
entrepris pour fortifier l'enceinte de Montréal 

Le bail de M. de la Gorgendière fut annulé en 1727. 
Le sieur Paul Guillet et M. Charly, marchand également de Montréal, 
obtinrent de M. de Beauharnois la permission de continuer de faire la 
traite dans les limites du Témiscamingue, sous forme de congés, pour 
lesquels ils payaient annuellement 4,000 livres. Nouvel affermage du 
poste de Témiscamingue en 1737, au sieur Lanouiller de Boisclerc, grand- 
voyer du pays. 

En 1747, la ferme du Témiscamingue est cédée au sieur Cugnet, 
directeur des domaines du roi, qui exploite en même temps les postes 
de Michipicoton et de Kamanistigoya, sur le lac Supérieur ; les revenus 
que le sieur Cugnet retirait de ces différents postes étaient consacrés à 
payer les dettes qu'il avait contractées dans l'exploitation des forges de 
Saint-Maurice. 

Dans le mémoire qu'il a laissé sur l'état de la Nouvelle-France, à 
l'époque de la guerre de Sept-Ans (1757) Bougainville dit que le poste 
de Témiscamingue était appelé, en langue sauvage, "Aubatswenanek", 
et était surtout fréquenté par les "Têtei^-dT-Boules", ou gens de 
terre, par les "Namcosakis" qui venaient des rivages de la baie d'Hudson. 
Il semble que tout commerce de fourrures, de ce cOté, fut définitive- 
ment abandonné en 1758. 

Après la conquête, en 1785, quelques traiteurs de la compagnie du 
Nord-Ouest allèrent établir un nouveau comptoir pour le trafic des pel- 
leteries, à l'endroit appelé aujourd'hui le vieux Fort. 

Ce comptoir, comine tous les autres de la compagnie du Nord-Ouest, 
fut cédé à la compagnie de la baie d'Hudson, en 1821. Ce poste est 
abandonné depuis quelques années. Les vieilles résidences sont encore 
debout, mais il n'y règne plus rien de la belle animation d'autrefois. 

(73) Jean Sebille, marchand, baptisé le 28 août 1653 à Blois, en 
France. Il épousa à Québec, le 24 juin 1690, Marie-Anne Hazeur, et dé- 
céda au même endroit, en 1706. 



— 43^ 

compte de tout à la (423 his) compagnie. On hiy 
laissa quatre hommes pour faire la traitte, avec très 
peu de vivres, les sieurs Guillet (74) et Villedieu 
(75) restèrent la i)our (aller) trois jours après,. a 
Nepissingue, nation sauvage pour faire faire des ca- 
nots et les faire descendre au montreal. Quand à 
nous, nous en traitâmes avec des sauvages que nous 
trouvâmes proche la maison, pour remplacer ceux 
que nous avions et que nous laissâmes là, pour estre 
trop pesans et trop incommodes, pour le reste de nos- 
tre voiage, i30ur lequel je pris si bien mes mesures, 
qu'il se trouva deux bons canoteurs à chaque ca- 
not, pour bien sauter les rapides. 

Le vingt deuxiesme il plut une partie de la jour- 
née ce qui ne m'empescha pas de m 'embarquer après 
la messe (76) suivi de trois canots pour aller visi- 

(74) Mathurin Guillet baptisé aux Trois-Riviêres, le 7 novembre 
1648. Il épousa en 1687, Marie Charlotte Lemoyne, cousine des sieurs de 
Sainte-Hélène et d'Iberville. Il était le père de Paul Guillet, qui exploita 
plus tard le poste de Témiscamingue. 

Dans la liste "des intéressés en la Compagnie de la colonie du Ca- 
nada, et des actions qu'ils y ont prises". (Archives Can., Corresp. g-éné- 
i-ale, série F., Vol. 110, pp. 531-554), on trouve les noms de M. Sébille et 
de M. Guillet avec les apostilles suivantes: 

SEBILLE, (5000), mort; sa succession doit plus qu'il n'a de biens. 

GUILLET, (90) Habitant très pauvre. 

(75) Antoine Villedieu, fils de Jean et de Barbe Nicole, de Saint- 
Eustache de Paris ; il épousa, à la Pointe-aux-Trembles de Montréal, le 
28 février 1685, Marie Martin. 

(76) Le Père Silvie dut aussi célébrer la messe, les trois jours pré- 
cédents. Ce furent les premières messes célébrées sur les rivages du lac 
Témiscamingue; il devait s'écouler un espace de 150 ans, de 1686 à 1836, 
avant que le Saint Sacrifice y fut de nouveau offert. Les longues recher- 
ches que nous avons faites nous permettent de conclure qu'aucun mis- 
sonnaire ne fréquenta ces régions durant ce laps de temps. 

En 1836, Mgr. Lartique, évêque de Montréal, charge M. Charles de 
Bellefeuille, de la compagnie de Saint-Sulpice, et M. Jean Baptiste Du- 
puy, prêtre séculier, d'aller évangéliser les régions lointaines du nord de 
son immense diocèse. Partis de Montréal le 20 juin, ces deux courageux 
missionnaires, arrivèrent au vieux Fort, le 14 juillet. Le lendemain, ils 
célébraient la messe dans un des hangars appartenant à la compagnie 
de la baie d'Hudson. 

Le 19, M. de Bellefeuille fit planter une croix au pied d'un monticu- 
le, en arrière du Fort, et mis la mission nouvelle sous la protection de St- 
Adalbert. Ce zélé missionnaire retourna au Témiscamingue les deux an- 
nées suivantes ; épuisé par les fatigues qu'il avait endurées durant ces 
pénibles voyages, il décéda à Montréal, dans l'automne de 1838. 



— 44 — 

ter une mine a six lieues de la maison, aiant donné 
ordre au sr de ste helenne que j'y laissé pour ache- 
ver d'y régler leurs affaires, de me rejoindre le len- 
demain avec le reste du détachement, et de tenir dans 
le lac la route du nord pour m'y rencontrer plus fa- 
cillement. Je rencontré à deux lieues de la mais;on 
trois cabannes sauvages, qui me traitterent un pe- 
tit canot de quatre place, qui me servi le reste de mon 
voiage, et pour mon retour a Quebecq. Je fus cam- 



La mission du Témiscamingue fut continuée en 1839, 1841 et 1842 
par M. Moreau, et M. Poiré. Ce sont ces deux missionnaires qui firent 
bâtir, auprès de la croix élevée par M. de Bellefeuille, la première cha- 
pelle du Témiscaming-ue. En 1844, sur les instances de Mgr Bourget, évê- 
que de Montréal, les Oljlats de Marie Immaculée vinrent s'établir au pays, 
et prirent charge des naissions du nord de la province. 

Le premier prêtre Oblat, qui visita le Témiscamingue, fut le Père 
Laverlochère ; successivement et avec lui, y passèrent les Pères Clé- 
ment, Garin, Arnaud, Pothier. 

En 1863, les Pères Pian, Lebret et Mourier vinrent s'établir définiti- 
vement au Témiscamingue. 

Ce sont eux qui bâtirent la première résidence destinée à loger les 
missionnaires, en face du vieux Fort, à l'endroit appelé aujourd'hui la 
Mission. 

Auprès de cette maison, ils construisirent une ijetite chapelle et un 
hôpital que trois Soeurs Grises d'Ottawa vinrent habiter en 1866. 

En 1866, les missionnaires quittèrent la Mission pour venir s'établir 
au fond de la Baie-des-P,res; c'est là qu'ils jetèrent les fondements de 
Ville-Marie, la plus ancienne paroisse du Témiscamingue. 

Monseigneur Duhamel, archevêque d'Ottawa, fit sa première visite 
épiscopale au Témiscamingue en 1876, et Mgr Lorrain, premier évêque 
de Pembroke, en 1884. 

Le 1er octobre 1908, ce territoire était détaché du diocèse de Pem- 
broke pour former le vicariat apostolique du Témiscamingue, dont Mgr 
Elie-Anicet Latulipe devenait le premier titulaire. 

Le vicariat apostolique du Témiscamingue a été érigé en diocèse 
d'Haileybury, le 31 décembre 1917. 

" Illustres et saints pionniers de la foi au Témiscamingue, disait 
Monseigneur Latulipe, dans une belle lettre pastorale qu'il adressait à 
ses diocésains, le 15 juin 1011, à l'occasion du soixantième anniversaire 
de la première mission des messieurs do Bellefeuille et Dupuy, "vos 
" prières et vos voeux ont été exaucé.i, vos sauvages algonquins sont 
" devenus chrétiens, et la robe noire du missionnaire n'a jamais cessé de 
" les visit'-r. Autour du lac, autrefois solitaire, on voit aujourd'hui de 
" nombreux hameaux, des villes florissantes et partout le clocher catho- 
" lique. Ce qui vous a semblé un rêve est devenu la réalité. La cathé- 
" drale du premier évêque du Témiscamingue rst à la veille d'être tcr- 
" minée et le 19 juillet prochain c'est un pontifs qui bénira la croix que 
"nous remettrons en place au Fort Témiscamingue, à c'Aé de Ville- 
" Marie, et c'est la mes.se pontificale qui fera chantée sur l'emplacement 
" de l'humble hangar, où pour la pz-emière fois fut offert le Saint Sacriflce 
" de la messe, le 15 juillet 1836." 



— 45 — 

jjer de là, dans une isle (77), le temps ne me permet- 
tant pas d'aller plus loin {424). 

Le 23me, après la messe nous marchâmes pour 
aller chercher cette mine, le nommé Coignac (sic) 
nous conduisoit. Nous rencontrâmes, en le cher- 
chant, une cabanne sauvage dont les gens a voient 
tué la veille un gros orignal, et qui me donna occa- 
sion de camper auprès, afin que Cognac (sic) trou- 
vast la mine plus facilement. Il la chercha inutile- 
ment le reste de la journée. Durant ce temps la, les 
deux lieutenants (78) partirent de la maison pour 
me venir joindre avec tous nostre monde, mais le 
gros temps les aiant escartés, les uns prirent au sud, 
les autres prirent au nord, une partie fut dans des 
isles, ce qui fut cause que très peu de monde me joi- 
gnit. 

Le vingt quatriesme, il fist tout le jour fort gros 
vent accompagné de pluie, mais Cognac qui avoit ap- 
pelle ses idées, m 'aiant asseuré qu'il se reconnais- 
soit et que la mine estoit fort proche, je me mis en ca- 
not avec luy, moy nageant devant et luy qui gou- 
vernoit, et ne laissâmes pas maigre le mauvais temps 
de gagner le lieu ou il jugeoit qu'elle pouvoit estre. 
Nous la trouvasmes en effet. Cette mine (79) est si- 

(77) L'île du Collège, où le Père Silvy célébra la messe. 

(78) Le sieur de Ste-Hélène et le sieur d'Iberville. 

(79) Dans ce même été de 1686, M. de Denonville envoya un parti 
d'hommes commandés par le chevalier de Tonty, pour faire une explo- 
ration de cette mine. Le 9 novembre 1686, il écrivait au marquis de 
Seignelay: "J'envoie à M. Arnault un échantilon d'une mine de plomb 
" ou d'étain qui s'est trouvée sur le bord du lac Témiscamingue. Je 
" joins à cette lettre un mémoire du chemin qu'il y a de l'Isle de Mont- 
" réal à cette mine; tous les portages et rapides y sont marqués.. Il faut 
" dix-huit ou vingt jours pour aller de l'Isle de Montréal jusques à la 
" mine, un canot chargé de huit à neuf cents pesant, et huit à dix jours 
" pour en revenir." 

Le chevalier de Tonty avait présenté à M. de Denonville un 
mémoire que nous retrouvons, dans les archives, à Ottawa (F. 182, fol. 
166), annoté par les deux Raudot: 



-46- 

tuée a l'est et ouest, sur le bord du lac ouest, un rocher 
en demi cercle qui a cinquente pieds sur le bord de 
L'eau, dix pieds de hauteur du niveau (424 bis) de 
l'eau, et cent pieds de profondeur, n'y aiant point de 
terre dessus, se perdant soubz une montagne couver- 
te de de (sic) rochers. Nous en arrachâmes quel- 
que petit morceau fort difficillement et retournâmes 
au camp. 

Le vingt cinq, nous delogâmes et fûmes dans une 
isle (80), qui est a une lieue du fond du lac ou mon 
détachement me rejoignit. Il estoit de fort bonne 
heure et conmie le temps estoit serain je séjourné 
pour faire sécher les vivres qui estoient mouillées. 
J 'achevé aussi les lettres que j 'escrivois et les donne 
a même temps a Cognac qui partit pour Quebecq. 
Nous trouvâmes dans cette isle des sauvages qui 
nous i^arlerent des anglois, avec qui ils avoient trai- 
té l'automne dernière. Il y en eut un qui me pro- 
mist même de me tracer, sur un ecorce avec du char- 
bon, le plan de leurs forts, mais l'aiant pris au mot 
il ne fist qu'un grand rond, ce qui me persuada qu'il 
y avoit de l'ignorance et peut estre encore plus de 



" Cette mine, disait M. de Tonty, est à 130 lieues de Montréal, en 
" un lieu nommé Onabatongas, près de Témiscamingue. Elle est au 
" bord d'un lac, provenant d'une montagne pelée. 

" Ce métal est d'un beau jaune et très dur, et l'on ne doute pas que 
" cette mine soit considérable." 

"On a toujours dit, en ce pays, ajoutaient les MM. Raudot (1708), 
"qu'en cet endroit il y avait une mine; on ne peut savoir la qualité du 
" métal par sa couleur. Cette mine, quand même elle serait de cuivre, 
"est trop loin dans le nord pour donner de.s profits; on peut permettre 
" la recherche de cette mine, sans engager Sa Majesté à aucune dépense, 
" et avec défense de commercer avec les sauvages." 

La mine du Témiscamingue est située dans la ligne de séparation 
des cantons Duhamel et Guigues. 

On y a fait des travaux d'exploration à différentes époques; elle est 
considérée comme très riche, mais les difficultés d'accès en ont retardé 
jusqu'à ce jour l'exploitation. 

(80) L'île du Chef. 



— 47 — 

malice dans son fait. A midy le sr Lallemend prist 
hauteur, et trouva 47 degrey et 36 minutes. La nuit 
fut fort pluvieuse. 

Le vingt sixe., je décampé a soleil levant et fî- 
mes la traverse de l'isle, au bout du lac, elle est d'une 
(420) lieue nous avions le vent devant et nort 
fort impétueux, mon petit canot dont la petitesse 
est fort connnode dans les portages, mais aussi qui 
n'estoit pas si propre pour le gros temps aiant esté 
porté contre une grosse lame m'obligea de relâcher. 
Le P. Silvie et ceux de nos gens qui montoient de pe- 
tits canots en firent de même. Le reste avoit pris 
les devants. La lame ayant un peu baissé nous les 
rejoignîmes. Ils estoient a l'embouchure d'une pe- 
tite rivière (81) ou l'on dist la messe après quoy tous 
se rembarqua. Il fist une brune fort épaise le reste 
de la journée. Je fus camper a quatre lieue de cet- 
te rivière qui est assey profonde, mais large seule- 
ment de cinquente pas; elle a un peu de courant et 
il fait très mauvais camper sur les bords, et qui 
sont embarassey d'une grande quantité de bois ren- 
versé et de sapinages. 

Le vingt septe., il fist fort froid ce matin, mais 
la journée fut fort belle. Nous continuâmes aussi 
nostre route environ trois lieues et demie dans cet- 
te rivière, que nous laissâmes a gauche pour entier 
dans une petite large de vingt pas. (82) Nous y trou- 



(81) La rivière Blanche, qui prend sa source près de Swastika, 
Ontario. Elle décharge dans le lac Témiscaming-ue, par trois embou- 
chures, peu éloignées l'une de l'autre. Elle coule à travers une région 
excessivement fertile. 

(82) Dans la branche est de la rivière Blanche, qui se jette dans 
la rivière principale, à la hauteur du Vlème rang, du canton Evanturel, 
Ontario. 



-48- 

vâmes en une lieue et demie de chemin trois norta^es, 
dont le premier est de mil, le second de 250 {435 bis) 
le troisiesme de 800. Au premier et dernier il y a 
deux grands costeaux, dont la montée et la descen- 
te fatiguent beaucoup ceux qui font portage. Je 
campé au haut du dernier avec six canots, les au- 
tres estant restey derrière, parce qu'il est impossible 
dans ces portages de décharger et recharger qu'un 
canot à la fois. (83). 

Le vingt huittiesme, le temps fut fort chaud. 
Je décampé a soleil levant, et mes gens firent quatre 
portages dont il y en a un fort méchant ; il est de 700 
pas, un de nos gens déchargeant son canot laissa 
tomber dans l'eau son sac a hardes qui coula bas. 

Le vingt neuf, nous continuâmes nostre vola- 
ge par un fort beau temj3S et finies environ trois 
lieue de chemin ou il y eut quatre portages (84), 
dont le dernier nous fut fatal par le trop de présomp- 
tion de quelques uns de nos gens qui, au lieu de faire 
comme les autres, voulurent monter le rapide. 
Leur témérité fist faire naufrage a trois canots et 
mouiller tout ce qui estoit dedans, outre que les ca- 
nots furent rompus en quelques endroits ; mais par 
bonheur personne ne fut perdu {426). Les srs de ste 
lielenne, de maricourt et de la noue, qui arrivèrent 
les derniers de trois canots, manquèrent a périr avec 
tout ce qui estoit dedans le leur, qui coula a fond ; 
mais estant revenu sur l'eau, ils se sauvèrent. Il fal- 



(83) Us montèrent en ce jour la rivière Windigo, jusqu'au lac 
Hough. C'est la route qui était suivie autrefois par les explorateurs 
pour aller du Témiscamingne au lac Larder. 

(84) Ces quati-e portages se trouvent entre le lac Hough et le lac 
Ward, dans le canton Rattray. 



— 49 — 

lut quand a eux regagner terre a la nage, excepté le 
sr de la noue qui ne sachant pas nager eut plus de 
peine qu'eux a se tirer d'affaire. Il dessendit le ra- 
pide entresné i3ar le courant et se seroit noyé sans 
des canots, que je fis descendre en diligence pour le 
secourir, de sorte que ces mrs en furent quittes pour 
un sac de viende et un de bled qui furent perdus. 
Ils profitèrent au surplus du beau temps pour se sé- 
cher en cet endroit ou ils cami3erent. Cette nuit la le 
feu courut dans le bois qui nous incomoda beau- 
coup. Pour moy je continué ma routte et fus cou- 
cher 23lus loin. 

Le 30e. de may ceux qui estoient restey derrière 
me rejoignirent, aiant fait trois portages dans le che- 
min. Ils travaillèrent un peu pour la halle après 
quoy nous nous embarquâmes tous et fîmes dans cet- 
te journée en vingt cinq lieues (85) huit portages, 
au dernier desquels il nous arriva un accident qui 
n'est pas moins terrible que digne de remarque (426 
bis). 

Quelques uns de nos derniers canots aiant allumé 
du feu au rapides précédant, il courut dans le bois 
avec une impétuosité d'autant plus grande qu'il fai- 
soit un fort grand vent. Les fiâmes qu'il poussoit 
devant luy ne s 'estendoient pas mais gagnoient tou- 
jours en longueur dans le bois, au gre du vent qui 
les chassoit; elles nous parurent redoutables en ce 
qu'après avoir brûlé le long d'un lac, avec vitesse, que 
nous avions passé, elles gagnèrent l'endrot ou nous 
estions. Le danger estoit grand, parce que nos gens 

(85) Il y a évidemment cireur ici; c'est cinq lieues qu'a voulu 
écrire le chevalier de Troyes. 



— 50 — 

estoient occupey a faire le portage qui est de quinze 
cent pas, les uns chargeoient les autres marchoient 
chargey, une partie revenoit quérir ce qui estoit a 
porter, et en un mot le chemin estoit si rempli d'al- 
lans et venans, que je ne scavois le mieux comparer 
qu'a celuy des fourmis autour de leur fourmilière; 
mais nostre malheur parut inévitable lorsque le vent 
aiant change, poussa effroiablement ces tourbil- 
lons de fiâmes dans la longueur de nostre chemin 
de manière qu'il est aussi difficille d'escrire la peine 
que l'on eut de s'en garantir que de pouvoir bien ex- 
primer la grandeur et la promptitude d'un si grand 
feu, qui obligea ceux qui estoient a l 'entrée du porta- 
ge (427) de se jetter dans leurs canots avec les pou- 
dres, et tout ce qui pouvoit craindre les approches 
du feu, qui s 'estant mis plus au large a cause du peu 
de largeur du lac en cet endroit, se couvrirent eux 
et leurs canots de couvertes mouillées, pour mieux 
résister aux fiâmes qui passoient le plus souvant sur 
eux, qui se trouvèrent engagez dans le milieu du por- 
tage. Ils en gagnèrent les extrémités avec la der- 
nière diligence, le risque n'y estant pas moins que 
d'estre brûle vif. A mon égard, je me trouvé aux trois 
quarts du portage avec le P. Silvie, lorsque nous 
nous vîmes contraints a courir de toutes nos forces 
au travers le bois tout embrazé, dont le feu nous ser- 
ra de si près qu'une menche de ma chemise fut brûlée 
par une confusion d'étincelles et de charbons ardans, 
qui tomboient continuellement. Enfin nous gaignâ- 
mes une petite prairie sur le bord de l'eau, où nous 
trouvâmes que ceux qui avoient achevé le portage. 



— 5^ ^ 

avoient imite ceux de l'autre bout s 'estant mis a 
l'eau dans leurs canots avec tout ce qui ne se pou- 
voit gaster, jusques au sac de bled d'inde dont tout 
le détachement vivoit. Nous rencontrâmes une ben- 
de {427 bis) de sauvage, en entrant dans la prairie, 
qui nous aidèrent beaucoup a sauver nos bardes et 
autres choses de l'embarquement. Nous estions dans 
cette prairie, qui n'avoit au plus que vingt i3as de 
large, enfoncey jusques aux genoux, tant nous avions 
de précipitation de nous embarquer, ce que nous fî- 
mes dans deux canots qui vinrent nous xDrendre sur 
le bord du lac qui n'a pas en cet endroit plus de tren- 
te pas de large, le feu y devint si furieux que les fiâ- 
mes y pasoient comme un torrant par dessus nos 
testes, et allumèrent le bois de l'autre bord. Ces- 
toit une chose bien triste de nous voir exposey entre 
deux si impitoiables elemens, dans des canots qui 
n'estoient faits que d'ecorce et baraques de bois de 
cèdres sont extrement combustibles. Il falloit pour- 
tant si tirer d'un si méchant pas, de sorte que, aiant 
remarque, nous serions plus seures vis a vis l'en- 
droit ou le feu avoit passé, j'y fis aller les cannots 
qui n'y trouvèrent nul danger, et deux heures après 
ceux qui estoient restés au bout d'en bas continuè- 
rent leur portage, comme si rien n'avoit arrivé, n'y 
aiant plus que quelques arbres secs qui bruloient, et 
les autres estoient tous noirs et depouilley de leurs 
feuilles (86) ceux qui pourront avoir la curiosité 



(86) L'endroit où se passa cet incident est situé tout près de la 
frontière interprovinciale, dans le canton Dupuy, entre le lac Durand 
(ancien Kiskabeka) et le lac Foudras (ancien Nabugushk). Il y a 
encore une petite prairie de foin sauvage à l'extrémité est de ce dernier 
Jac. Tout ce terrain est marécageux. 



— 53 - 

de connoistre la cause de cet embarquement (428) 
(embrasement) dont le progrey fut si prompt et si 
subit, scauront que toutes les forests de ce climat 
ne sont que de cèdres, sapins et bouleau, qui joint 
a la gomme qu'ils i^ortent en abondence, prennent 
et entretiennent avec facilité le feu qui si commu- 
nique. Nous perdîmes un cannot, des pouches de 
bled d'Inde et quelques fusils. Il y avoit des grena- 
des dans une de ces poches qui ne prirent point feu 
quoy que la toille du sac fust toute brûlée. Apres 
tant de fatigues nous fumes camper assey près delà 
avec des sauvages que nous avions rencontré, qui 
nous traitèrent un canot pour remplacer celuy qui 
nous avoit esté brûlé. Je me croy pourtant obligé 
de marquer icy une circonstance qui, peut estre, ne 
déplaira aux supersticieux, qui est que le sr Lalle- 
mend prenoit soin de faire la carte de nostre vola- 
ge nommant tous les portages du nom des sts sui- 
vant le rang qu'ils ont dans les litennies. Il arriva 
que le portage ou nous essuiames cette inendie 
écheut sans affectation a st Laurans. Cette observa- 
tion a este depuis observée et fortifiée par un autre 
bien déplorable. Je travaillois le 20e 8bre estant de 
retour à Quebecq, à mettre le journal de mon vola- 
ge auiiet, lorsque estant parvenu (428 bis) a l'article 
de cet embarquement, j'entendis sonner le toxin, à 
cause du feu qui avoit pris chez les Révérendes Mères 
Ursulines, qui brûla en moins d'une heure tout leur 
monastère (87). Ce qui me donne lieu d'advertir 
le lecteur de prendre garde au feu en lisant ce pas- 

(87) Deuxième incendie du monastèi-e des Ursulines. 



— 53 — 

sage, s'il en fait lecture à la chandelle. 

Le trente unie., et dernier jour du mois, nous par- 
times et entrâmes dans un petit ruisseau (88) dont 
l'eau estoit a peine suffisante pour porter nos canots. 
Nous finies cinq lieues ce jour la et trois portages au 
dernier desquels je fus ou estoit la séparation des 
eaux, et par conséquent la hauteur de la terre (89) 
et du monde, que dans ce voiage la mer estoit egal- 
lement basses aux costes du Canada et de la baye du 
nord, et la terre estant élevée comme un demy cer- 
cle, et a mesure que l'on montoit les rivières du cos- 
té du canada, l'on trouvoit des rapides et chutes 
d'eaux et cascades qui sont comme autant de degrey 
pour monter sur la hauteur de la terre et qui, servant 
d'écluses naturelles, font que de distence en distence 
l'eau est facile a naviguer, c'est aussi ce qui donne 
lieu a tous les portages (429) que l'on fait dans les 
voiages, mais lorsque on est parvenu a cette hau- 
teur, ce n'est qu'un paie de rochers tout rempli de 
lacs, les terres estant partout assey belles a cinqte 
lieues en deçà de la hauteur de la terre. J'observe en- 
core deux choses la première que les lacs cessoient 
de couler a ce portage du costé de Qnebecq, et se 
dechargeoient dans la baye du nord, en y dessendant 
par pareilles cascades, la seconde, qu'il y a une hau- 
teur de terre qui règne en ce paie la, qui fait que 
toutes les rivières sont par cascades comme je l'ay 
observé c'y dessus. Apres toutes ces remarques, je 

(88) Petit cours d'eau qui réunit le lac Foudras au lac Opasitika. 

(89) Après avoir traversé le lac Opasitika, ils entrèrent dans le lac 
Massia (ancien Summit). C'est entre ce dernier et le lac Berthemer 
(ancien Ogima) que se trouve la ligne de séparation des eaux. 



— 54 — 

fus camper a une lieue dans le lac ou tout le monde 
ne se rendit que le lendemain. 

Le premier jour de juin, le reste de nos gens ar- 
riva et le temps s 'estant mis au calme, nous nous 
mîmes en route sur le dix heures du matin et traver- 
sâmes le lac* (90), qui a cinq lieux d'un portage a 
l'autre. Je m'arresté a des sauvages, que je trouvé 
cabanes dans le coin d'une petite baye, et en iDris 
deux gré a gré que je distribué parmi nous pour ser- 
vir de guides, ne pouvant la plus part du (429 bis) 
temps aller tous ensemble, à cause de la bort difficil- 
le des portages. Nous en fimes quatre cette jour- 
née la, qui ne sont qu'a une portée de fusil les uns 
des autres, et traversés par de petits lacs (91). Je 
fus camper au bas du quatriesme. 

Le deuxie., je escampé après la messe, et fimes, 
ce jour la, qui fut fort beau, neuf lieues, et deux por- 
tages. Nous traversâmes un grand lac (92), fort 
agréable par l'objet de quatre isles qu'il renferme, 
et arrivâmes au giste celuy des abitibi. Je fus cam- 
per dans une praierie, sur la droitte, en entrant, et 
connue il estoit de bonne heure j'allé visiter un 
endroit qui est tout proche, dont je trouve la situa- 
tion fort propre a bastir un fort. Ce que je fis sui- 
vant mes ordres. 

Le troisie. & les deux jours suivants, je fis con- 
struire le fort (93), sur une petite eminence qui est 



(90) Le lac Dasserat (ancien Mattawagosik). Il est parsemé d'îles. 

(91) Les sauvages appellent les trois premiers de ces portages: 
"Nistotek". Le quatrième porte le nom de "Kopigigotek" 

(92) Le lac Duparquet (ancien Agotawegami). 

(93) Ce fort de l'Abitibi fut fréquenté pur les traiteurs français et 
occupé par eux jusqu'en 1763. 

D'après les longues recherches qui furent faites pour déterminer 
les limites méridionales de la province d'Ontario, il semble acquis que 



— 55 — 

élevée du niveau de l'eau de vingt trois pieds. Il 
est de pieux et flanqué de quatre petits bastions, je 
m'applique ensuitte a faire représenter la forme des 
fortifications (430) des Anglais. Je me servi, a cet 
effet, de picquets et de cordeaux n'aiant pu trouver 
de terrain propre pour ce subjet dans mon voiage. 
Je fis après cela mes detachemens. fist mettre les 
officiers a la list, et fit voir a chacun ce qu'il y avoit 
a faire, leur commendant de si bien se souvenir de ce 
que je leur disois, lorsque nous irions a une attaque 
plus sérieuse. L'evennement m'a fait voir que cet 
exercice n 'avoit pas esté inutille. 

Le sixie. je laissé le sr. de Cerry (94) pour com- 
mender dans le fort, et luy donné trois hommes. Je 
partis ensuitte a soleil levant et fis cabanner au 
dessous du détroit de st Germain, dans la grande 
isle, dont il y a quentité dans le lac qui est fort 



seuls les postes situés sur les rivages de la baie James retournèrent à 
l'Angleterre, après le traité d'Utrecht, en 1713. Ceux de Mistassini, de 
Nemiscau, d'Abitibi restèrent en la possession des Français. 

Dans la correspondance des gouverneurs et des intendants, il est 
souvent question de ce poste d'Abitibi. Ceux-ci poussaient les coureurs 
des bois de ce c'té, et les exhortaient à prendre tous les moyens possibles 
pour attirer les sauvages et les empêcher de descendre à la baie James, 
où ils rencontraient les traiteurs anglais. 

Ces derniers, d'après une lettre de de Beauharnois, en date du 18 
février 1731 (Arch. Can., série F, vol. 54, fol. 224), avaient bâti une 
maison sur la rivière Abitibi, à 50 ou 60~lieues au-dessus du lac Abitibi, 
où ils invitaient les Indiens à se rendre. 

Après la conquête, le poste d'Abitibi fut occupé par les messieurs 
de la compagnie du Nord-Ouest, et finalement il fut cédé en 1821 à la 
compagnie de la baie d'Hudson qui y a encore un établissement, où 
trois cents Indiens y viennent faire la traite des fourrures. 

Sur un monticule, en arrière du fort, s'élève une chapelle proprette: 
c'est là que les pauvres sauvages viennent prier et recevoir l'instruction 
religieuse pendant les quelques semaines que dure la mission d'été. 

MM. de Bellefeuille et Dupuy (voir page 44) se rendirent à ce 
poste en 1837 et 1838. Plus tard, en 1844, les révérends Fères Oblats 
continuèrent l'oeuvre qu'ils avaient commencée, et depuis cette époque 
cette mission a été visitée annuellement par un prêtre de cette commu- 
nauté. Le missionnaire actuel des Indiens de l'Abitibi est le révérend 
Père Isidore Evain. 

(94) Il nous a été impossible d'identifier ce sieur de Cerry. 



-56- 

beau. Nostre journée fut d'unze lieues, elle fut aussi 
très belle (95). 

Le septe. juin, il fist un gros vent qui n'empes- 
cha pas la traversée du lac que nous finies, qui a une 
lieue de large en cet endroit. Nous fimes pareille- 
ment deux portages, pour traverser une pointe du 
même lac {430 bis), et racourcir notre chemin. Ces 
deux portages dont le premier est de soixante pas, 
et l'autre, de deux cents, sont causés par un petit 
lac qui se trouve au milieu de la traversée de cette 
pointe, dont les eaux sont extrement cleres. Nous 
fîmes encore cette journée une autre traversée de 
deux lieues, pour aller gaigner l'embourchure de la 
rivière (96) qui descend aux Anglois, ou nous fumes 
camper. 

Le huittie. il fist beau temps et nostre journée fut 
de quinze lieues, dans lesquelles nous trouvâmes 
quatre i^ortages et plusieurs rai3ides qu'il faillut 
sauter (97). 



(95) Bonne journée aussi ! Les intrépides voyageui's avaient tra- 
versé presque tout le lac Abitibi, dans une course fort rapide. 

(96) La rivière Abitibi, qui se jette dans la baie James, après une 
course de 240 milles. 

(97) Longue course quand on considère les portages difficiles qui 
se rencontrent dans ce parcours de quinze lieues. Deux surtout méri- 
tent d'être mentionnés ici; c'est d'abord celui des chutes Couchiching, 
à sept milles de l'embouchure de la rivière. C'est là que se trouve la 
grand barrage emmagasinant les eaux qui fournissent l'énergie motrice 
aux moulins de "l'Abitibi Pulp and Paper Company". 

Le deuxième de ces portages est celui des Chutes-aux-Iroquois. 
C'est en cet endi'oit que sont construits les moulins de r"Abitibi Pulp 
and Paper Company". Un village s'est formé tout autour, et ce pays 
perd, peu à peu, sa sauvage beauté d'autrefois. Mais pourquoi cette 
chute a-t-elle emprunté son nom aux Iroquois ? 

" Du temps, nous dit l'abbé J.-B. Proulx (A la haie d'Hudson, 1886, 
"pp. 62-63), que les terribles guerriers des Cinq-Cantons faisaient la 
" chasse, non pas aux bêtes, mais aux hommes, jusqu'aux confins les 
" plus reculés de l'Amérique, ils surprirent, sur le lac Abitibi, un parti 
" de sauvages de cette contrée. Les hommes furent scalpés et brûlés à 
" petit feu, les femmes égorgées, les enfants empalés comme des lapins 
" au bout de pieux durcis au feu, puis rôtis et mangés. Seule, une femme 
" fut épargnée afin de servir de guide aux vainqueurs dans la poursuit© 



— 57 — 

Le neufvie. nous partimse des le matin et fimes 
dans la journée qui fut assez belle dix lieues et un 
portage d'une demie lieue ou près s'en faut (98). 

Le dixie. nous fimes six lieues et un portage ou 
trainage qui fut funeste a un de nos meilleurs hom- 
mes, nommé Noël Leblanc (99) . Il se noia en voulant 
sauter la chute, avec sr d 'hyberville, dans le canot 
duquel il estoit. Le canot s 'estant empli, peut estre 

" de leurs ravages vers la baie d'Hudson. Les farouches guerriers, à 
" demi-nus, couverts de sang, peints de figures bizarres, les cheveux 
" relevés, ressemblant à des espèces de démons, dans leurs frêles embar- 
" cations, glissaient sur l'onde. Ils souriaient à l'espérance de nouveaux 
" massacres. 

" La captive est assise dans le canot qui marche en avant, silencieu- 
" se. A quoi songe-t-elle ? repasse-t-elle dans sa mémoire les scènes 
" d'horreur où elle a vu périr tous les siens ? se réjouit-elle dans son 
" coeur d'avoir échappé à la mort ? Pense-t-elle au triste sort qui l'attend 
" à son arrivée dans les cantons iroquois ? sa figure est impassible. Les 
" avirons travaillent en cadence, pas une parole ne s'élève des canots, 
" le silence règne sur les rives. Déjà on approche de la chute et l'on 
" n'entend qu'un murmure faible et voilé. En effet les eaux ici ne se 
" brisent pas sur les cailloux, elles tombent d'aplomb comme du haut 
"d'un mur; la forêt environnante, avec son épais feuillage, éteint la 
" sonorité du bruit, et à trois cents verges seulement de distance on 
" croirait à un courant d'une importance secondaire. " Le rapide est-il 
" difficile ?" demande l'Iroquois. "Non, répond la femme, l'inclinaison 
" est douce, le chenal est sans roche, mais il est étroit, serrez de près le 
" rivage" Le canot effleure un galet plat, que l'on voit encore sur la 
" c'te de gauche. La femme saisit une branche qui lui tend la main, 
" et d'un bond elle saute sur la grève; du pied elle a poussé le canot au 
"large; il descend la tête baissée dans le gouffre. Les autres arrivent 
"à la file; en vain, au prix de mille efforts, veulent-ils rebrousser che- 
" min, il est trop tard, la force irrésistible du courant les entraîne. Debout 
" sur sa roche, souriante, elle voit ses ennemis pousser des cris de dé- 
" sespoir, passer devant elle en la menaçant de la voix et de la main, 
" glisser un après l'autre dans l'abîme, disparaître au milieu des bouil- 
" Ions, reparaître un instant, dispai-aîti'e encore, enfin flotter à la dérive 
" avec les débris de leurs canots. Elle est toujours là, immobile, elle 
" jouit, elle est vengée." 

(98) La rivière Abitibi, dans cette partie de son cours, est fort 
belle. Elle coule entre deux berges assez élevées, richement boisées 
d'épinettes blanches, do trembler-, de peupliers. Le sol ici e.f-t dune grande 
richesse, et cette région s'ouvre rapidement à la colonisation. Elle est 
traversée en plein milieu par le nouveau Transcontinental. 

(99) C'est dans le "rapide de l'île", quelques milles a,vant la jonc- 
tion de la rivière Abitibi et de la rivière Frederick House, qu'eut lieu 
cette triste noyade. 

Noël Leblanc était fils de Léonard Leblanc et de Marie Riton. Il 
fut baptisé à Québec, le 14 janvier 1653; il épousait, au même endroit, 
le 14 janvier 1686, Félicité LePicard, fille de Jean LePicard et de Marie- 
Madeleine Gagnon. 

La veuve de Noël Leblanc épousa en secondes noces, à Québec, le 
19 novembre 1690, Louis d'Ailleboust, sieur de Coulonge. 



-58- 

parce que il estoit trop chargé {431), un recroc de 
bouillon, en jetta hors ledit Noël leblanc qui ne sa- 
chant pas nager coula bas sans que depuis on l'ait 
reveu. Quand au sr d 'hyberville, qui estoit sur le 
devant du canot qui par sa longueur l'avoit fait 
passer ce méchant endroit, il nagea jusques a ce que 
les canots que je depesche promptement a son se- 
cours y fussent arrivey, i^endant lequel temps celuy 
du sr d 'hyberville estant revenu sur l'eau sans des- 
sus dessous, ceux que j 'y avois renvoie le ramenèrent 
avec le sr d 'hyberville qui y perdit fusils hardes et 
presque tous les vivres. Je leur donné des miennes 
à la place : scavoii' un sac de pois 20 Ibs de ris, une 
pouche de galette, et quelques autres bagatelles. A 
midy le sr Lallemand prist hauteur et a trouvé 49 
degrey 30 minutes. 

L'unzie. je partis a soleil levant. Nostre journée 
fut d'unze lieues dans lesquelles nous fîmes trois 
portages, dont le iDremier est de 300 pas, le second, 
de 250. Ils sont fort jjrès après les uns des autres. 
Le sieur l'allemand prit hauteur et trouva 49 degrey 
5 minutes (100). 

Le douzie. nous ne fîmes qu'une lieue a cause d'un 
portage de deux mil huit cents pas qu'il nous faillut 
(431 bis) faire. Il est très mauvaias pour les mon- 
tagnes et fonceaux qui s'y rencontrent, tous cou vers 
de bois renverse}^ ms de ste helenne et d 'hyberville 
jetterent leurs canots alegés par les chutes, et en 
conduisoint six autres. Nous ne pûmes aller cam- 

(100) Cet endroit porte encore le nom des Trois-Portages. Il y a 
ici un second "rapide de l'île" beaucoup plus terrible que le premier. 



— 59 — 

per qu'a un quart de lieue au dessous de ce por- 
tage (101). 

Le treizie. de juin, il tomba un demi pied de 
neige. Nous ne finies qu'une lieue et deux porta- 
ges (102), dont le premier est de 100 jDas, et le second 
de deux cents. Nous campâmes au dernier, pen- 
dant que le capitaine des guides fut reconnoistre 
l'endroit du portage qu'il disoit estre proche de la. 
Il le trouva et s 'en revint au camp où nous passâmes 
la nuit, qui fut fort Froide. 

Le quatorzie. au matin, le vent s 'estant appaise 
et le temi3s s'estant remis au beau nous fîmes un 
demi quart de lieue, pour trouver le portage (103) 
qui estoit fort petit, au bout duquel n'y ayant qu'une 
anse a traverser Ton voioit l'entrée du grand (104), 
qui a deux lieux de long. Il est très mauvais, a cause 
des montées qui y sont fort fréquentes et fort eniba- 
rassées de quentite de bois abatus, y aiant même en 
quelques endroits des molieres dans lesquelles on 
enfonce jusques au genoul. Quelque terreur panique 
aiant saisi les deux sauvages (432) que j'avois pris 
pour guides, ils s'en allèrent, comme on dit, sans dire 
adieu, mais aussi sans rien emporter. Ce jour la, 

(101) Ici, dans un espace d'une dizaine de milles, il y a une série 
de rapides fort dangereux. Les chemins de portage sont difficiles, étant 
obstrués de longues branches et de broussailles. Dans cette journée 
les voyageurs firent les deux premiers portages, le "Lobstick" et le 
"Rocheux". 

(102) Ces deux portages sont le "Clay Falls" et le "Bouleau". 

(103) Le "Oilcan" ou "Canistre d'Huile". 

(104) C'est le "Grand-Portage" proprement dit. La rivière Abitibi 
forme ici un véritable canon, de 30 à 40 verges de largeur, avec des flancs 
perpendiculaires tellement élevés et escarpés qu'on n'aperçoit pas le lit 
de la rivière des bords de ce canon. Le portage, qui est sur la rive est, 
a plus de deux milles de longueur. Les "montées" indiquées par le 
chevalier de Troyes n'ont pas changé de place, et elles rendent la tra- 
versée de ce portage fort pénible. 



— 6o — 

il y eut quôntite de nos gens qui ne peurent pas faire 
leur portage. 

Le quinzie. je pris le devant de bonne heure avec 
dix canots, et fis ce jour la cinq lieux, au bout des 
quelles je trouve un portage (105) de 1200 pas qu'il 
faillut faire. Je campé ensuite au connnendem.t 
d'un autre qui est a une lieue de ce dernier. 

Le seixie. le père Silvie dit la messe, et mavclia- 
mes ensuitte. Nous y finies quatre portages (106), 
entre lesquels sont presque tous rapides, le premier 
est de mil pas, le second, de 1500. Je campé a ce 
dernier pour attendre tous nos gens qui s'y rendirent 
le même jour. Il j^lut un peu sure le soir. Il faut 
encore remarquer que la plus part des derniers ca- 
nots jetterent (sic) le dernier portage. 

Le dix: septie. Il fist assez beau temps, et nostre 
journée fut de dix sept lieux. La pluie qui survint 
sur le soir m'empescha d'aller plus loin. Je campé 
dans un lieu rempli de gros bois despinettes et de 
tremble (107). 

Le dix huitie. nostre guide m'asseura que nous 
n'estions i3as loin de ce que nous cherchions. Je 
(432 J)is) séjourné pour me servir de la commodité 
de ce lieu où il y a voit de gros bois qui m'estoient 
nécessaires, pour me préparer à l'attaque du premier 
fort. J'en fis faire des madriers pour couvrir en 
tout cas le mineur et plusieurs pilles. Je me servis 
des ecorces d'epinettes pour mes gabions et facines 

(105) Le portage de la "Loutre", qui a une longueur de 152 chaînes. 

(106) Le premier de ces portages est celui du "Sextant", le second, 
celui du "Corail". 

(107) A dix-huit milles de la jonction de la rivière Abitibi et de 
la rivière Moose, 



— 6i — 

que je ne peu pas faire le brencliage comme en trope, 
a cause de la difficulté qu'il y avoit eue de les voitu- 
rer dans nos canots, l'ecorce estant plus portative 
d'ailleurs, moins embarassente, et aussi utile. J'ad- 
jousté à tout cela quatre échelles pour servir au 
besoin. 

Le dix neufv.e je décampé de bonne heure et fis 
six lieues dans la matinée pour venir jusques a la 
fourche de Monsipy (108), d'où j'envoie a la décou- 
verte les srs d'hyberville et de st Germain, accom- 
13agney d'un honnne de nostre détachement, et me 
tint coy dans une pointe d 'isle, que nous ne quittâmes 
que sur le soir pour les joindre, ou les attendre ou 
ils dévoient avoir posé une marque, comme je leur 
avois ordonné. Nous marchâmes jusques a la nuit 
sans en trouver, lorsqu 'estant près de la cabenne pour 
attendre le jour, nous vîmes un feu à nostre gauche. 
Nous gaignâmes terre et y trouvâmes celuy qui avoit 
accompaigné nos découvreurs, qui nous dist (433) 
qu'il falloit dessendre plus bas, ce que nous fimes, 
avec d'autant plus de peine qu'il nous faillut sauter 
deux rapides, ou plus de la moitié de nos canots 
échouèrent, sans néanmoins aucun dommage. Quoy 
qu'il fist bien noir nous fumes a une isle, ou l'homme 
qui avoit fait le feu cy dessus nous avoit asseurey 
que nous devions trouver nos découvreurs. Cepen- 
dant nous n'y trouvâmes personne et le jour appro- 
chant nous obligea de nous retirer dans un cul de 
sac de peur d'estre découverts, ou nous passâmes la 
journée. 



(108) Rencontre de la rivière Moose et la rivière Abitibi. 



— 62 — 

Le vingtie je fis arrester un canot ou estoient deux 
sauvages qui venoient des Anglois. Je les interrogé 
soigneusement, tant sur la situation des forts que sur 
d'autres circonstances que je voulois scavoir, et les 
ayant regaley de bled d'inde. Ils parurent fort 
contens et nous témoignèrent a leur manière la joie 
qu'ils sentoient de voir les françois dans leur paie. 
Il est vray que la conjoncture nous estoient d'autant 
l^lus favorable que le gouverneur de quicliichoan- 
ne (109), qui commendoit aussi autres forts, dont les 
conmiandans se reconnoissoient avoir depuis peu 
donné des coups de baston a un sauvage, dont la 
disgrâce estoit très sensible à tous les autres, qui 
avoient conceu une haine mortelle contre les anglois. 
Pour ces deux sauvages, ils me parurent si iritey, 
qu'ils vouloient a toute force venir avec moy pour 
se battre, disoient ils, contre cette nation qui les avoit 
{433 his) si maltraites. Je les remercie d'une ma- 
nière a ne leur donner aucun soupçon de la méfiance 
que j 'a vois d'eux, et les congédiant civillement, je 
leur fis dire avec beaucoup de douceur qu'ils pou- 
voient venir le lendemain, en asseurence, traiter avec 
nous des marchandises des anglois dont nous allions 
nous rendre maistres. Je ne jugé pas apropos de les 
mener avec moy, dans la crainte ou j'estois que se 
dérobant la nuit, ils ne fussent advertir les anglois 
de mon arrivée, le sr d'hyberville qui nous estoit 
venu joindre m'aiant dit qu'il estoit temps de mar- 
cher, je les fis partir, quand a moy, eux d'un costé et 
moy de l'autre. Nous passâmes la nuit sur l'éau qui 

(109) Quitchichouan ou "Albany". 



- 63- 

nous parut fort longue, dans l'impatience ou tout le 
monde estoit de se voir aux mains avec les Anglois. 
Au petit jour, nous mimes pied a terre dans une isle, 
a une demi lieue de leur fort, ou nous trouvâmes le 
sr de St-Germain qui avoit passé la journée précé- 
dente sans menger, pour découvrir, et pour me rendre 
compte de la manière dont il estoit construit, et de 
ce qu'il leur avoit veu faire dans cette isle. Il me dist 
que leur bastiment qui avoit appareille la veille, des 
le matin, estoit mouillé a une lieue et demie idIus bas 
que le fort qui avoit tiré a son départ plusieurs coups 
de canon, dont il avoit respondu a ceux dont ce vais- 
seau l 'avoit salué. Cet advis joint a la proximité 
de l'ennemi m'obligea de faire poser un corps de 
garde pour la sûreté de mes canots, ou je laissé le 
P. Silvie avec dix hommes, y compris les deux chy- 
rurgiens. Après cela je m'applique entièrement a 
disposer l'attaque que je meditois (434) faire de ce 
poste dont j'ay jugé le plan nécessaire pour donner 
au lecteur une .idée plus parfaitte de l'action que je 
vais décrire. 

Ce fort est composé de grosses palissades qui, 
sortant de terre de la hauteur de dix sept a 18 pieds, 
forment quatre courtines dont chaque face est de 
cent trente pieds. Elles sont flanquées d'autant de 
bastions, dont le terre plain est soustenu de deux 
rangs de gros pieuds entrelassey, d'espace en espace, 
de madriers, qui les traversans d'un rang a l'autre, 
semble lier & rafermir la terre qu'ils renferment, et 
tiennent hors d 'estât de pouvoir s'ébouler. Ils es- 
toient fort bien munis de canons. Les deux qui 



- 64- 

regardent la rivière estant percey pour trois pièces, 
qui paroissoient effectivement hors de leur embra- 
sures, scavoir un a chaque flan, i^our deffendre la 
courtine et l 'autre, a la face d u bastion, et deux 
qui regardoient le désert, qui est autour du fort, de 
vingt arpans ou environ, qui portoient six a sept 
livres de balles. Les embrasures estoient fort pro- 
prement faites, en sorte qu'il eût esté impossible de 
glisser aucun coup de fusil le long de la pièce, à cause 
d'une coulisse qui les joignoit et qui se retiroit avec 
facilité, lors qu'il la failloit manier. Voila l'exté- 
rieur de la place, qui en renf ermoit une grande et une 
redoute au milieu, composée de trois étages, et bastie 
de pièces sur pièces, une terrasse au dessus faites 
de plenches & solives, garnie de son parapet (434 his) 
qui avoit a chaque face, quatre embrasures faite 
en forme des abords, dans lesquelles i3aioissoit seu- 
lement quatre pièces de canons, dont il y en avoit 
trois de deux livres et un de fonte, de huit, qui pou- 
voient battre en cavalier tous les environs du fort, 
dont la principale entrée est oit dans le milieu de la 
courtine qui fait face a la rivière, fermée d'une porte 
épaisse de demi jiied, renforcée de clous et grosses 
pentures et traversées de barre de fert, y aiant en- 
core une fausse porte dans la courtine qui regarde 
le bois (110). Revenons a nostre attaque que je 

(110) Ce fort qui portait le nom de Monsoni, que les Anglais appe- 
laient Hayes, et que les Français nommèrent plus tard Saint-Louis, était 
établi à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le poste de la 
compagnie de la baie d'Hudson, à dix-huit milles de la mer. Les messieurs 
Révillon ont aussi à Moose un établissement très fréquenté par les 
Indiens. Un ministre de l'Eglise d'Angleterre, le révérend M. Hay- 
thornthwaite, réside en cet endroit. Une quarantaine d'enfants indiens 
fréquentent l'école industrielle, qui est sous la direction de deux demoi- 
selles anglaises. 



-65- 

disposé de la sorte. Je commende d'abord du monde 
pour aller quérir deux canots, dont l'un portoit des 
pics, pelles, pioches, échelles et madriers, et l'autre, 
le bellier que j 'a vois fait faire, avec ordre de suivre 
les détachements qui marchoient le long de l'eau, 
dont la grève est fort belle a marée basse, et dont on 
ne peut estre incommode du fort, qui n'estoit qu'a 
trente pas. Je détache les srs de ste helenne et 
d'hyberville avec dix huit hommes pour aller insul- 
ter les flancs qui deffendoient la courtine qui fait 
face au bois, et ordonné le nomme la liberté (111) 
avec six autres, pour faire une fauce attaque, luy 
enjoignant de mettre trois de ses hommes a chaque 
flanc de la courtine de main droite du fort, dont l'un 
des trois couperoit la palisade, et les deux autres 
tireroient continuellement dans les (435) embrasu- 
res, pour incommoder ceux qui maniroient les pièces. 
A mon égard, je fis trois détachements de tout ce qui 
me restoit, et me le réservé pour mon attaque qui 
devoit estre la principalle attaque. Chaque déta- 
chement avoit a sa teste un sergent, à deux desquels 
j'ordonne de faire le plus grand feu qu'il seroit pos- 
sible aux courtines et aux flancs pour (empêcher) 
le canon de l'ennemi de luy servir et de nous nuire, 
et commende au troisiesme de faire venir le bellier 
et d'enfoncer la porte, pendant que je me tenois 
occupé a animer nos gens et a donner des ordres né- 
cessaires en pareilles occasions. Sur cette entref aitte 
le sr de ste helenne vint me demender s'il sauteroit 



(111) Probablement Nicolas Vinet, dit Laliberté, fils de Jean Vinet 
et d'Anne Moreau, de Nanter-'., baptisé en 1653, et marié à Boucherville, 
Je 18 août 1698, à Jeanne Berthaut. 



— 66 — 

par dessus la palisade; je luy répondis que quand 
on donnoit des ordres pour attaquer et prendre une 
place, il n'importoit pas de quelle manière on y en- 
troit, pourvu que l'on s'en rendre maistre, ce qu'il 
interj^reta si bien qu'il frencliit en un moment après, 
la palisade, l'espée a la main, suivi des srs d'hyber- 
ville, maricourt, la noue et l'allemend et de cinq ou 
six autres qui seuls en purent faire autant de leur 
détachement. Ils entrèrent ainsi bravement dans le 
fort, s'emparèrent du canon et ouvrirent la fausse 
porte qui n'estoit pas fermée a la clef. J'avois pen- 
dant ce temps la, envoie quérir le bellier, et allant 
d'un poste {435 bis) a l'autre je prenois garde exac- 
tement a ce que l'on executast régulièrement ce que 
j'avois ordonné. Je visite entre autre celuy du 
sergent laliberté auquel je dois ainsi qu'a tous les 
autres le témoignage de leur avoir vue vigoureuse- 
ment faire leur devoir. Le bellier arrivé, je fis 
enfoncer la porte du fort durant lequel exercice il 
arriva que mes gens qui foisoient feu par tous les 
endroits qui le pouvoient permettre, firent une dé- 
charge au travers des palisades sur le détachement 
des srs de ste helenne et d'hyberville qu'ils crurent 
estre les Anglois qui se renvoient pour se deffendre. 
Il y eut un de nos gens qui porta la peine de cette 
méprise par une blessure qu'il reçut dans les reins. 
J'entre, dans ce temps la, dans le fort, accompagne 
de tous mes gens a qui je fis faire un feu continuel 
dans les sabords, fenestres et autres ouvertures de la 
redoute, m 'occupant, dans cette intervalle, a faire 
retirer de son embrasement une pièce de canon qui 



-67- 

estoit a la face du bastion de main droite, pour la 
tourner contre la redoute. Mais, je fus bien sur^^ris 
lorsque voulant voir si elle estoit chargée, je ne trou- 
ve rien dedans et aucuns boulets dont je puisse me 
servir, ce qui aurat été reparé par la diligence que 
nos gens apportèrent a enfoncer la porte, lorsque 
nostre interprette Anglois m'advertit qu'ils deman- 
doient quartier {436). J'en pour lors, beaucoup de 
peine a arrester la fougue de nos Canadiens qui, 
faisans de grands cris a la façon des sauvages, ne 
demendoient qu'a jouer des couteaux. J'en vins a 
bout a la fin, et fis crier par mon interjDrete aux An- 
glois qu'ils eussent a se rendre, et qu'il y avoit bon 
quartier. L'un d'entre eux envoia l'interprète pro- 
mener et termes bien insolens, adjoustant qu'il vou- 
loit se battre et en eif ect voulut i^ointer un bastion sur 
nous, ce qui l'obligeant de se découvrir un peu trop, 
il reçut un coup de fusil dans la teste qui le renversa 
mort sur la place. Il y en a qui attribuent ce coup 
a mr de ste helenne qui est en réputation d'èstre un 
bon tireur. Cependant comme j 'avois fait redoubler 
l'attaque et fait continuer le feu de toutes parts, ils 
crièrent quartier tout de nouveau, mais le bellier 
avoit desja mis la porte dedans, aiant jette une ma- 
nière de tembour par terre. Le sr d 'hyberville s'y 
jetta incontinant, l'espée en une main et le fusil en 
l'autre, lorsqu'un anglois referma la porte, qui tenoit 
encore a ses pentures et empescha ensuitte que le 
reste ne suivit le sr d 'hyberville qui, chamaillant 
hardimant de son epée sur tout ce qui se presentoit, 
blessa quelques Anglois au visage et lâcha son coup 



— 68 — 

de fusil dans un escalier ou il entendit du bruit. 
Cependant qu'un autre coup de bellier aiant entiè- 
rement enfoncé la x^orte, tous nos gens entrèrent {436 
bis) l'epée a la main, et trouvèrent les Anglois tous 
en chemises, et ne s'attendoient nullement a une pa- 
reille camisade. C 'est ainsi que nous nous emparâmes 
de la place sur ces messieurs, dont la négligence fut 
si grande qu'ils n'avoient ny garde, ny sentinelle que 
des matins, qui n'estoient de nulle conséquence a 
leur égard, en ce que des sauvages passant par la de 
jour et de nuit, les chiens, aboiant a tout moment, 
faisoit que les Anglois ne prenoient aucune alarme, 
et mr de ste helenne m'avoit desja asseuré qu'il 
avoit trouvé si peu d'obstacles a sa découverte, qu'il 
avoit eu tout le temps de sonder avec la baguette de 
son fusil les canons du fort i^our voir s'ils estoient 
chargey, ce qui joint au peu ou au point de resistence 
que nous trouvame, marque bien le peu de valleur 
de cette nation si elle n 'est aguerrie. Je les fis incon- 
tinant rabiller et enfermer dans une cave, ou je les 
tins une demie journée, pendant laquelle je pris 
connoissence de toutes choses, aiant d'abord com- 
mencé par l'établissement d'un corps de garde et 
fait poser des sentinelles par tout ou je jugé néces- 
saire. J'envoie ensuitte quérir le R. P. Silvie, et 
commende qu'on amenâst les canots avec leurs gardes 
que je rappelle. Apres quoy je fis travailler en dili- 
gence nostre forgeron a recommoder toutes les pen- 
tures et a remetre toutes choses en estât. Il se servit 
a cet effet de la forge qui estoit hors le (437) fort; 
aussi tost tout, fut il, reparé dans la journée. Il ne 



-69- 

reste plus a présent a ad jouter a la description que 
j 'ay faite du fort, la forge qui est dehors et un grand 
magasin avec une cuisine qui sont placey entre la 
première enceinte et la redoute, soubz laquelle le 
mineur avoit desja fait un trou assey suffisant pour 
y placer un baril de i^oudre de 50 1. pour la faire 
sauter, s'ils eussent voulu résister. Au reste les srs 
de maricourt et lallemend, la noiie, de la Chevalle- 
rie (112) et de st. Denis y ont fort bien fait. Ils 
estoient du détachement commende par les srs de 
ste helenne et d 'hyberville, qui furent aussi i^arf al- 
ternent bien secondey de tous les autres Canadiens. 
Le fort fut pris en demie heure de temps, avec dix 
sept Anglois qui estoient dedans, que je fis tirer de 
la cave ou je les avois mis et leur donné une prison 
a la quelle ils ne s 'attendoient pas. Il y avoit hors 
du fort environ a quinze pas de la pointe d'un bas- 
tion un vieil bastiment nommé la ste. Anne qui avoit 
esté autres fois aux françois. Il estoit du port de 
trois cents tonneaux et avoit esté mis la i^our en 
oster ce que l'on trouveroit de meilleur et brûler le 
reste. L'estant allé visiter il me parut fort propre 
pour servir de prison a mes Anglois dont j'estois 
bien aise de demeubler le fort. J'y fis faire a cet 

(112) Ce sieur de la Chevalerie était François de Chavigny de la 
Chevrotière, né à l'île d'Orléans, le 6 juillet 1650, fils de François de 
Chavigny de Berchereau, et de Eléonore de Grandmaison. Un arrière- 
flef dans la seigneurie de Beaulieu, situé dans l'île d'Orléans, et appar- 
tenant à Eléonore de Grandmaison, portait le nom de la Chevalerie. On 
peut vraisemblablement supposer que M. de la Chevrotière tirait de là 
son titre de sieur de la Chevalerie. 

Le sieur de la Chevalerie faisait partie du corps expéditionnaire 
commandé par le chevalier de Troyes. Il resta à la baie d'Hudson et 
ne revint à Québec que dans l'été de 1690. 

Voir appendice F. 

On trouvera la biographie de M. de la Chevrotière dans la famille 
de Chavigny de la Chevrotière, par M. P.-G. Roy. 



— 70 — 

eiïect sur les ecoutils (437 his) de forts callibotit (I) 
et tiré ce même jour ces messieurs de la cave ou ils 
estoient, pour les mettre plus saichement la dedans, 
avec une bonne sentinelle sur le pont, qui avoit jour 
et nuit correspondence avec celles des bastions et de 
la platte forme de la redoute. 

Les vingt un, 22, 23 et 24, je visité tout le fort où 
je trouve très peu de vivres, et balence longt temps 
a me résoudre lequel des deux forts qui me restoient 
j'irois attaquer. J'avois deux raisons a combattre: 
d'un costé les anglois que j'avois pris masseuroient 
que l'on faisoit ny guet, ny garde, au fort Rupert 
qui estoit a 40 lieues de chemin très difficile, de celuy 
que nous avions pris, qu'il y avoit encore moins de 
vivres que ou nous estions, et que le bastiment dont 
j 'ay i3arlé y en portoit très peu. D'autre costé il n'y 
avoit trente lieues au fort de Quicliichouanne ou les 
vivres estoient en abondence, mais aussi la garde y 
estoit fort exacte et la place très bien munie et for- 
tifiée, y aiant trente bons hommes et vingt cinq pièces 
de canon, joint que le bastiment qui ne devoit pas 
séjourner au fort Rupert devoit aller mouiller devant 
Quichichouanne, dont la prise devenoit pour lors 
impossible, n 'aiant point de chalouppe suffisente 
pour le transport du canon- qui m 'estoit (438) abso- 
lument nécessaire dans cette occasion. Il est bien 
vray que le sr. Lallemend m'offrit d'en faire cons- 
truire un double, mais les vivres me menquoient. Je 
me détermine a l 'attaque du fort Rupert que j 'espe- 
rois enlever avec le bastiment qui y moulloit, pour 
m'en servir avec succey contre celuy de Quichi- 



— 71 — 

chouanne, donnant ordre neantmoins pour la con- 
struction d'une double chaloupe, n'estant pas seur 
d'enlever ce bastiment. Ma resolution estant prise, 
je connnende soixante bon hommes, laissant le sur- 
plus dans le fort que j 'avois pris, soubz le commen- 
dement du sr. de st. Germain qui ne sachant pas le 
chemin plus loin, donna un sauvage du lieu pour nous 
conduire. Je leur fis distribuer des vivres autant 
que je le pouvois, et des canots tant pour leur usage 
que pour porter pics, pioches, pelles et autres muni- 
tions nécessaires, outre deux petits canons sans affûts 
pour nous en servir dans le besoin. Je prie après 
cela le R. P. Silvie de ] ester au fort pour se rafraî- 
chir, et parti le 25 avec mrs. de ste. helenne et d'hy- 
berville suivi de nos gens bien deliberey pour aller 
a la rivière Rupert. Je fus camper a l'embouchure 
de celle de Monsipi. Elle est a cinq lieues de nostre 
fort, et estant près d'arriver au camp deux de nos 
gens se battans dans leur canot le firent tourner. 
Par malheur il portoit nos boulets nos grenades qui 
nous obligea d'attendre le lendemain jusques a midy 
pour le retirer a basse marée. De la nous fumes 
camper a l'entrée de la baye des oucaouons (113) qui 
a cinq lieues de traverse (438 bis). 

Le vingt sept et le jour suivant nous séjournâmes 
a cause d'un grand vent qui venant du large nous 
empescha de faire cette traverse nous eûmes aussi 
froid qu'en plain hiver. 

Le 29 des le matin, le vent estant diminué nous 
limes la traverse, dans laquelle nous trouvâmes des 



(113) La baie de Hannah, clans laquelle se décharge la rivière 
Harricana. 



— 72 — 

glaces deux lieues devant. Nous dinâmes a terre, et 
nous estant remis en canot nous en rencontrâmes 
quatre de sauvages, qui paroissoient surpris de nous 
voir en si grand nombre, voulurent se mettre en 
deffence. Ils nous prenoient pour des Iroquois mais 
s 'estant desabusey, ils furent joieux de rencontrer 
des françois. Ils nous dirent qu'ils venoient de faire 
la guerre aux Esquimos, qu'ils avoient veu les An- 
glois a la rivière Rupert, qu'il y avoit un bastiment 
moullé a une pointe de quatre lieues de là, dont le 
sr. de Briquienne (114) estoit parti en chaloupe, 
accomj^agné de quatre hommes, aller au fort qui en 
estoit a trois, et me repondirent sur la demande que 
je leur fis que les anglois ne scavoient nullement 
nostre arrivée dans leur rivière, qu'il estoit bien vrai 
qu'ils s'y fortifioient mais que c 'estoit contre les 
iroquois contre qui ils vouloient les maintenir. Apres 
tout cet adveu, je fus camper dans un bel endroit ou 
ils me montrèrent, et je les interrogé plus emplement 
et défendis de tirer aucun coup de fusil (439). 

Le trentie. je partis de bon matin pour faire une 
traverse de trois lieue, au bout de laquelle nous dé- 
couvrîmes le vaisseau qui appareilloit du bout dans 
une pointe (115). Il faisoit sa route au travers des 
glaces, et nous pareillement dans nos canots, a deux 

(114) Johan Bridgar avait été nommé, en 1682, gouverneur du 
nouvel établissement de la compagnie de la baie d'Hudson à Port- 
Nelson. En 1683, Kadisson le fit prisonnier, et le conduisit à Québec; 
le gouverneur M. de la Barre qui n'approuva pas la manière d'agir de 
Radisson, fit reniettie à Bridgai-, non navire k' Hunnn, et le renvoya 
en Angleterre. 

Dans l'été de 1685, Bridgar faillit être i)ris de nouveau, dans le 
détroit de Hudson, par M. de la Martinière, qui s'en retournait à Québec, 
après une expédition infructueuse. 

En 1686, comme la suite du récit le fera voir, Bridgar devait passer 
par des aventures encore plus terribles que les précédentes. 

(115) Pointe Mesakonam. 



— 73 — 

desquels je fis prendre le devant avec ordre de ne s'y 
pas trop découvrir. Pour moy je les suivois me 
couvrant, le plus que je pouvois, des glaces au tra- 
vers desquelles nous marchions. Nous arrivâmes 
ainsi a une pointe dont on voit l'entrée de la rivière 
rupert, et la nuit estant venue qui nous déroba la 
veue du vaisseau, nous campâmes a cette pointe que 
les anglois nomment Confort (116). 

Le premier juillet nous marchâmes depuis le ma- 
tin jusques à dix heures que nous fumes obligez 
d'attendre la nuit, pour pouvoir doubler une pointe, 
ce que nous ne pouvions pas faire pendant le jour 
sans courir risque d'estre veus du fort. Je fis, pen- 
dant tout ce temps la, préparer toutes choses et 
envoie le sr. de ste. helenne a la découverte, qui 
mena avec luy deux françois et le sauvage qui nous 
servoit de guide. Il fut avec eux a une petite rivière 
(117) qui est environ une lieue du fort, où il laissa 
son canot, un françois, et un sauvage pour nous at- 
tendre et fut avec l'autre passer la nuit autour du 
fort, pour découvrir et observer les démarches de 
ceux de dedans. Pour nous, arrivâmes a l'entrée de 
la nuit a l'endroit ou il avoit laissé son canot ou je 
campé. 

Le deuxie. le sr. de ste helenne estant revenu de 
sa découverte sur les huit heures du matin, m'assura 
que le bastiment estoit moulle devant le fort a une 
demie portée (439 bis) de pistolet de terre, que le 
fort estoit un carré flanqué de quatre bastions pres- 
que semblables au précédant, excepté qu'il n'y pa- 

(116) Pointe Comfort. 

(117) Rivière Pontax. ■■ ; 



— 74 — 

roist point de canon, qu'il renfermoit aussi une 
redoute de pareille construction que l'autre, a la 
reserve que celle cy estoit couverte d'un toit plat au 
lieu de terrasse et sans aucun parapet, et qu'elle 
n 'estoit pas directement située dans le milieu de 
l'encente. Le sr. de ste. helenne ad joutant qu'elle 
estoit fortifiée de quatre petits bastions qui, estant 
enlevez de terre de la hauteur d'un homme, estoient 
soustenus par des pièces de bois qui sortoient hors 
du corps de la redoute, ce qui ap roche bien plus d'une 
guérite que d'un bastion, dans chacun desquels pa- 
roissoient deux pièces de canon, qu'il y avoit aussi 
une échelle appuiée contre le haut de cette redoute 
de peur du feu, et un petit corps de bastiment, à 
l'autre bout de la place, ou paroissoit une cheminée 
qui fumoit, et qui n 'avoit dans toute sa découverte 
apperçeu aucun garde, ny sentinelle, tant au fort que 
sur le vaisseau. Après un rapoi*t si bien circonstencié 
je m'occupe le reste du jour a disposer toutes choses 
par les attaques que j 'a vois dessein de faire ensuitte, 
de quoy je donné au sr. d'hyberville le choix dans 
tout le détachement de treize hommes, luy faisant le 
quatorze, pour aller dans deux canots, présenter le 
coste au bastiment anglois et s'en saisir, devant estre 
soustenu (440) d'un autre détachement conduit par 
un sergeant, qui devoit du bord de l'eau faire feu 
sur tous ceux qui auroient peu paroistre sur le pont 
de ce navire. Voilà sa part. A l'égard du fort, je 
mis mr. de ste. helenne a la teste du détachement 
que j 'a vois destiné pour en faire l'attaque. Ils en 
dévoient enfoncer la porte a coups de bellier, pen- 



- 75 - 

dant que je serois a la teste du reste de nos gens que 
j'avois fait mettre en bataille. Pour les soustenir, 
j 'avais mes deux petites pièces de canon en bon estât, 
et ce qui est de meilleur tous nos gens fort animez. 
La nuit estant venue nous marchâmes tous dans 
l'ordre que j'avois prescrit, et d'autant plus diliga- 
ment qu'il n'y a presque point de nuit en ce paie la, 
dans lequel nous avons remarque lorsqu'il faisoit 
serain que l'aurore commençoit a paroistre que le 
soleil coucliant paroissait encore. 

Le troisie. juillet, nous mimes pied a terre a la 
Ijointe du jour et fist a l'instant avencer quatre ca- 
nots, deux desquels portoient les gens destinez pour 
l'attaque du bastiment & les outils nécessaire pour 
la prise de la place, que je fis (440 his) décharger a 
même temps. J'ordonne ensuitte que l'on marchast 
ce qui fut fait avec tout l'ordre imaginable. Nous 
suivions le bord de l'eau dans un profond silence, 
jusques a ce qu'estant arrivez tout proche, je fis 
faire halte au détachement de terre pour commender 
aux deux canots d'aller prendre le bastiment, vers 
lequel je les vis partir aussi tost avec beaucoup de 
fierete. Comme j'avois tous jours en dessein de faire 
mes deux attaques en même temps, je fis marcher 
droit au fort dans lequel j'entre a la teste de mon 
détachement, après en avoir fait enfoncer la porte a 
coups de bellier. Je commendé aussi tost un grena- 
dier et un bûcheur, pour jetter des grenades par les 
ouvertures et pour en faire de nouvelles, et ordonne 
de faire un feu continuel par tout les fenestre, em- 
brasure et meurtrières, ce qui fut fait, pendant que 



-76- 

mon grenadier estant monté sur le haut de la redoute 
par l'échelle qui y estoit apuiee, ramonna si bien 
avec ses grenades la cheminée d'un peole dont le 
tuiau paroissoit, qu'il en creva. Le poisle fut rompu 
en morceaux, et une femme qui voulut se sauver dans 
une autre chambre fut blessée au costé d'un éclat. 
Durant cette exécution, mes gens tiroient continuel- 
lement et pour rendre la musique meilleure, je voulu 
y mesler mes deux canons qui, f aissant la basse, per- 
cèrent a jour la porte de la redoute, contre laquelle 
je les avois fait pointer. Le mineur d'un autre costé 
estoit prest de nous donner un plat de son métier, 
lorsque les anglois crièrent cartier. Je conmiendé 
aussi tost que l'on cessast de tirer et en ayant fait 
faire silence, je leur fis dire qu'ils eussent à se ren- 
dre et qu'il y avoit bon quartier, a quoy aiant obéi 
celuy qui commendoit m'aborda en (441) tremblant, 
et me prist par le bras, comme estans en seureté avec 
moy. Je le mené en cette posture a l'entrée du fort 
ou je l'interrogé sur ce que je voulois scavoir, dans 
le temps que le sr. de ste. helenne et nos gens s'em- 
paroient du fort et de ceux qui le gardoient, au nom- 
l^re de trente homme, y compris néantmoins ceux du 
navire et d'autres qui estoient allé quérir du bois, 
et tacher a sauver le castor qui avoit passé l'hyver 
sous les voiles d'un vaisseau qui avoit fait naufrage, 
l'année dernière. Comme j 'entretenois ce commen- 
dant qui ecorchoit un mechand francois, il me dist 
de nous retirer de peur du feu du vaisseau dont il ne 
scavoit pas la prise, qui l'estonna lorsque je luy en 
eu donné l'advis. Apres cela, je rentray dans la 



— 11 — 

place dont je fis sortir les Aiiglois qu'on avoit desar- 
més, et les envoie a fond de cal à un jak, du port de 
trente cinq a quarente tonneaux, qui estoit échoué 
près du fort et sans agrey. Je leur fis donner des 
vivres avec leurs couvertes et hardes, et de peur des 
esprits, un bon corps de garde, ainsi qu'au fort et 
sur le navire dont voicy la prise. 

Les deux canots, que j 'a vois destines pour pren- 
dre le bastiment, estants partis dans la resolution 
que j'ay marquée cy-dessus. Le sr. d'iiyberville qui 
en commendoit un l'aborda du costé de tribort, ou 
ayant rencontré {AAl his) la chaloupe cela l'empes- 
cha de monter sur le pont. Ils ny trouvèrent pour 
toute garde qu 'un homme, envelopé dans sa couverte, 
qui dormoit tranquillement. Le reste des gens de 
ce vaisseau en faisoient autant dans le lit, ne s 'atten- 
dant nullement a ce réveil matin. Nos gens aiant 
donne deux ou trois coups de pied sur le pont pour 
l 'éveiller, celuy qui dormoit dessus se leva en sursaut, 
et s 'estant mis en deffence obligea un des nostres de 
le tuer d'un coup de fusil. Au bruit, un de ceux qui 
estoient dans la chambre voulant monter sur le pont, 
le sr. d'hyberville l'en empescha et luy donna un 
coup de sabre sur la teste, ce que n'arresta pas son 
opiniâtreté. Il appella ses compagnons a son secours, 
et faisant tous ses efforts pour monter il en fut 
arrester tout court par un coup du même sabre au 
travers du corps. Pendant ce temps la, nos gens 
avoient fait des ouvertures avec des haches dans la 
chambre, dans laquelle ils firent pleuvoir une gresle 
de coups de fusil, dont quelques anglois se sentant 



-78- 

blésez, ils demandèrent tous quartier. On les fist 
dessendre au moment au fond de calle. Ainsi on 
s'assura de ce bastiment ou estoient entre autre le 
sr. Brigneul (Bridgar) qui commenda au fort de 
Monssipy et qui devoit cette année relever le gouver- 
neur de Quicliichouanne que l'on rappelloit, estoit 
destiné pour estre gênerai du fond de la baye. Il 
avoit avec luy le capitaine omoltas (118) qui estoit 
arrivé dans (442) dans la baye l'année dernière, 
dans un vaisseau de douze j^ieces de canon qui com- 
mendoit, et qui aiant péri en s'en retournant, obligea 
les gens qui estoient dedans de se sauver en chaloupe 
au fort Rupert, ou ils avoient hyverne, du nombre 
desquelles estoit cette femme, qui fut blessée d'un 
morceau de la grenade, a la prise de ce fort, laquelle 
estoit venue en le paie pour tenir comiDagnie a la 
femme du gouverneur de Quicliicouanne, de qui elle 
estoit amie. Voila quel fut le succez de ces deux 
entreprises. Revenons au fort. 

Le quatrième et jours suivants, jusques au neuf, 
je fis charger le navire de tout ce qui estoit dans le 
fort. J'y mis entre autres choses cinq pièces de ca- 
non de fert, que j'y avois trouvé, les trois autres 
n'estant que de bois, que je fis brûler aussi bien que 
la redoute & couper la palissade du fort dont je ne 
conservé que la cuisine, pour y pouvoir par la suite 
faire une tente d'esté. Il y avoit, parmi nos prison- 
niers angiois, deux char2Deiitiers qui doivent avant 
leur arrivée radoubler le jak dont j'ay parlé, et le 
mettre en estât de naviguer. Je leur donné tous les 



(118) Outlaw, commandant du navire Alert au service de la com- 
paernie de la baie d'Hudson. 



— 79 — 

outils de quoy ils avoient besoin pour le faire avec 
des vivres pour tous les autres, que je laissé la, leur 
enjoignant de travailler diligament a cette besogne 
IJarce que lorsque (44.2 ois) j'aurois pris Quiqui- 
chouan, je leur renvoirois des vivres et des agrez 
pour s'en retourner dedans. Quelques sauvages qui 
estoient dessendus de nimisco pour venir traiter aux 
anglois, furent fort surpris de nous voir les maîtres 
du fort, et se chargèrent d'une lettre pour le Canada^ 
et ensuitte je partis pour m'en retourner au premier 
fort avec le sr. Briginel (119), que j'ennnené avec 
moy, aiant laissé le capitaine onultas (Outlaw) sur 
le bastiment, que je donné ordre de m 'amener au plus 
tost. 

Le 9e. et jours suivans, furent employez pour mon 
retour au premier fort. Je pensé périr dans mon 
voiage. Je patis tout ce qui se peut. J'avois donné 
ordre a mr. de ste helenne de venir en canot avec 
moy, nonobstant quoy il resta sur le bastiment pour 
écrire quelques lettres, conjointement avec le sr. 
d'hyberville, son frère, et soubz prétexte d'indispo- 
sition se rend au fort avec le bastiment, au lieu de 
me joindre, comme je lui avois dit. Cela me preju- 
dicia, d'autant plus que je me serois servi d'une 
bousolle qu'il avoit, au deffaut de laquelle je faillis 
a me perdre. Car m 'estant mis a faire une traverse 
de cinq lieues (120) dont j'ay parlé cy dessus, par 
un fort beau temps, je ne fus pas plus tost au large 
avec tous mes canots qu'il s'éleva une brune (443) 

(119) John Bridgar. 

(120) Entre la pointe Mesakonam et l'embouchure de la rivière 
Moose. 



— Sc- 
si épaisse, que nous ne nous voions pas. Cette brune 
avoit esté précédée d'un petit vent, lequel rafrais- 
chisant nous mîmes a la voille qui portant nos canots 
tentost au dessus, et puis après dans une abime de 
lames, fist un peu de temps que nous ne scumes plus 
ou nous estions, estant dans l'incertitude de scavoir 
si nous allions dans le fond de la baye, ou si nous 
prenions la route de i^laine mer, ou de connoistre si 
effectivement nous estions en route. Nous tirâmes 
quelques coups de fusil inutilement, i)Our scavoir si 
tout le monde faisoit la même route. La brune nous 
desoloit, ne pouvant voir la longueur du canot, de 
sorte que ne sachant que faire, je fis sonder. Nous 
n'avions point de plomb, nous nous servîmes d'une 
hache avec laquelle nous trouvâmes quatre brasses, 
quelque temps après trois, ce qui me re jouit, en ce 
que je voiois bien que nous approchions de terre ; 
peu après je fis encore sonder, et nous retrouvâmes 
qu'une brasse d'eau, et echouâme ensuitte insensi- 
blement sur un banc de sable, la mer estant toute 
basse, ce qui nous donna beaucoup de joie. Quelque 
temps après, nous vîmes terre, la brune s 'estant dis- 
cipée et nous estant rembarquez nous arrivâmes a 
l'embouchure d'une grande rivière (443 bis) (121) 
que nous prenions pour celle ou estoit notre fort, 
mais nous nous trompions. Nous y mimes pied a 
terre pour disner, et continuant notre route, nous 
vînmes coucher dans des prairies couvertes d'eau. 
Nous fumes contraints de nous y servir de bois de 
report, de marée pour mettre sous nous, a cause de 



(121) La rivière Harricana. 



l'eau de la mer, dont la surface de cse prairies estoit 
inondée, la mer inondant dans les grandes marées, 
jusques a deux lieues dans les bois, ce qui fait que 
toutes les marées que l'on trouve sont salées, et que 
les bonnes eaux sont très rares. C 'estoit la nostre 
plus grande fatigue, et ce qui nuisoit le plus à notre 
seurté. Sur le soir, nous ouimes quelques coups de 
fusils de quelques uns de nos canots qui avoient pris 
terre, nous trouvâmes quantité de bécasses qui nous 
vinrent fort a propos, estans si cours de vivres, que 
je n'avois peu donner a mon détachement pour re- 
tourner au fort que deux outardes sallées, y aiant 
desja longtemps que le biscuit estoit fini. Ils avoient 
vescu de persil de mandoienne (macédoine) (122) 
qu'ils trouvoient en abondcnce, aiant esté obligez 
dans ce voiage d'attendre qu'il fist beau jDOur m 'em- 
barquer, pendant lequel temps ils ne mengerent 
(444) que de ce percy qu'ils assaisonnoient plus 

(122) Le Bubon de Macédoine (Bubon tnacedonicum L.) est connu 
depuis longtemiDS sous le nom de persil de Macédoine ; il a joui autrefois 
d'une assez grande réputation à cause de l'odeur aromatique assez 
agréable de ses semences employées comme diurétiques apéritives, car- 
minatives, etc. Du temps de Pline on se servait, pour guéi'ir les tumeurs 
de l'aine d'uneplante nommé huhoniiim qui, en grec, signifie aine; mais 
la nôtre n'a d'autre rapport que son nom avec la plante de Pline. Elle 
est revêtue d'un duvet blanchâtre, particulièrement sur sa tige, ses 
pétioles et ses rameaux. Elle est rare en Europe, bien plus commune 
dans les prairies sèches des montagnes de l'Atlas, de la Grèce, etc. Ses 
feuilles ressemblent un peu à celles du persil; les folioles sont ovales, 
incisées ou dentées; les fleurs nombreuses, petites et blanchâtres; les 
fruits ovales, velus, ainsi que les pédoncules et les involucres à plusieurs 
folioles. 

Extrait de Histoire philo sophiqiie, littéraire, économique des plantes 
de l'Europe, par J.-L.-M. Poiret (1829). Tome VI, p. 68. 

Si d'Iberville et ses compagnons se sont nourris sur les bords de 
la baie d'Hudson d'une plante qu'ils ont pu prendre pour le Persil de 
Macédoine, cette plante doit être vraisemblablement le Ligusticum sco- 
ticum L,., plante qui habite les rivages des mers froides de l'Amérique 
et que l'on trouve depuis New-York jusqu'au Labrador, et aussi le long 
du bas Saint-Laurent. Nos gens appellent aujourd'hui cette plante le 
persil de mer et les feuilles goûtent effectivement le persil. Le Persil de 
Macédoine n'est pas une plante de l'Amérique. 

Note du Frère, Marie-Victorin, des Ecoles Chrétiennes. 



-~8a — 

d'appeti que d'autre chose. Nostre misère estant a 
un tel point qu 'un de nos hommes atténue de tant de 
fatigue, estant allé à la chasse ne revint point. Je 
laissé deux canots pour l'attendre et le chercher, mais 
ne l 'aiant point trouvé ils s 'en revinrent au fort. J 'y 
envoie encore un canot sauvage qui n'en rapporta 
aucune nouvelle, ce qui me fait juger qu'il est mort 
de faiblesse, ou qu'il a este englouti dans quelque 
marais tremblant. Pour moy, je continué ma route 
et arrivé a la pointe de la traverse que nous cher- 
chions depuis si longtemps, je trouve deux de nos 
canots qui venoient d'y arriver, qui me dirent que 
plusieurs de nos gens estoient desja parti pour se 
rendre au fort, les avoient asseurez que tout mon 
monde y estoit et avoit gaigné terre a bon port. Ce 
qui me donna bien de la joie. Je disné la bien petite- 
ment, estant réduit moy troisième, scavoir le Sr. 
Briguiel anglois, moy et mon vallet, a une poingnée 
de pois et un quartier de bécasse, encore ne faisions 
nous qu'un repas qui estoit a trois heures de l'apres 
midy. Nous continuâmes ainsi de campement en 
campement, jusques a sept lieues du fort. Le vent 
nous vint si contraire qu'il nous obligea de rester 
là, si bien qu'estans veneues jusques a n'avoir plus 
rien pour menger, Dieu permit que le vent (444 his) 
changea, et m'amena en peu de temps au fort (123), 
ou je trouvé nostre bastiment qui estoit arrivé, il y 
avoit long temps. 

Le dix sept & le jour suivant, tout le reste de mon 
détachement arriva, et j^endant que je m'occupe a 

(123) Fort Monsoni (Moose Factory). 



-83- 

faire décharger le navire et mettre ce qui estoit de- 
dans dans le magasin, je fis ensuitte oster les deux 
grosses pièces de canon du fort, et les fis embarquer 
avec leurs affûts et les boulets, ce qui s'en trouva 
estoient en fort petit nombre. Ce qui fist que le sr. 
Lallemend fist un moulle de bois loour en faire de 
plomb, avec du machefert dedans, pour remplir, 
comme il avoit desja pratiqué quelques années au- 
paravant, contre les Anglois qui le canonnerent en 
passant le détroit (124), après quoy tout estant prest 
pourïûon départ, je fis passer les anglois de l'autre 
bord avec des vivres, filets, fusils & poudre suffisam- 
ment pour chasser, ainsi que j 'avois fait aux autres, 
et leur deffendis sur peine de la vie de passer dans 
l'isle sous aucun i3retexte, leur i)ei mettant en cas de 
besoin de venir deux hommes au plus, a marée basse, 
sur une batture qui est dans le milieu de la rivière, 
et d'y faire un signal avec un mouchoir a la main, 
auquel on iroit a eux, leur donnant (445) a cet effect 
un canot. Je parti ensuitte aiant laissé dans le fort 
pour y commender vingt hommes du sieur de Chesni 
(125) qui s 'estant fort bien acquitté de son devoir a 
sa prise et a celle du second, se trouvoit indisposé. 

J'emploie les jours suivants a me rendre au fort 
de Quiquichouan, le bastiment nous suivant, qui por- 
toit notre canon. J'observe pendant le chemin, que 
les bords de la mer sont très difficiles, estans fort 
plats, les voiageurs se trouvant absolument obligez 

(124) Nous avons mis à l'appendice C la partie de la relation du 
voyage de M. de la Martinière (1684-1685) où le père Silvy raconte en 
détail l'attaque qu'ils essuyèrent de la part des Anglais dans le détroit 
de Hudson, au mois d'août 1685. 

(125) Le sieur Duchesnay. 



-84- 

d 'aller plus de trois lieues au large, pour éviter les 
battures qui sont fort frequantes en cet endroit, ou 
si on veut mettre pied a terre de marée basse, il faut 
porter canots vivres et bagages, plus d'une lieue pour 
pouvoir y trouver le bois dont on a besoin, que les 
marées y entresnent, et si c'est a marée haute il faut 
faire un chemin fort long et très mauvais, pour pou- 
voir se rembarquer. Je me trouvois assez empesché 
dans ce voiage, ne sachant pas parfaittement ou 
estoit le fort, et n'aiant aucuns guide cette fois la 
qu'un vieil sauvage qui nous faisoit voir q'I n'y en- 
tendait rien, le sr. de st. Germain n'aiant jamais 
esté jusques le, et mon appréhension estoit de nous 
faire découvrir indiscrètement, lorsqu'un samedy 
au soir cherchant l'embouchure de la rivière Quichi- 
chouan, les Anglois de ce {445 bis) fort tirèrent 
suivant leur coustume sept ou huit coups de canon, 
qui nous firent connoistre par leur tonnaire l'endroit 
ou il estoit situé. Nous nous arrestames dans le 
moment et passâmes la nuit dans nos canots, que la 
marée avoit porté du costé de terre, ou ils estoient 
échouez. Le matin le froid nous gaignant, nous mar- 
châmes dans la vase jusques a mi jambe a dessein de 
chercher du bois sec, dont nous fimes du feu. Ce lieu 
estoit directement vis a vis , d 'une manière d 'extro- 
pade, avec un siège destiné pour mettre une senti- 
nelle, pour découvrir. J'en remplis incontinant la 
lîlace d'un, que je posé, et ayant fait mettre nos 
armes en estât je donné vingt bons hommes a mr. de 
ste. helenne, pour aller découvrir le fort qui est situé 
dans le recoude d'un bras de rivière, et dont la veue 



-85- 

est très bonne. Pendant ce temps la, nous vimes 
paroistre nostre navire a la voille. mrs. d'iiyberville 
et l'allemend estoient dedans, ayant avec eux le sr. 
Briguiel (Bridgar) le capitaine Onultas (Outlaw) 
et cette femme blessée qu'un de nos chyrurgiens 
pensoit, aiant dehors tout les pavillons de la compa- 
gnie angloise. Je prenois plaisir a le considérer, 
lorsque le sr. de ste lielenne qui avoit fait sa décou- 
verte, m'envoia quelques uns de nos gens pour m'en 
donner advis (446) et me conduire a un endroit qu'il 
avoit trouvé propre pour assoir nostre camp. J'y 
allé a l'instant suivi de nos gens y establir un corps 
de garde, et fis poser des sentinelles a nostre ordi- 
naire. Ce lieu estoit sur le bord de la rivière, et situé 
d'une manière que nous ne pouvions estre très diffi- 
cilement veus du fort. Sur le soir le sr. de ste. 
helenne me dist, estant de retour, que nous ferions 
mieux d'aller camper a une pointe d'isle qui est tout 
au près du fort ou nous serions a couvert. Nous y 
fûmes le lendemain, et nous vîmes le lendemain matin 
nostre bastiment mouiler a l'entrée de la rivière. 
Estant arrivé a cet endroit, je pris dix hommes avec 
qui je m'advencé par dedans le bois, vers le fort que 
je considéré fort a mon aise, n'en estant pas une 
portée de fusil. Je remarqué la place ou je pouvois 
mettre mes canons en battrie, ou je pouvois camper, 
l'endroit dans le bois ou je ferois faire un chemin de 
conmaunication du camp a la battrie, mais comme 
personne ne scavoit mieux que moy la force de mes 
gens qui avoient extrement pati et qui tomboient sur 
les dens, i3our le peu de vivre que nous avions, et 



— 86 — 

ainsi il seroit bon de tacher de les exempter du tra- 
vail, que toutes les entreprises leur causoient. Ces 
considérations me firent tater le poux au gouverneur 
qui nous avoit desja fait connoistre qu'il scavoit 
nostre (446 bis) venue par un coup de canon a boulet 
dont il nous salua sans effect. Je luy envoie donc un 
tembour avec nostre interprète et un troisième qui 
canottoit avec ordre de luy redemender trois fran- 
çois, nommés peré, la Croix et des moulins (126), 
qu'il avoit arresté prisonniers, qu'il avoit fort mal 
traités et le sommer de me rendre la place sous con- 
ditions sures €t honorables, si non qu'il s'attendist 
a toutes les extrémités que sentoient ceux qui les 
attaquent opiniastrement, l 'advertir que j 'avois pris 
les deux autres forts et leurs bastiments, et en un 
mot et a son refus, luy dire que je suis résolu et en 
estât de me faire obéir. Je leur avois, outre cela, 
recommandé expressément de ne boire n'y manger 
et de ne repondre a toutes les questions qui leur pou- 
roient faire que par un je ne scay pas. Ils me rapor- 
terent, à leur retour, la réponse du gouverneur. Elle 
estoit conceue en termes généraux qui ne décidant 
rien, ne faisoient aucune mention de rendre ny pri- 
sonniers, ni la place, ny de se vouloir battre. Ce qui 
me faisant juger qu'il estoit homme de cerimonie et 
qu'il ne demendoit que quelques coups de canon pour 
le faire sortir avec honneur, je me mis des le moment 
en devoir de le conter. En effect je (447) comendé 
de l'assoir et me mis a faire travailler à la battrie, et 
hs quatre détachements pour aller dans le bois aux 



(126) Sur les nommés Péré, LaCroix et Desmoulins, voir le préam- 
bule de la narration de M. de Catalogne, appendice E. 



-87- 

quatre coins du fort ou je leur commendé de faire 
des feux, des crys de bûcher, et faire toutes les dé- 
monstrations d'estre quentité de monde, a l'exception 
du quatrie. qui pendant ce temps la devoit travailler 
a dresser nostre battrie, laquelle nous avoit (aurait) 
esté impossible, la terre estant gelée, sans la lâcheté 
des Anglois qui nous laissoient travailler aussi tren- 
quillement que si nous eussions esté a leurs gages. 
Ainsi, j 'eu tout le temps de faire couper la terre 
gelée avec des haches, et, l'eau gaignant les travail- 
lant, je la fis egouter, par le moien d'une petite 
trenchée qui alloit sur le bord de la rivière. En fin 
le vingt troisième au matin, la battrie fut toute preste 
a recevoir le canon, la plateforme estoit faite de bois 
madriers, a costé desquels j 'avois fait dresser de gros 
pieux, pour y faire, avec des hances poulies qui 
estoient attachez, guinder le canon. Il estoit dans 
nostre vaisseau, qui de l'entrée de la rivière ou il 
estoit entre, ne pouvoit arriver a cause du vent con- 
traire qui continua toute la journée suivante, pen- 
dant laquelle mrs. de ste. helenne, maricourt et de 
la noue harcelèrent continuellement les assiégez, avec 
de petits plotons de fusiliers qui, se glissant parmi 
les (447 his) fredoches qui estoient desja grandes 
et toufuées, tiroient a tout mercie sur ce qu'ils voient 
paroistre, ainsi qu'ils avoient fait pendant qu'ils 
travailoient a nostre battrie, sans que les Anglois 
firent de leur costé autre effort, que de relever leur 
parapet de la hauteur et l'épaisseur d'un madrier, et 
de tirer quelques coui^s de canon qui, estant mal 
pointés, ne faisoient que brancher des epinettes, par 



— 88 — 

dessus nos testes, qu'ils entre mesloient de coups de 
fusil. Cependant comme le vent continuoit a estre 
contraire, nous n'avions plus de vivres, nos gens ne 
vivans plus que de persil de macédoine, je leur pro- 
posé a tous de faire un voeu a Ste Anne, a quoy aiant 
consenti, nous récitâmes les litannies de cette ste, a 
qui nous promîmes chacun quarente solz pour les 
réparations de son église de la coste de beaupré, et 
d'y apporter le pavillon qui estoit arboré sur un des 
bastions du fort, la priant, au surplus humblement, 
de nous estre favorable dans notre entreprise (127). 
Ce que nous n'eûmes pas plus tost fait, que le vent 
changea tout à coup, nous amena nostre bastiment, 
d'où aiant promptement fait tirer huit pièces de 
canon pour nostre battrie, je fis faire si bonne dili- 
gence que le 25 elle fut en état de ronfler. Je les 
avois fait pointer contre les appartements du gou- 
verneur dont un angiois m'avoit donné connoissance, 
de sorte que, ayant pris mon temps pour faire jouer 
(448), la conjoncture me fut si favorable, que la pre- 
mière voilée fut tirée comme il soupoit avec sa femme 



(127) Cette partie du récit du chevalier de Troyes est reproduite 
dans un manuscrit conservé au séminaire de Québec, et qui a pour titre: 
Miracles arrivés en l'église de "Sainte Anne du Petit-Cap coste de Beau- 
pré en Canada" et signé par "Thomas Morel prêtre missionaire et cha- 
noine de la cathédrale de Québec, 1687". 

M. Morel fait précéder ce récit de l'indication suivante: "Protections 
de Sainte Anne, qui parut à l'endroit do M. de Troyes et de ses gens, 
capitaine d'une compagnie pour le Roy, et commandant un détachement 
de 100 hommes, pour le voyage du Nord, contre les Anglais." 

Quant au drapeau, fut-il réellement apporté au sanctuaire de Sainte- 
Anne ? Nous ne pouvons l'assurer. Dans les livres de compte de la 
fabrique de la paroisse de Sainte-Anne-de-Beaupré, on lit que, du con- 
sentement unanime des habitants, il fut vendu en 1704, un drapeau 
anglais, à M. Fromage, de Québec. Nous ne pouvons affirmer, cependant, 
que ce drapeau était le pavillon arboré sur un des bastions du fort 
Albany. 

Un correspondant du Bulletin des Recherches historiques (vol. II, 
60-61) semble conclure que ce drapeau était plut jt celui que les habitants 
de Beaupré, de Beauport et de l'Ile d'Orléans avaient enlevé aux Anglais, 
à la Canardière, pendant le siège de Québec, en 1690. 



-89 — 

et leur ministre, dont deux boulets aiant passé contre 
le visage de cette femme, elle s'évanouit de fraieur, et 
l'autre, soubs le bras d'un vallet qui luy versoit à 
boire, il laissa, de peur, tomber l'equere qu'il avoit 
et le m.e (ministre), le verre qu'il tenoit a la main, 
sans neantmoins que personne fust blessé. A l'ins- 
tant ils quittèrent la table et la chambre, comme je 
l'ay appris depuis. Pour moy j'en demeure la pour 
faire la description du fort, priant seulement le lec- 
teur de se souvenir que ce jour la estoit la veille Ste 
Anne. 

Le fort de quichichouan est situé dans un terrain 
fort mareageux (sic), en sorte que quand les neiges 
viennent a fondre, l'eau monte jusques au premier 
étage. Voicy comme il est composé. Il y a un grand 
corps de logis construit de pièces sur pièces, qui 
forme la plus grande partie de la courtine, qui fait 
face a la rivière; il est destiné pour l'appartement 
des domestiques, aiant a chaque bout une vingt.e de 
palisades qui achèvent de faire la courtine de chaque 
costé, et la joignant aux bastions, dont elle est flan- 
quée. Celle qui regarde le bois, de la même manière, 
y aiant aussi un grand bastiment qui sert de logement 
au gouverneur, et de magasin, aussi bien que quel- 
ques bastions dont le dessous sert a cet usage (448 
his). Les deux autres courtines servent de grosses 
palisades, bien jointes ensemble, traversées par des- 
sus par une pièce de bois garnie de pointes de fer 
ainsi que sont toutes celles qui font l'enceinte de 
cette place, dont les courtines ont chacune une porte 
deffendue en dedans par deux pièces de canon, poin- 



— co- 
tées directement devant chaque porte pour arrester 
sur le ciel ceux qui les avoient enfoncez. Les quatre 
bastions dont le fort est deffendu, sont de pièces sur 
pièces avec une platte forme dessus, comme un ca- 
vallier ; ou il y a, sur chaque, quatre pièces de canon, 
outre celles qui paroissoient dans les flancs étage 
par étage. Il paroit encore du costé du bois, un 
costé de palisade de la longeur de la courtine qui la 
couvroit, qu'ils abatirent de crainte que cela ne faci- 
litast nos approches du fort, au bout duquel est une 
petite cuisine. Voila la situation et la construction 
de cette place qui est environ quarente pas de la 
rivière, et neantmoins entourée de viels fossez pres- 
que comblez, ou il y a de l'eau en quelques endroits 
seulement. Je reviens a nostre battrie qui dominoit 
la place dont elle n'estoit qu'a portée de fusil, une 
petite rivière entre deux (128). 

Le vingt six le Père Silvie, qui estoit venu du 
bastiment coucha au camp, aiant dit la messe (129), 
sur les six heures du matin. Nous pointâmes nostre 
canon contre les deffences du fort, les srs. de ste. 
helenne, d'hyberville qui nous avoient rejoint, Tj'al- 
lemend, en i3ointerent six, aidez du nonmie Pitre, 
nostre canonnier, et moi, j'en pointe deux de telle 
manière que nostre battrie voioit trois bastions et 

(128) Albany, est encore un des principaux postes de la compagnie 
de la baie d'Hudson. Il est fréquenté par environ quatre cents sauvages, 
presque tous catholiques. 

La mission d'Albany, après avoir été abandonnée pendant 154 ans, 
fut reprise, pour la première fois, en 1848, par le Père Laverlochère. 
Depuis cettte époque cette mission fut visitée annuellement, par les 
missionnaires oblats; en 1892, ces religieux y ont établi une résidence 
fixe. Deux Pères et quelques frères de la même communauté y demeu- 
rent habituellement. On a fondé, de plus, à Albany, une école et un 
h'pital où cinq Soeurs Grises d'Ottawa font la classe aux petits sauvages, 
et s'occupent, en même temps, du soin des malades. 

(129) Ce fut la première messe dite à Albany. 



— 91 — 

deux courtines, contre (449) lesquelles nous envolâ- 
mes en moins d'une heure plus de cent quarante 
voilées de canon, qui grillèrent la place de tous costez, 
en sorte que le boullets venans a nous menquer, nos 
gens crièrent un grand Vive le Roy. Les anglois 
nous repondirent d'un pareil cry. Mais il nous parut 
au ton cassé, qu'ils estoient cachez dans une cave, 
ce qu'ils nous ont avoue depuis, et que le cry Vive 
le Roy, dont ils nous avoient repondu, estoit pour 
nous faire connoistre qu'ils' se vouloient rendre, 
n'estant assez hardys pour paroistre, et aller oster 
le pavillon qui paroissoit sur un de leurs bastions. 
Ce que un d'eux aiant pourtant voulu entreprendre, 
il s'en retourna aussi tost sur ses pas, sans oser aller 
plus avant. Connue je ne scavois rien de tout cela je 
faisois travailler a toute force a faire des boulets, 
lorsqu 'après avoir menge fort légèrement, me pro- 
menant seul dans le camp, pour disciper le mal de 
teste, qui m'acueilloit, et raivant aux moiens de 
réduire promptement cette place, dont une plus 
longue resistence avoit causé la ruine entière de mes 
gens, l'on vint m'advertir, de nostre battrie, qu'ils 
battoient la gancade ( ?), et l'on voioit des gens s'em- 
barquer avec un pavillon blanc sur le bord de l'eau. 
Je juge bien que leur heure estoit venue. J'envoie 
dont, incontinent, ordre au corps de garde a l'esté, 
fis dessendre des gens sur l'avenue de nostre camp, 
et aiant fait prendre les armes a soixente de nos 
meilleurs hommes, je leur fis border la haie de l'eau, 
pour attendre cette chaloupe & commende, lorsqu'elle 
seroit avancée, de demender a ceux qui estoient dans 



— 92 — 

(449 Ms), ce qu'il vouloient faire. Je mis le surplus 
de nos gens dans le camp, avec ordre de bûcher et de 
jjarler conmie si ils eussent esté bien du monde. L'on 
me vint dire peu de temps après qu'ils me vouloient 
parler. Je fus donc au devant d'eux avec le P. Silvie, 
ne voulant pas par raison le faire introduire dans le 
camjD. Je trouvé un lionnne qui estoit sorti de la 
chaloupe, ou il en estoit resté quatre autres y compris 
leur tembour. C 'estoit leur ministre qui, tenant en 
sa main une demie picque ou estoit attache le tablier 
de la servante qui leur servoit de pavillon, vouloit 
me faire un grand compliment. Lorsque en l'inter- 
rompant je luy demendé brusquement le subjet de 
sa venue. Il me repondit, tout déconcerté, que le 
gouverneur auroit bien voulu avoir l'honneur de me 
parler. Je luy dis q-u'il le pouvoit faire & venir au 
camp en toute seureté, quoy qu'a dire, je n'eusse 
guerre envie de l'y recevoir, de peur qu'il ne décou- 
vrit nostre misère, a quoy, aiant exjdiqué que le 
gouverneur viendroil volontiers en chaloupe, a moi- 
tié chemin du fort et de la bat trie, pour conférer avec 
moy, si j'en voulois faire de même, je me fis, comiiie 
on dit, tirer l'oreille et enfin j'y consenti sous pré- 
texte que je voulois gratifier le gouverneur. En 
faitte de quoy le ministre, me faisant de grandes, 
révérences, m'asseura que le gouverneur (4o0) serait 
a moy dans une heure. Je luy repondis seurenient 
que s'il n'y venoit dans demie heure, je l'irois quérir, 
ce qui l'est onna. Il me dist d'un air niinistral qu'il 
i'aloit faire venir au plus tost. Pendant ce temps 
la, je fis armer une chaloupe, & ne laissant qu'une 



— 93 — 

faible garde au camp, je fis marcher tout mon monde 
a la battrie, pour s'y tenir sous les armes a la veue 
du fort. L'on pointa aussi deux pièces de canon 
chargées de bâtes (boulets ou balles), toutes autres 
pièces estant en estât, et les bouttes feus allumés, 
après quoy je monté en chaloupe, en même ordre et 
nombre de gens que le gouverneur qui, s 'estant em- 
barqué, se laissoit toujours de virer dans le milieu 
du chenal, a la marée qui baisoit, jusques à ce que 
m'aiant joint, nous jettames nostre grapin a l'eau, 
qui nous arresta. Il m'aborda avec de grandes sal- 
vades. Il coimnença nostre conférence par une 
bouteille de vin d'espagne, dont il commença le pre- 
mier a boire, la santé des roys de france et d'angle- 
terre. Je luy fis raison volontiers avec ceux qui 
estoient avec moy, du nombre desquels estoit mr. 
d'hyberville. Il avoit plusieurs autres bouteilles de 
liqueurs dont voulant faire régal, je leur dis que je 
n'estois venu la pour boire, que je ne manquois pas 
de rafraîchissement et s'il vouloit venir au camp, 
je luy ferois boire de meilleur vin que le sien, quoy 
que je n'eusse sérieusement qu'une chopine d'eau de 
vie que je gardois pour la dernière nécessité, et luy 
demendé ce qu'il souhaittoit de moy. Il me fist ré- 
ponse qu'il me prioit de luy dire ce que je voulois 
et mes prétentions. Je luy dis que puisqu'il ne me 
rendoit pas les françois (130) qu'il avoit, que je 
voulois avoir la place, sur quoy il me reparla qu'il 



(130) Henry Sergeant, gouverneur d'Albany, avait renvoyé Péré 
en France par voie d'Angleterre, l'automne précédente. 

Péré revint en Canada au printemps de 1687. 

Voir sur ce personnage un article de M. P. -G. Roy, dans le Bulletin 
des Recherches historiques, 1904, pp. 213-221. 



— 94 — 

me la rendoit volontiers, mais qu'il m'estimoit trop 
généreux pour ne luy pas accorder une grâce qu'il 
avoit a me demender, qui consistoit a ce que je luy 
accordast des articles de capitulation dont nous con- 
vinmes, et que nous signâmes sur le champ par 
laquelle il estoit obligé de me remettre le fort et tout 
ce qui estoit dedans (131). A l'instant même, nous 
nous quittâmes donc, luy, pour s'en retourner se 
préparer a me recevoir, et moy, pour m'apprester 
a l'aller voir. En effect, je ne fus pas si tost arrivé 
au camp que je choisi cinq.te de mes meilleurs hom- 
mes, et mis a leur teste mrs. de ste helenne et d'hy- 
berville, qui marchoient tembour battant du costé 

(131) Il y a dans le British Empire in America, d'Oldmixon (vol. 
1er, pp. 561-563), un récit de la prise d'Albany que je transcris, tel que 
je le trouve: 

"The 8th of July, 1686, the Chevalier de Troyes came before the fort 
at Albany River, where the Governour, Mr. Sergeant then reslded. Two 
Indians had informed him of thier having surpriz'd the forts at Hayes 
Island and Rupert River, and having brought with them the great guns 
from those places. Two hours after the English heard them discharging 
thier guns, and saw some of them at a distance. Upon which part of 
the Company's servants declar'd they would not venture their lives 
unless they might be a.ssur'd of pay, and sent John Parsons and John 
Garret, two of their number, in ail thier names, to the Governour, to 
tell him their resolutions. Mr. Sergeant, by promises and giving them 
cloaths and others necessaries, prevail'd with them to return to their 
charge. But in a day or two they mutiny'd again, and Elias Turner, 
the gunner, possess'd the people with an apprehention that it was im- 
possible to hold out the place, declaring that for his part he would throw 
himself on the French. Accordingly he went to the Governour, and 
desir'd leave so to do; but being threat'ned to be shot to death in case 
be attempted it, he was at last persuaded to return to his post. 

The English shot at the BYench as long as they appeared in the 
brushes, and forc'd them to retire under the banks, where the guns 
from the fort could not hit them. 

The French had found a way to bring their great guns through the 
woods, and had planted them on their battery before the English saw 
them. The enemy's shot had made a breach in the flankers, and damaged 
the houses in the fort; upon which, and the repeated desires of the 
men, the Governour consented to a parley; Mr. Bridger assuring him 
the enemy were mining them, and they should certainly be blown up. 
Cap. Outlaw also agreed to capitulate, and the white flag hung out; 
after which a treaty was concluded." 

Ces articles de la capitulation sont à la page 110 de l'ouvrage Sta- 
tues, documents and papers, "bearing on the discussion, respecting the 
Northern and Western houndaries of the province of Ontario. En voici 
la copie: 



- 95 — 

du fort, que le gouverneur leur remit de bonne foy, 
entre les mains, suivant et ainsi qu'il estoit obligé 
par la capitulation. Je me rendi en suitte en canot, 
laisse le gouverneur, sa femme, le ministre et ses 
domestiques dans leur appartement & fis camper les 
autres anglois loin du fort, avec deffences d'y venir 
plus d'un a la fois. Apres cela, il (je) donnai ordre 
pour la seureté de la place, fist reparer le {451) dom- 
mage quelle avoit receu de nostre canon, et employé 
les jours suivants a la faire retirer de la battrie et a la 
remettre sur nostre bastiment. Je fist pareillement 
embarquer les bardes et meubles du gouverneur et 
de sa suitte pour le mener, luy, sa fennne et leurs 
domestiques dans l'isle de Caleston (132), leur don- 

Articles accordés entre M. le chevalier de Troyes, commandant le 
détachement de partie du Nord, et le Sieur Henri Sergent, gouverneur 
pour la Compagnie Angloise de la Baye de Hudson, le 16 juillet, 1686. 

Il a été accordé que le Fort seroit rendu avec tout ce qui appartient 
à la dite compagnie, dont on doit prendre une facture pour notre satis- 
faction particulière, et pour celle des deux parties en général. 

Il a été accordé que tous les domestiques de la compagnie qui sont 
à la rivière Albani jouiront de ce qui leur appartient en pi'opre. 

Que le dit Henri Sergent, gouverneur, jouira et possédera tout ce 
qui lui appartient en propre, et que son ministre, ses trois domestiques 
et sa servante resteront avec lui et l'attendront. 

Que le dit Sieur chevalier de Troyes renvoyera les domestiques de la 
compagnie à l'isle de Charleston, pour y atteindre les navires qui 
doivent venir d'Angleterre pour les y passer. Et en cas que les dit 
navires n'arrivent point, le Sieur chevalier de Troyes les assistera d'un 
vaisseau, des qu'il pourra, pour les envoyer en Angleterre. 

Que le dit Sieur chevalier de Troyes donnera audit Henri Sergent, 
gouverneur, ou à son commis, les vivres qu'il croira lui être nécessaires 
pour lui et pour son monde, pour les reconduire en Angleterre, si les 
bâtiments n'arrivent pas à son port, et pendant ce temps là, leur donnera 
des vivres pour attendre leur vaisseau. 

Que ses magazins seront fermez et scellez, et les clefs seront délivrez 
au lieutenant dudit Sieur chevalier de Troyes, afin que rien ne soit dé- 
tourné pour en prendre une facture, suivant le premier ai'ticle. 

Que le gouverneur et tous les domestiques de la compagnie qui sont 
à la rivière Albani sortiront hors du fort, et se rendront au dit Sieur 
chevalier de Troyes, et tous seront sans armes, excepté le gouverneur 
et son fils, qui aui'ont l'épée au cOté. 

(132) L'île de Charlton. Cette île est située dans la baie James, 
à mi-distance entre Albany et Rupert. Les Anglais y avaient bâti un 
fort et des hangars, où l'on déposait les fourrures qui venaient des postes 
de la côte, avant de les charger sur les navires qui retournaient en Eu- 
rope. On y avait aussi établi des dépôts de provisions. 



-96- 

nant pour leur compagnie le capitaine onultas (Out- 
law), le ministre cette femme qui avoit esté blessée, 
et estoit lors presque guérie, le tout sous la conduite 
du sr. d 'hyberville à qui je donnai vingt bons hom- 
mes et le commendant du vaisseau. A l'égard du 
fort, j 'y laissé le sr. de St. Germain, luy quatriesme, 
avec ordre de jetter les quatre bastions par terre 
repouser les deux palisades contre les pignons des 
deux corps de logis, afiin qu'il n'y eust qu'une cour 
gardée et nulle fortification, de lâcher un canot ou 
il y eut des vivres et des munitions, pour en cas qu'il 
fust attaqué. De retour au premier fort qui est celuy 
que nous gardons et est situé dans la rivière de Mu- 
sipy (Monsipy), j'ordonne au sr. d 'hyberville ver- 
ballement de brûler le grand corps de logis qui estoit 
dans l'isle de Carleston, de crainte que les anglois 
renforcey de vivres et de monde par l'arrivée de deux 
vaisseaux qu'ils attendoient ne s'y fortifiassent, ce 
qui nuiroit fort a la possession du fort de la baye, 
estant le seul lieu ou les navires peuvent aborder en 
asseurence, et luy enjoignis de laisser aux Anglois, 
qu'il devoit débarquer, les vivres dont j'estois con- 
venu avec eux, et dont j'estois fort content, et de 
donner une chaloupe au capitaine onultas (Outlaw), 
et tous les agrey nécessaires pour le jak qui devoit 
estre prest pour les emmener, le capitaine onultas 
(Outlaw) devoit aussi porter de son costé des vivres 
tant a ceux qui travailloient au jac, qu'a ceux qui 
avoient esté pris sur le navire et au fort de Rupert, 
qui estoient la tous ensemble. De la, avec le jak il 
devoit prendre, à la pointe de Confort, les Anglois, 



— 97 — 

du fort de Quichichouan et de celuy de Monsipy, 
lesquels j 'envoie depuis à la pointe de Confort, a cet 
effect après les avoir joint tous ensemble, y compris 
le sr. de brigniel (Bridgar) avec qui j'ay i^arti de 
Quichichouan, pour me rendre au fort monssipi, 
aiant au^jaravant pris congé du R. P. Silvie et mr 
d'iiyberville, de maricourt et de la noue. Mr. de 
ste. helenne devant me rejoindre en bref a Monsipi, 
ou j'arrive quelque temps après, et fist partir les 
Anglois avec ledit sieur Brigniel (Bridgar) pour 
aller a cette x^ointe de Confort dont j'ay parle cy 
dessus. M. de ste. helenne estant arrivé, je règle 
toutes choses avec luy, et la nécessite des vivres nous 
contraignit de nous séparer. Je luy dis adieu pour 
m'en revenir a Quebecq. Ce fut le dix neuf aoust 
que je parti sur les trois heures après midy, avec 
tout mon détachement, a la reserve de quarente hom- 
mes que je laisse dans la baye, sous les ordres de mr. 
de ste. helenne et d'hyberville, accompagné du sr 
Lallemend avec lequel je coimnence la remonte de 
cette grande rivière qui a environ cent lieues de long, 
mes gens aiant pour tous vivres de lorge, a faire de 
la bière, et qui avoit este germee, à cinq ou six livres 
de lard. Nous arrivâmes au fort des abethibis, ou 
aiant rafraîchi nos gens de vivres, je vins a themis- 
kamingue, en cinq jours, dans lesquels nous fîmes 
vingt cinq portages. En chemin, un de nos gens tua 
une grande femelle d'orignal, qui servoit bien a nous 
remettre de tant de fatigues. Mous repassâmes par 
la mine ou nous remarquâmes les endroits ou les gens 
de mr. le marquis de denonville y avoient envoie, en 



— 98- 

avoient tire (133). Ce fut le 7e. 7bre, que nous arri- 
vâmes à Tliemiskamingue, ou nostre retour re jouit 
fort nos françois quy y sont. Ils tirent plusieurs 
coujDS de fusil et ensuitte de quoy y aiant trouvé fort 
peu de vivres j'en partis le lendemain après avoir 
distribué a mes gens du bled d'inde avec quoy nous 
devions faire six vingts lieues pour gaigner les pre- 
mières habitations de l'isle de montreal je les fis 
entièrement avec le chef de la nation de Theminis- 
kamingue. Voicy commence {432 bis) mon voiage 
finit par trois feuneaux de marche j'arrive a mont- 
real avec le reste de mon détachement sans que pen- 
dant la route il arrivast rien de remarquable. 



(133) Voir pages 45 et 46. 



APPENDICES 



APPENDICE A 

Les Sieurs Ratisson (Radi&son) et Desgrosilliers, (Desgroseil- 
liers) partirent en Juin 1 682, avec les Sieurs Sorel, de la Chesnaye, 
chanjon et Gitton, vingt neuf hommes d'équipage des vivres et des mar- 
chandises. 

Arrivèrent le 20e. Aoust à un petit cap de la coste du nord ouest 
dud.t golphe à 200 lieues du fond de la baye où les Anglois sont esta- 
blis. 

Ils y trouvèrent une belle rivière et bastirent une maison. 

Un forban anglois de Boston commançoit de s'establir près de là 
dans une autre rivière. Ils résolurent avec luy de bien vivre ensemble. 

Quelques jours après survint un grand vaisseau de la compagnie 
des avanturiers de Londres qui a ses establissemens dans le fonds de la 
Baye. 

Il venoit pour en former un dans la rivière de Nelson, où les fran- 
çois s'estoient postez, les glaces l'empeschèrent d'y entrer. 

Ratisson (Radisson) exhorta les sauvages du pays d'avertir les 
voisins à venir traitter au printemps avec luy. 

Une crue d'eau entraina le vaisseau anglois, et voyant que le com- 
mis qui le commandoit se reunissoit avec le forban il s'en asseura. 

Au mois d'avril les glaces bouchèrent la rivière, rasèrent l'une des 
barques et incommodèrent fort l'autre. 

Le forban courut risque et fust sauvé par le travail des françois. 

Ratisson (Radisson) ayant fait raccommoder l'une des barques 
fist quelque traitte avec les sauvages. 

Il y en trouva de la nation des Asselibools (Assiniboines) et Chris- 
tiars (Christinaux) qui avoient traittés avec des françois au Lac supé- 
rieur quelques années auparavant. 



— lOO — 

Après le printemps il vendit sa barque audit commis pour rapor- 

ter son équipage et il revint à Québec le 20e. Octobre avec iciit com- 
mis sur le navire du forban après avoir laissé dans sa maison huit ou 
dix de ses gens, des vivres et pour 1 6 m de marchandises. 

Envoyé la carte du lac Almengoin (Alemepigon) auquel du Luth 
est allé se poster. 

Il est aisé de s'y soutenir par le petit fort françois du golphe 
d'Hudson distant de deux cens lieues de l'establissement des Anglois. 

Ils ne doivent pas trouver mauvais qu'ils s'establissent en un lieu 
que les françois soustiennent par la terre, sauf a envoyer quérir les pel- 
leteries par mer. 

Monsieur de la Barre n'a pas crû devoir retenir ce forban quoy- 
qu'il n'ayt qu'un simple passeport pour la pesche à la molue du magis- 
trat de Baston, puisqu'il a esté pris ne faisant aucun mal, et que cela 
auroit pu exciter une querelle avec ses voisins. 

Ainsy il luy a fait restituer son navire, et offrir le prix des mar- 
chandises consommées par les françois. 

Non signé 

Arch., publiques du Canada, Collection Moreau de Si-Mer}), Vol 
F ] 76, page 100. 



APPENDICE B 



MEMOIRE que présentent a Monseigneur, Les Intéressez dans 
la Compagnie de la Baye dhudson establie en conséquence des ordres 
de sa Majesté addressés a Monsieur de la Barre gouverneur de la Nou- 
velle france. 

Au mois de juillet de l'année 1682. Les sieurs de la Chesnaye et 
associés envoyèrent a la Baye dhudson deux barques chargées de mar- 
chandises commandées par les Srs Desgrosetiers (Desgroseilliers) et 
Radisson avec trente hommes d'équipage. , 

Au mois d'octobre de l'année suivante 1683 M. de la Barre ex- 
cita les intéressez de prendre part avec le d. de la Chenaye et associés 
et de former un compagni tous nsem.ble. Ce qu'ils firent pour suivre les 
intentions du Roy que m.ond.t Sr. de la Barre leur fit connoistre et afin 
de conserver a sa Majesté la possession de cette Baye, qui avoit esté de- 
couverte des les années 1661 et 1663 sous les ordres de M. le Baron 
dAvaugour dans laquelle les armes de sa M. avoient esté arborées et 



lOI — 



encores pour empêcher que les Anglois profitassent de la plus belle pel- 
letrie de la nouvelle france et ne détruisissent pas dans la suitte le com- 
merce de cette nouvelle colonie, s'estants postés dans les plus beaux en- 
droits de la d. Baye depuis qu'elle leur a été découverte par led.t De; 
Groseliers qui passa parmy eux et qui depuis a reconnu sa faute Et en 
a obtenu le pardon de S. M. 

Au mois de Mars de lannée 1 684 par les ordres de M. de la Bar- 
re les Intéressez envoyèrent deux navires de 80 tonneaux ( 1 ) pour 
porter un secours d'hommes, de vivres de munitions de guerre et de mar- 
chandises, au poste de la Rivière de Nelson qui avoit esté estably par les 
dits des groseliers et Radisson qui en estoient venu donner advis a Mrs 
De la Barre et de Meules et qui ensuitte passoient en france pour ren- 
dre compte de leur découverte. 

Par le retour de Desgroseliers dans la nouvelle france les intéres- 
sez on appris que Radisson sous prétexte de mécontentement estoit al- 
lé a Londres et s'estoit engagé aux Anglois. 

Le député desd. intéressez qui présente ce mémoire a apris à la 
Rochelle que led.t Radisson est retourné au poste de Nelson avec les 
Anglois et qu'il a enlevé leur Pelleterie qui estoient en grand nombre 
et qu'on fait monter a soixante milliers de Castor et qu'il la conduii a 
Londres. 

Les dits intéressés ont desja fait pour six vingts mil deux cens li- 
vres de dépence et ils seroient ruinés s'ils faisoient une si grande perte. 

Ils suplient très humblement sa Grandeur de vouloir bien donner 
sa protection a cette Compagnie formée en conséquence des ordres du 
Roy par les exhortations de M. de la Barre qui a repondu aux intessez 
(intéressés) en son propre et privé nom de la dépense qu'ils ont fait et 
qui a esté a grée par M. de Meules Intendant. 

Ils demandent qu'il plaise a Monseigneur de leur accorder la pro- 
priété de la terre de la Baye dhudson dont il a esté pris possession au 
nom de sa M. et de l'endroit où est leur establissement ,pour autant de 
temps qu'Elle laura agréable. 

Qu'il leur soit permis d'Envoyer vingt canots par les rivières qui 
descendent du costé du Nord dans le fleuve St. Laurent charges d'hom- 
mes de munitions et de marchandises et de faire des establissements au- 
dessus des Anglois afin de les empescher par ce moyen sans leur faire de 
violences de profiter des pelleteries des sauvages et de les obliger par la 
cessation de ce commerce de se retirer d'Eux mesme des postes qu'ils oc- 
cupent ce qui se peut faire avec beaucoup de facilité. 

Qu'ils puissent avoir droit de repressaille sur les Anglois en cas qu'ils 
ayent enlevé leurs pelletries Navires et marchandises. 



— Î02 — 

Qu'ils ayent la permission de continuer leur commerce par Mer 
et par terre ainsy qu'ils le jugeront plus expédient et plus facille. 

Et par ce que cet establissement pouroit faire de la peine aux fer- 
miers du Roy acause de la traite de Tadeussac Ils offrent de la sous 
affermer aux conditions raisonnables qu'il plaira a Monseigneur de ré- 
gler en Egard au grand profit. 

Que lesd.t fermiers tireront dailleurs de cet establissement puis que 
toute la pelettrie qui va aux Anglois tombera dans leurs mains et aug- 
mentera notablement leurs droits. 

Les dits Intéressez Représentent encores a sa Grandeur que par 
les ordres de M. de la Barre gouverneur et de M. de Meulles Inten- 
dant, ils ont équipé un F>etit navire de cinquante thonneaux qui a pas- 
sé en france pour apporter la nouvelle de la guerre des yroquois, dont 
ils n'ont point esté rembourssés et qu'ils croient perdu parce qu'ils n'en 
ont point apris de nouvelles. 

fait a Paris ce sixième février gby. quatre vingts cinq. 

DE COMPORTE 

Tant pour moy que pour mes assosiez 

Arch., publ. du Canada, Corr. par. Vol-F. 7 C. I 1 I p. 315. 



APPENDICE C 

. . . Nous n'estions pas encore bien avant dans le destroit quand 
sur les 2 heures du matin nous ouimes crier navire. Ce mot nous fit sau- 
ter hors du lit pour voir ce que c'éstait. Des qu'on en fut assuré on pré- 
para tout pour le combat, et faisant porter sur sa route en tenant le vent, 
on luy coupa le chemin de telle sorte qu'en peu d'heures ont l'eut at- 
teint. Et parce qu'il n'amenoit point quoique nous fussions assez pro- 
ches, on luy dit de le faire par une vdlée de canon qu'on luy envoia. Des 
qu'il eut amené on fit dire par un interprète au capitaine qui vint à bord 
dans sa chaloupe pour nous montrer sa commission il nous l'apporta aus- 
sitôt ; elle ne consistoit qu'en un congé de la compagnie d'Angleterre 
qui l'envoioit au fond de la baye, disait-il, quoiqu'il fut pour Portnel- 
son comme nous le sçumes de 2 François qu'ils y menaient. Nous luy 
demandâmes si cette Compagnie estoit le même que celle de l'année der- 
nière, et nous aiant repondu que c'estoit la même, Mr. de laMartiniere 
et Mr. l'Allemand me demandèrent mon sentiment touchant ce qu'il y 
avoit à faire, et s'ils dévoient prendre ce bâtiment n'y aiant point de guer- 
re entre les 2 nations. Je leur dit qu'il n'y avait point a balancer que 



— I03 — 

puisqu'ils rencontroient le bien de ceux qui avoient volé la Compagnie 
du Canada qui les emploiait, ils pouvoient et dévoient le prendre, en vertu 
d'un droit naturel qui ne dépend de qui que ce soit. On k;i dit donc 
qu'il estoit pris et l'on envoia en même temps prendre possession de son 
navire. Il nous dit que le navire estoit à lui et non pas à la Compa- 
gnie qui ne l'avoit qu'a fret, et nous respondimes qu'il n'avoit rien à 
craindre^ que la Compagnie d'Angleterre estoit trop juste pour luy rien 
faire perdre, et pour ne pas le dédommager. Aiant appris de luy que 4 
bâtiments partis de Londres pour la baye, savoir le sien, un autre un 
peu plus grand, et 2 fregattes de 1 2 pièces de canon et autant de pier- 
riers chacune, la frégatte de Ratisson qui avoit pris le devant devoit 
avoir passé comme nous estions dans !a baye, et les 2 autres qu'il avait 
laissés après luy avant qu'il fust dans le destroit passeroientinfailliblement 
dans un où deux jours, il eust esté à mon sentiment dà propos de faire 
havre pour nous accomoder à loisir pendant que ces bâtiments passe- 
roent sans nous voir Mr. de la Martiniere en estoit d'avis ; mais Mr. de 
la Martiniere (L'Allemand) qui se plait à tenir le large ne le jugea pas 
à propos. Nous passâmes donc notre route et le lendemain si je ne me 
trompe nous visme un autre navire, et bien qu'on ne pust distinguer si 
c'estoit le petit où le grand on poussa droit à luy, et l'ayant joint sur 
le soir on luy dit par un coup de canon d'amener comme on avoit fait 
à l'autre; il obéit, mais le capitaine aiant reconnu la Kecke prise refusa 
de venir à bord résolu d'attendre l'abordage plustot que de se rendre. 
On luy fit des menaces mais ce fut en vain, cela fat cause qu'on résolu 
de l'attaquer par la décharge et du canon et des fusils, laquelle pour- 
tant ne fit rien, le capitaine anglais ayant fait cacher tout son monde ; 
il ne voulut pas même qu'on tirât sur nous quoiqu'il eut du canon et des 
pierriers avec lesquels il eut pu fracasser nos gens qu'il voioit à découvert 
sur le pont. Comme les boulets nous manquaient et que les fusils ne 
servaient de rien contre des gens qui ne se montraient pas, on délibéra 
si on viendrait a l'abordage. Chacun y estoit disposé, et on attendait 
plus que l'ordre. Mr. de la Martiniere et Mr. l'Allemand s'en remirent 
à mon jugement, le premier pourtant me disant qu'ils avaient des cof- 
fres à feu et qu'il ne voulait perdre personne, puisque nous ne pouvions 
pejdre sans nous trouver courts, et sans nous exposer au danger de tout 
perdre et nos prises et nos navires faute de gens pour les conduire, Mr. 
Moisan nous ayant protesté quelques jours auparavant que l'on lui otait 
seulement un homme de son équipage qui était le plus fort de tous, il ne 
répondait point de son bâtiment ni de le mener à Kébec. Je leur dis, cela 
supposé, qu'il fallait l'abandonner ne pouvant me persuader qu'après tant 
de fierté ils se rendissent sans résistance, que je ne doutais point qu'on 
ne les prit à l'abordage, mais qu'on y perdrait du monde, et qu'il fallait 
où faire cela où, les laisser aller. On prit ce dernier party, et on porta 



— I04 — 

à la route aussi bien la nuit survenant aurait peut-être causé quelque 
confusion, qui auraient eu des méchantes suites. , 

Le lendemain vers le midi faisant une bordée au large nous vîmes 
un autre navire. Comme nous étions surs que c'était le grand, et que 
nous n'étions pas en état de lui courir sus nous changeâmes de bord et 
poussâmes vers terre en gagnant toujours sur la route au plus près du vent. 

Les Anglais cioyant que nous avions peur portèrent à nous tou- 
te la rélevée mais n'allant guère mieux que nous ils ne gagnèrent presque 
rien. Cependant la nuit approchant, à la faveur de l'obscurité nous fî- 
mes vent arrière en portant droit à terre pour l'élonger ensuite à petites 
voiles vers l'Ouest, où nous voions quelque apparence d'un havre pro- 
pre à nous mettre à découvert de l'insulte des ennemis, lesquels nous 
ayant perdu de vue à cause ou de l'obscurité ou de la terre qui nous dé- 
robait à leurs yeux, poussèrent toujours leurs bordées et s'en furent ter- 
rir à plus d'une lieu de nous vers l'Est. Le jour qui ne couche point 
dans ce pays à l'espace de plusieurs mois s'étant éclaircy, nous nous en- 
trevîmes en un estât à ne nous pas craindre, la mer étant calme pour lors 

Ce beau calme nous fit résoudre à nous faire touer pour tacher de 
gagner le havre dont j'ai parlé que nous voions entre deux montagnes 
de roches. Les ennemis à notre exemple mirent 2 chaloupes à l'eau pour 
la même fin, mais nous allions plus vite qu'eux, tellement qu'a my re- 
levée favorisés d'un petit vent qui se leva a propos nous entrâmes dans 
un havre aussi favorable que nous puissions souhaiter. Mr. Moisan qui 
nous devança y entra jusqu'au fond sans aucune peine ; pour nous l'en 
trée nous en fut plus dangereuse, car une raffale de vent nous y ayant 
surpris nous jetta sur un horrible cap de roche où le bâtiment s'y fut 
brisé si le ressac de la mer ne l'eut retenu à une brasse près, ce qui nous 
obligea de mouiller l'encre promptement afin de nous en éloigner en at- 
tendant qe nos chaloupes que nous ayions envoies à ia Kecke pour la fai- 
re venir plus vite fussent de retour. 

Quand elles furent arrivées nous fîmes signe à ceux de la Kecke de 
tenir le plus qu'ils pourraient l'autre bord du havre de peur d'un pa- 
reil accident ; après quoi nous levâmes l'ancre, et nous étant fait touer 
vers le-même endroit nous mîmes le vent dans les voiles, et nous pous- 
sâmes bien avant dans le havre, ou nous échouâmes au-delà de la Kecke 
qui avait échoué devant nous. Ce havre est fort plat, et presque tout a 
sec en marée basse, n'y restant qu'un petit canal d'une rivière qui s'y dé- 
charge, et dans laquelle la barque avait poussé jusqu'au bout, où elle 
flottait en tout temps. Il est entouré de montagnes de roches dont une 
pointe déboutant bien avant au large tout à l'entrée, nous fut très avan- 
tageuse non seulement parce qu'elle nous couvrait et nous otait la vue de 
la mer, mais encore parce qu'elle dominait sur les ennemis qui furent obli- 



— X05 — 

ger de mouiller l'ancre un peu au-dessous de nous pour ne pas échouer 
en voulant passer devant nous. D'abord nous y envoyâmes 1 ou 12 
fusiliers pour s'y poster parmi des roches entrecoupées derrière lesquels 
ils seraient à couvert du canon ennemi et d'où ils pourraient les incom- 
moder et les empêcher à coups de fusils de se faire touer s'il leur pre- 
nait envie de s'approcher davantage, et pour en venir mieux à bout et leur 
donner plus de terreur nous y fîmes porter la couleuvrine de la barque. 
Sur le tard la frégate vint se poster en ce même endroit et mouiller l'an- 
cre à notre vue, mais un peu trop loin pour nous nuire. D'abord on les 
salua de la pointe, ce qui les obligea de se mettre à couvert de leurs 
gardecorps, et d'entourer et fortifier leurs bandages avec des cables pK>ur 
arrêter leurs balles, tellement qu'on ne voyait plus dans leur bord que 
des sabres dégainés, que le Brilleur (John Bridgar) et quelques autres 
fanfarons faisaient briller en l'air. Après cette rodomontade ils tirèrent 
deux coups de canon contre le rocher à quelques brasses au dessus de 
nos gens qui leur répondirent avec la couleuvrine. Ce même soir à l'en- 
trée de la nuit un Anglais qui servait de coq dans la Kecke, par une im- 
prudence de nos Français, se voyant tout seul sur le pont pendant qu'on 
soupait dans la chambre sauta dans la chaloupe et s'en fut trouver les 
Anglais, auxquels il ne manqua pas de dire ce qu'il avait appris de nos 
gens, que nous n'avions point de boulets, ce qui pût leur donner quel- 
ques espérances de nous prendre, ou du moins de ravoir la Kecke, et 
pour y réussir plus aisément en nous intimidant, ils mirent des barrils au 
bout de leurs vergues afin de nous épouvanter et de nous obliger à nous 
rendre ou du moins à parlementer par la crainte d'être brûlés. Ils pas- 
sèrent toute la nuit à ferrailler, à battre, à rompre, à forger, et à faire 
un bruit enragé pensant par là nous faire perdre coeur ; mais ils furent 
bien surpris le lendemain quand ils nous virent pousser jusqu'au bout du 
havre, entrer dans la rivière, et y mettre nos 3 navires à couvert d'une 
grande pointe de sable qui les deffendait du canon, et beaucoup plus en- 
core le jour suivant nous voyant manier après une batterie de 8 pièces 
de canon que nous dressâmes sur la pointe qui commandait à tout le ca- 
nal par lequel ils eussent pu nous venir joindre aux grandes marées. 
Ils considéraient nos gens qu'ils voyaient occupés les uns à lever lever 
le gazon, les autres à le charrier, partie à faire les fortifications et les em- 
brasures avec tant de vitesse qu'il leur était impossible de les conter. 

D'ailleurs ils voyaient la pointe de roche à près de demi lieue de 
nous toujours fournie d'hommes outre ceux qui allaient et venaient con- 
tinuellement d'une pointe à l'autre, soit pour y porter des avis, ou des 
vivres ou des munitions. La promptitude avec laquelle notre ouvrage 
fut achevé, par les soins de Mr. le Gardeur, qui avait toujours la main 
à l'oeuvre, notre batterie dressée, nos canons chargés et déchargés par- 
tie à baie et partie autrement, leur fit croire que leur coq Is avait trom- 



— io6 — 

pés en leur disant que nous n'avions plus de boulets puisque nous les pro- 
digions de la sorte, mais là ils ne savoient pas qu'avec du plomb et des 
cailloux, ou du mâchefer, Mr. l'Allemand en jettoit au moule pendant 
qu'on était occupé à faire des travaux. Ce même jour ils envoyèrent 
une chaloupe à l'autre bord du havre où quelques uns mirent à terre, et 
montèrent sur certaines roches à la portée du canon de nous pendant que 
d'autres s'occupaient à je ne scay quoi que nous ne pûmes distinguer ; 
nous crûmes d'abord qu'ils allaient voir s'ils pourraient y loger un ca- 
non comme nous avions fait de l'autre cocc, et nous batîro avec avan- 
tage, ou s'ils trouveraient le canal pour s'y faire touer, et nous venir 
joindre : et pour les en empescher nous enyoiâmes 5 ou 6 fusilliers en di- 
ligence afin de les débusquer pendant qu'on tirerait quelque volée de ca- 
non vers cet endroit là. Quand ils en furent assez prcclie en tira 3 coups 
de canon braqués sur la chaloupe ennemie contre laquelle les boulets al- 
lèrent tomber et firent tant de peur aux Anglais que ceux qui visitaient 
la roche en descendirent precipitament et se rerribarqucrcnt ; en Tviêrae 
temps ils entendirent derrier eur une douzaine de coupn de fusils qui leur 
sifflèrent aux oreilles. Cela les fit penser à eux et juger qu'ils ne fe- 
raient que perdre leur temps. Voyant surtout que nous ne nous empres-vions 
guère de leur parler, mais seuîerient à le. '"attre pavtcut oh nous le: rea- 
contrerions, ils résolurent donc de nous parier cux-rnêrTîe? et envoyèrent 
le Brigueur en chaloupe avec un pavillon blanc, lequel ayant abordé 
au dessus de la pointe demanda à M. l'Allemand qui descendit aussi- 
tôt sur la grève avec son interprète. Le Brigueur ayunt demanaé sûreté 
et d'être seul à seul, màt pied à terre, et r.'enîretint longtemps avec lui de 
choses différentes, et il lui demanda d'où vient que nous avions pris leur 
navire, n'y ayant point de guerre entre nous. E^'ou vient, dit Mr. l'AJ- 
lemand, qu'en pleine paix vous nous avez donné chasse 2 jours durant 
sans savoir que nous l'eussions pris, et nous reconnaisse'.?'': rrar:::ai3 ? 
Ensuite il ajouta les causes de le prendre, lesquelles portèrent l'.'-utre à 
déclamer contre Ratisson qu'il traita de trr.îlre et de vo'evr, et .^ :u cr 
qu'il le tuerait partout ou il le trouverait : après avoir aiî-si pesté û de- 
manda s'il ne voulait pas le leur rendre, M. l'A-llemand dit qu'il ne l'a- 
vait pas pris pour le rendre, m.ais que s'ils voulaient le ravoir, ils vin- 
sent le reprendre eux-mêmes, mais qu'il fall.^.:t auparavant terrasser tous 
les Français, qui étaient bien disposés à le: recevoir. 

Nous voions, dit le Brigueur, que vous êtes forts, mais nous vous 
garderont ici ayant des vivres pour trois ans. Je m'en réjouis fort, dît 
Mr. rAllemand, nous aurons !e loisir de vous voir et de vous régaler 
de cariboux que nous tuerons en attendant qu'un printemps procbaîn 
nous puissions nous en retourner de compagnie en Canada. Cc'd?. re- 
pense lui faisant connoitre qu'il n'y avait rien à faire, il prît congé, se 
rembarqua et s'en fut à son bord, où désespérant lui et les autre.s de ga- 



— 107 — 

gner autre chose que des coups et de perdre du temps, et peut être leur 
navire, et eux-mêmes, ainsi qu'il fut arrivé, s'ils eussent bien échoués 
quelque part qu'ils n'eussent pu se relever, car alors nous les aurions eus 
à notre disposition, tellement qu'a l'entrée de la nuit, ils levèrent l'an- 
cre nous saluant de tous leurs canons, nous leur répondîmîes du notre 
bien satisfaits de les voir aller. 

Nous apprîmes de nos Anglais que ceux des 2frégattes avaient 
ordres exprès de leur compagnie de perdre tous les Français qu'ils trou- 
veraient dans le détroit et dans la baie sans avoir égard à leur commis- 
sion. Un ordre si cruel et si impie mérite vengeance. Je ne manquai 
pas de faire remarquer à ceux que nous tenions, la différence qu'il y 
avait entre le génie anglais et celui des Français qui est humain, doux, 
bienfaisant, fidelle, religieux et véritablement chrétien, ainsi qu'ils le 
pouvaient connaître par le bon traitement que nous leur faisions, no- 
nobstant la déclaration qu'ils nous avaient faite sans y penser. 



APPENDICE D 



Monseigneur 

L'application et les soins que vous donnez si charitablement a l'a- 
ventage de ce pais, a donné Courage aux principaux habitans et mar- 
chands, d'y former une compagnie, pour prendre possession des terres 
découvertes par les francois, et Commencer par Mer un cômerce au Nord 
de cette Colonie. Vous avez sceu, Monseigneur, qu'ils s'estoient postez 
dans les Rivières de Bourbon et de Ste. Thérèse, que le Roy leur a 
données par son arrest du 20e. may dernier et ou ils avoient basty des 
maisop.s et magasins, mesme Commencé d'y faire une grande traitte 
avec les sauvages des Environs, durant et après leur hyvernement, lors- 
que trois ou quatre Renégats francois assistez d'une Compagnie particu- 
lière d'anglois de Londres, les ont pris, briàlez leurs maisons et Magazins 
et pillez pour plus de quatre cents mil livres de pelleteries, ce qui est 
sans exemple, entre des nations de bonne Intelligence, ils ont fait plus, 
car ils gardent les dites Rivières de Bourbon et de Ste. Thérèse avec 
vingt pièces de Canon et une garnison de Cinquante hommes, ce qui 
fait craindre a la dite Compagnie de ne pouvoir reprendre avec ses seul- 
les forces, ces Rivières et terres, qui appartiennent de temps Immémo- 
rial au Roy, C'est surquoy ils reclament vostre protection. Monsei- 
gneur, pour obtenir de sa Majesté, un Navire avec lequel ils puissent 
attaquer par mer les ds. pyrattes Anglois et Renégats francois Ils sont 
bien aussy dans l'Intention de s'Efforcer de les prendre par terre. 



— io8 — 

Un de leurs Navires retournant en cette année des ds. Rivières 
occupées par Langlois, a fait prise d'une Caiche ( 1 ) chargée pour le 
cômerce desd. anglois, qu'il a amenée icy, et ou la compe. en poursuit 
la Confiscation par droit de represaille elle Estime, Monseigneur, que 
vous le trouverez bon. 

Comme elle est dans une forte passion, d'appliquer tous ses soins, 
pour commencer divers cômerces, qu'elle est composée des principaux 
habitans, et que tous ceux de la Colonie seront receus a Entrer dans 
lad. Compe. ils prennent la liberté de vous représenter, non seu'ement 
que les commis, et soubs fermiers de la ferme du pays, font commerce 
comme s'ils estoient habitans, mais encore qu'ils les ont menassez d'ob- 
tenir divers arrests, pour Establir de Nouveaux Bureaux, et avoir la 
faculté d'achepter pour de L'argent les castors, des mains de ceux qui 
retournent des bois, qui est un privilège d'habitant Comme le droit du 
fermier est, de les achepter tous pour des Lettres de Change. 

Ce pays est pauvre et ne commence qu'a respirer soubz vostre pro- 
tection. C'est pourquoy, ils vous supplient Monseigneur, qu'ils puissent 
estre continuez dans leurs droits, et qu'il sera deffendû comme en fran- 
ce aux agens et soubs fermiers de faire aucun cômerce. Ils prirent Dieu 
toutes leurs vies pour vostre prospérité et grandeur Et sont avec un très 
proffond Respect Monseigneur Vos très humbles et très obeissans ser- 
viteurs. De Comporté, Charles Aubert de la Chenaye, Le Ber, Chan- 
jon, Pâchot, Migeon de Loranssat (Bransac) Gobin, J. Gitton, d'I- 
berville, Catignon, F. Hazeur, & Routhier. 

A Québec ce I Oe. Novembre 1685. 
A Monseigneur de Seignelay. 

Arch. publ. du Canada. Corr., par. Vol F. 7 C W I p. 320. 



APPENDICE E 



. . . Messieurs le Marquis de Denonville et de Champigny No- 
roy arrivèrent à Québec pour relever Monsieur Delabarre. Peu de 
jours après il reçut des lettres des commandants de Misilimakinack ; 
ent autres, M. Deladurantaye lui mandait que trois Français ayant eu 
la curiosité de connaitre les routes de la Baye de Husson, où ils furent 
rendre visite aux Anglais qui y faisaient le commerce. Les Anijlais les 
recurent gracieusement pendant quelques jours. Ayant pris congé 

(1) La "Perpetuana" prise par le Sieur Bermen de la Martinière 
dans le détroit d'Hurti^on, 



— I09 — 

d'eux, ils se retiraient le long de la mer. Le troisième jour, comme ils 
se reposaient, ayant laissé leur canot échoué, ne se doutant point de la 
marée. Lorsque le canot fut en flotte, un petit vent de terre le poussa 
au large sans qu'ils s'en aperçurent. Ainsi ils se trouvèrent dégradés, 
ce qui les détermina à retourner par terre chez les Anglais. Il y avait 
des Anglais sur la route qui chassaient Lorsqu'ils aperçurent ces trois 
Français ils en furent donner avis au commandant, qui les soupçonna 
de mauvais dessein et les fit arrêter, desquels il en envoya deux à l'Ile 
Charleston, à dix lieux au large, et garda le Sieur Péré au fort. Les 
deux qui étaient à l'ile avec des Anglais n'étaient point gênés, avaient 
la liberté de chasser et pêcher, ce qui les facilita à fabriquer un canot 
d'écorce et d'épinette, avec lequel ils traversèrent en terre ferme, où ils 
trouvèrent des sauvages qui les ramenèrent aux Outaouais, où ils racon- 
tèrent leur aventure à M. Deladurantaye, qui en informa M. le Gou- 
verneur général. 

Aussitôt les négociants de Québec et Montréal proposèrent de 
faire un armement pour enlever les trois forts que les Anglais occu- 
paient à la Baye de Husson. La chose conclue on fit l'armement l'hi- 
ver de 86, composé de trente soldats et soixante-dix Canadiens, com- 
mandés par M. Detrois, (de Troyes) capitaine des troupes, Ducheny 
(Duchesnay) et Catalogne pour commander les soldats ; les Sieurs de 
St. Hilaire, (Ste-Hélène) D'Iberville, Maricour, tous trois frères, et le 
Sieur Lanoue, (pour commander les Canadiens) . 

Le cortège se rendit en traines sur les glaces (au bout) du long 
sauît au commencement d'Avril, et le premier jour de Mai nous arri- 
vâmes à Mataouan, où les deux rivières se séparent, la plus petite vers 
les (Outaouais), et la plus grande au Lac des Temiscamingues. Du 
lac de Temiscamingues, nous prîmes à droite, montant une petite ri- 
vière, où les portages sont fréquents, et de petite baie en petite baie 
nous gagnâmes la hauteur des teres, où se trouve un petit lac qui dé- 
charge dans le lac des abitibis, à l'entrée duquel nous fîmes un fort de 
pieux et y laissâmes trois Canadiens ; et ensuite traversâmes le lac qui 
se décharge par une rivière extrêmement rapide à la Baye de Husson, 
où nous arrivâmes le 1 8 Juin avec tous les préparatifs pour prendre un 
fort. Deux sauvages nous informèrent de la situation du fort, qui était 
à 4 bastions, un canon de 8e de balles, à chaque flancs ; ils nous dirent 
aussi qu'il y avait dedans un petit vaisseau. Nous partîmes à minuit 
close mais nous fûmes surpris dans ce climat, en ce que le crépuscule 
n'était pas fermé que l'aurore parut ; le temps était fort serein, ce qui 
nous obligea à nous retirer dans un cric de marée haute, où nous res- 
tâmes toute la journée, après avoir laissé deux vedettes dans l'île où 
était le fort. 



— IIO — 

Dès le soir nous partîmes et furent à nos vedettes, qui nous dirent 
que le vaisseau était parti. Les Sieurs de St. Hélène et d'Ibervilîe fu- 
rent à la découverte de si près qu'ils sondèrent les canons qui n'é- 
taient point chargés ; cela n'empêcha pas que l'on ne suivit le premier 
projet, qui était de couper la palissade pour faire une brèche, où les 
soldats étaient destinés que je commandais. 

En outre nous avions fait un bélier, porté par les Canadiens qui en 
deux coups rompirent les pentures des portes, ce qui fit cesser la brè- 
che. Etant rnaitres du fort nous ne l'étions pas du bâtiment, qui était 
carré, de pièces sur pièces, de vingt pieds de hauteur ; le dessus fait en 
pont de navire, avec un garde-corps avec des petits canons de 2e ; au- 
devant de la porte il y avait un tambour de pieux qui empêchait la 
jouissance du bélier, lequel il fallut démontrer et ensuite la porte fut en- 
foncée. Néanmoins répoussés et retenue par les assiégés, en sorte que le 
Sieur d'Ibervilîe était pressé entre la porte et !e poteau, sans que nous 
puissions le dégager, ayant un pistolet à la main le tira à tout hasard, 
ce qui épouvanta les assiégés, qui nous abandonnèrent la porte. On 
apporta en peu de temps de la lumière que nous avions dans les lanîer- 
mes, et fûmes dans les appartements, où les Anglais nous demandèrent 
Cartier. Ils étaient au nombre de quinze. Il n'y eu que leur canonnier 
de tué, à qui M. de St. Hélène donna un coup de fusil au milieu du 
front, par un des sabards d'en haut, où il chargeait un canon avec des 
morceaux de gros verre cassé. L'action dura environ deux heures, pen- 
dant laquelle on ne cessa de fusiller les fenêtres et sabords. 

Devant le port il y avait un bâtim.ent échoué, qui avait été pris sur 
les Français de Québec ; on se détermina à le mettre en état de navi- 
guer, pour nous en servir à transporter les canons pour la prise des au- 
tres forts. Après, huit jours de séjour, pendant lesquels nombre de sau- 
vages vinrent en traite, nous partîmes par la droite de la baie,, en sor- 
tant, pour aller prendre le fort Rupert, distant de celui-ci de quarante 
lieues, afin de tacher de surprendre le vaisseau qui y faisait route. En 
effet, comme nous étions sur une pointe, nous vîmes le vaisseau à tra- 
vers les glaces flottantes. Comme^ elles étaient au vent à nous, nous en 
ressentions la fraîcheur comme au plus fort de l'hiver. Le vent ayant 
cessé le 2e jour, 27 Juin, nous trâversâm.es cette baie à travers les gla- 
ces qui était comme des iles flottantes, qui étaient au gré du vent, sur 
lesquelles et aux environs il y avait un nombre infini de loups-marins et 
de canage (canard) de mer. La traversée faite, nous y trouvâm.es trois 
sauvages qui voulaient s'enfuir, nous ayant pris pour des Iroquois, ayant 
beaucoup de crainte de cette nation quoi qu'ils ne les aient jamais vus. 
Nous continuâmes notre route, gardant à vue le vaisseau, qui fut mouil- 
lé devant le fort, à la portée du fusil. Les officiers Canadiens furent 
le soir à la découverte, à travers les bois, et sur leurs opinions, M. D'I- 



— III — 

berville demanda deux canots armés de 7 hommes chacun, avec lesquels 
il aborderait le vaisseau, et que le reste du détachement, en cas de ré- 
sistance, ferait feu sur les Anglais. Nous n'en fumes pas à la peine, 
car M. D'Iberville monta sur le vaisseau sans opposition, tout le mon- 
de, au nombre de quinze, étaient endormis. Le Général Brigur (3rid- 
gar) était dessus et un capitaine d'un vaisseau qui, l'automne précéden- 
te avait fait naufrage dans ces côtes, lequel saisit M. D'Iberville au 
collet ; mais comme M. D'Iberville était fort et vigilant, lui fendit la 
tête d'un coup de sabre, et tomba mort sur son lit ; un matelot fut aus- 
si tué en dormant. Comme l'action fut courte et que le signai fut don- 
né, nous fûmes au fort, duquel nous enfonçâmes la porte d'un coup de 
bélier. Quoique nous fussions maîtres du fort (bâtiment) nous ne l'étions 
pas du bâtiment, (fort) car s'il y avait eu dix bons hommes iis nous au- 
raient battus. parce que, comme je vous l'ai dit, leurs maisons sont 
de pièces en pièces. A celle-ci il y avait quatre guérittes pendantes, 
et un degré de rampe pour monter au plan-pied ; par conséquent le bé- 
lier mutilé, notre mousqueterie ne cessait de tirer aux embrassurs des fe- 
nêtres. Deux petits canons que nous avions apportés furent braqués sur 
la porte, sans que les assiégés fissent aucun mouement. Il y avait une 
échelle qui portait sur la maison, un soldat et un Canadien y montè- 
rent avec des grenades, après avoir fait ouverture avec une hache, par 
laquelle ils jettèrent des grenades qui tombaient dans une grande salle oià 
toutes les chambres répondaient, avec un effet admirable. Une dame 
échappée du naufrage du vaisseau dont j'ai parlé, s'y était réfugiée ; 
croyant que le feu était à la maison par l'éclat des grenades, se hasarda 
d'entreprendre de vouloir ouvrir la porte, à la lueur d'un éclat de gre- 
nade. Le commandant l'aperçut, et lui cria de se retirer, qu'il allait 
ouvrir la porte ; ce qu'il fit effectivement en passant devant une fenêtre 
où la mousqueterie ne cessait de tirer, sans qu'il en fut atteint. La porte 
ouverte, j'étais avec M. D'Iberville et plusieurs autres ; nous entrâmes. 
Je m'étais muni d'une chandelle, et monté dans les apartements, 
c'est-à-dire dans la salle, sans trouver personne. Une voix plaintive me 
fit ouvrir la porte d'un cabinet, où je trouvai cette Anglaise en chemise, 
toute ensanglanté, par l'effet d'un éclat de grenade, dans la hanche. Ma 
présence, si l'on en juge par son cri piteux, lui fit autant impression que 
le bruit de la grenade, puisque nous ressemblions à des bandits. Par 
ces cris elle demandait M. Docte (Doctor), que je répétai à grands 
cris. Aussitôt parut le chirugien qui me demanda cartier. Je le me- 
nai au cabinet de la dame. Quoique ma figure ne lui fut point agréa- 
ble, elle eut la reconnaissance, en ce que je mis un fauteuil devant sa 
porte pour que personne n'y entrât que les officiers. La scène étant finie, 
et le jour venu, chacun courait à la pitance. On amena du vaisseau le 
Général Brigeur, (Bridgar) qui proposa à M. DeTroys de lui rendre 



— 112 

son vaisseau avec ses 1 4 hommes, qu'il le défiait de le prendre avec tout 
ie qu'il avait de Français. On le turlupina un peu et y ayant près le 
fort un hiak, on mit deux ouvriers Anglais à le radouber, pour leur ser- 
vir à paser en Angleterre ou au port Nelson. M. D'Iberville amarina sa 
prise : et après quatre jours de séjour nous partîmes pour retourner ^ar 
notre chemin, et M. D'Iberville mena le vaisseau pour aller charger huit 
pièces de canon pour canonner les trois forts, distants du premier de 40 
lieus. Lorsque nous fûmes à la traversé où nous avions trouvé les glaces 
en allant, il n'y en avait plus. Nous commençâmes la traversé comme 
le soleil se levait. Deux heures après il fit une brume si épaisse avec le 
vent devant que deux canots ne pouvant pas se voir, par conséquent sau- 
ve qui peut. 

Comme j'étais maître de mon canot, je ne changeai point ma route, 
et nous arrivâmes au bout de notre traversée, où un autre canot nous sui- 
vit au bruit des coups de fusil. Le soir nous trouvâmes deux autres ca- 
nots, mais pour M. DeTroys et ceux qui étaient avec lui nous ne savions 
ce qu'ils étaient devenus. Deux jours après, nous arrivâmes à notre fort, 
où M. DeTroys arriva aussi trois jours après nous, et le vaisseau en 
même temps, sur lequel on chargea les canons et les amonitions, mais 
fort peu de vivres. Nous partîmes en canot, à gauche, le long de la 
mer. Nous fûmes 5 jours à nous rendre devant le fort Quiquitchiouan, 
distant de 40 lieus du premier. Ce fort est à un grand quart de lieue 
avant dans une petite rivière qui ne porte que des petits bâtiments ; au- 
devant il y a une île, où nous disposâmes une batterie pour huit canons. 
Pour y parvenir il fallut couper une partie de la terre à coups de ha- 
che, tant elle était gelée. Ls Anglais qui voyaient tous ces mouvements 
n'en faisaient aucun de leur côté. Lorsque la batterie fut achevée quoi- 
que nous n'eussions pas les canons, M. DeTroys envoya un tambour avec 
un interprète pour sommer le gouverneur de rendre le Sieur Peré qu'il 
avait retenu, que faute de quoi il lui demandait la place. Le gouver- 
neur répondit qu'il avait envoyé le Sieur Péré en France par l'Angleter- 
re et que l'on avait tort de l'insulter, puisqu'il n'y avait point de guer- 
re entre les deux Couronnes. La chose en demeura là attendant tou- 
jours nos canons ; les vents n'étaient point favorables pour amener le 
vaisseau, nous n'avions plus de vivres, point de chasse dans cette saison, 
ni d'autres ressources qu'un persil de Macédoine ? ou à périr, ou prendre 
le fort par escalade. 

Le conseil tenu, on commença des échelles, mais par bonheur la 
surveille de la Ste. Anne le vaisseau entra, on déchargea les canons ; le 
lendemain on les mit en batterie ; dès le soir on fit une décharge, à la- 
quelle les assiégés répondirent par une des leurs. Le lendemain, jour de 
Ste. Anne, on recommença à canonner, les assiégés de même, mais notre 
canon leur en démontra du leur, et ne tirait que lentement. Nos boulets 



— 113 — 

diminuaient fort, on résolut d'en faire de plomb mais il fallut observer la 
proportion du poid et du calibre. Pour cet effet on fit un moule, dans le 
centre duquel on mettait de petites boules de bois, soutenues par le mil- 
lieu par de petites chevilles ; ce qui nous réussit. Comme, vers midi, 
nous laissions refroidir les canons, les assiégés envoyèrent un canot ou 
était le ministre, à qui M. DeTroys dit qu'il voulait absolument que la 
place lui fut rendue. Le ministre lui dit qu'en pareil cas il. fallait qu'il 
conférât avec le gouverneur ; ainsi, s'il voulait faire la moitié du chemin 
avec son canot, que le gouverneur s'y rendrait ; ce qui fut effectué. Les 
articles signés M. D'Iberville fut prendre possession du fort. Les An- 
glais sortirent, le gouverneur, sa femme, son fils, le ministre, sa servante, 
et trente hommes ; et moi, ave nos soldats, je gardais le camp où je fis la 
recherche des vivres, et n'y en trouvai en tout que pour faire dmer quin- 
ze hommes. M. DeTroyes qui était resté au camp avec moi, m'envo- 
ya chercher au vaisseau la dame Anglaise de qui j'ai ci-devant parlé, 
qui avait été guérie par un de nos chirugiens. Le détachement fut pour 
garder le fort, oii M. D'Iberville resta commandant, qui ne suivait pas 
les articles de la capitulation, de quoi se sont plaint les Anglais. 

Le M. DeTroys partit sans faire observer aucun ordre de route à 
sauve qui peut, avec très peu de vivres, c'est-à-dire de l'orge germée, 
avec laquelle les Anglais faisaient de la bière. Nous nous rendîmes à 
Montréal au mois d'octobre, où les derniers n'arrivèrent qu'im mois après 
les premiers. 

Recueil de ce qui s'est passé en Canada au sujet de la guerre^ tant 
des Anglais que des Iroquois, depuis Vannée 1682 jusquen 1712. 



APPENDICE F 



Le Père SILVY Jésuite, qui de Missionnaire de Sauvage étoit 
devenu en cette occasion l' Aumônier d'un petit corps de troupes compo- 
sé de Canadiens, a si bien ramassé en peu de mots tout ce qui s'y est fait 
de plus remarquable, que j'ay cru devoir transcrire sa lettre du trentiè- 
me de Juillet 1 686. 

"Ce n'a pas esté, dit-il sans bien des risques et des fatigues qu'avec 
l'aide de Dieu nous sommes venus à bout de nos detsseins. La route de- 
puis Mataouan est extrêmement difficile, ce ne sont que des rapides très- 
violents et très-périlleux à monter et à descendre ; je fus plusieurs fois 
en danger de me perdre avec tous ceux qui m'accompagnoient, !e char- 
pentier Noël le Blanc, un de nos meilleurs hommes, et dont nous avions 
le plus besoin, fut englouti tout d'un coup sans reparaître sur l'eau. M. 



— 114 — 

d'Iberville qui le menoit avec luy, ne se sauva que par son adresse, et 
par sa présence d'esprit qu'il conserva toujours toute entière. D'autres 
s'étaient sauvés a la nage en furent quitte pour la perte de leur canot, de 
leur bagage, de leurs vivres. Ces désastres néanmoins n'étonnèrent point 
notre petite flotte, qui arriva enfin auprès des Hollandois sans qu'ils eus- 
sent le moindre vent de nôtre marche. Ces Messieurs ne se défians de 
rien, dans leur Fort Monsousipi ou, y furent surpris pendant leur som- 
meil, ils ne purent ni tirer un coup, ni même se mettre en défense, le bruit 
du bélier, dont on enfonçoit une grosse porte bien ferrée, et les mous- 
quetades de nos gens qui perçoient sans cesse leurs chambres d'outre en 
outre, les éveillèrent en sursault. En moins d'un quart d'hure on fut 
maître de leur fort et de leur maisons, où ils eurent à peine le loisir de 
demander quartier, tant on alloit vite en besogne. Cependant ce fort 
avoit quatre bastions munis de bons canons qui ne servirent en rien, et 
la platte-forme de la maison avoit aussi les siens qui demeurèrent inutiles. 
Un des assiégez plus fier que les autres, y ayant voulu monter pour en 
braquer un contre nous, fut tué sur le champ, et paya luy seul pour tous 
les autres. Les quinze qui restoient eurent la vie, et on s'assura de leur 
personne. Nous en eussions pris quinze autres dans une barque que nos 
découvreurs avoient appercue la veille, si elle ne fut partie le m.ême jour 
pour Nemiskau, où le petit Brigueur (John Bridgar) nommé pour com- 
mander l'année suivante au fonds de la Baye, alloit porter des ordres et 
faire faire des travaux. Nous fûm.es bien fâchez de l'avoir manquée, 
et comme elle nous étoit nécessaire pour porter du canon au Fort de Kit- 
chitchouan, on prit résolution de la suivre, et d'aller attaquer NemisKau 
gardé par quinze autres Hollandois, espérant enlever l'un et l'autre en 
même temps pour y pouvoir ensuite aller prendre Kitchitchouan poste 
principal où étoit le Gouverneur avec trente hommes de la même nation, 
tion. 

"Monsieur d'Iberville avec douze maîtres fut en cannot affron- 
ter la barque durant la nuit, et il la prit pendant que Mr. de Troyes sui- 
vi de son monde prenait le Fort avec la même facilité, sans nulle perte 
de notre part. Les ennemis n'y perdirent de leur côté que deux hom- 
mes, et il n'y en eut deux autres ave une fem.me qui furent blessez. Aus- 
sitôt on mit sur la barque tous les canons du premier Fort, et nous étant 
rendus en dilligence devant le 3e, (où on ne nous attendoit pas) il se ren- 
dit par composition. 

"Après avoir esté criblé par six vingts coups de canon en moms 
d'une heure ; on y entra tam'Dour battant et enseigne déployée le propre 
jour de Sainte Anne qu'on avoit prise pour patronne du voyage et de 
l'entreprise. Voilà Monseigneur, continue ce Père, les coups d'essay de 
nos Canadiens, sous la sage conduite du brave Mr de Troyes, et de Mrs. 
de Sainte Hélène et d'Iberville, ses Lieutenans. Ces deux généreux frè_ 



— 115 — 

res se sont merveilleusement signalez ; et les Sauvages qui ont vu ce qu'on 
à fait en si peu de temps et ave si peu de carnage, en sont si frappez 
d'étonnement, qu'ils ne cesseront jamais d'en parler partout où ils se 
trouveront. Je n'en ay vu qu'un très petit-nombre de diverses Nations, 
dont les uns m'entandoient, et les autres ne m'entendoient pas : com- 
me on leur parle qu'en passant, parce qu'ils courent toujours : il ny a 
gueres d'apparence qu'on puisse sitôt les faire Chrétiens : il faut espérer 
néamoins que Dieu par sa bonté toute puissante leur donnera les m.oyens 
de se convertir, s'ils veulent concourir avec nous à cet important ouvra- 
ge." 



APPENDICE G 

A Québec le 6e Novembre 1 686. 
Monseigneur, 

Ce qui a donné courage aux principaux Marchands et Habitants 
de ce pays de former une compagnie pour le commerce au Nord de Ca- 
nada a esté le désir de i>laire a vostre grandeur et en veue de conser- 
les droits du Roy sur toutes les terres des dits Pays du Nord. 

Cette compagnie ayant esté traversée par quelques Renégats fran- 
cois assistés d'Anglois com.me ils ont pris la liberté de vous le faire sca- 
voir l'année dernière, n'a rien épargné pour faire rendre le change aux dits 
Anglois et elle a esté asses heureuse que son argent donné sans épargne 
aux coureurs de bois du Canada leur a fait entreprendre de chasser les 
dits Anglois des trois Maisons et Magazins qu'ils avoient fortifiés de 
garnisons et de Canons au fond de la dite Baye. 

La Depence a excédé leurs moyens et quoy qu'il s'y soit fait quel- 
que pillage tout a Esté quasi dissipé au proffit des dits Coureurs de bois. 
Ainsy Monseigneur cette Compagnie s'adresse a vostre grandeur pour 
luy faire rendre justice en faisant régler que la Rivière Bourbon et dé- 
pendances, dont Sa Majesté a accordé la Jouissance a la ditte compa- 
gnie vingt années, !uy sera remise et abandonnée par les dits Anglois et 
renégats françois pour y continuer son comerce qu'elle y avoit Estably 
des 1682. 

Cette Compagnie avoit sous fermé du Sieur Patu ce que l'on apel- 
le la traitte de Tadousat pour passer plus commodément aux dittes ha- 
bitations Angloises après avoir aporté tous les menagemens possibler. a 
la ditte sous ferme. Elle n'a rien tiré pour payer le prix de son bail ce 
qui l'a obligée de demander diminution audit sieur Patu qui a fait ré- 
gler par Monsieur l'Intendant que son bail seroit Exécuté. 



— ii6 — 

C'est ce qui les a obligez Monseigneur de donner leur procuration 
au Sieur Riverin qui se présentera a vostre grandeur pour obtenir justice 
contre les dits Anglois décharge de la ditte sous ferme. Et encor le paye- 
ment de la fregatte le St. Anthoine qu'ils ont Expédié en I 684 par or- 
dre de Messieurs de la Barre et de MeuUes pour vous porter Monsei- 
gneur nouvelles de la guerre Contre les Nations Irocoises. 

Vos bontés pour ce pays leur fait espérer la Continuation de vos- 
tre protection pour cette petitte Compagnie qui sera obligée de prier Dieu 
pour vostre grandeur, de qui ils veulent toujours dépendre absolument en 
qualité de . 

Monseigneur Vos très humbles et très obeissans serviteurs Pachot, 
De Comporté, Hazeur, Le Ber, Migeon De Bransac, Bouthier, Gobin, 
Chanjon, Charles auber de la chenaye, Patu, Catignon. 

Arch. publiques du Canada. Corr., générale, vol F. 8 C 11 p. 1 49 



APPENDICE H 



.... Nos marchands ne manquent pas de bonne volonté pour 
augmenter le commerce et nous ont bien promis de faire faire quelques 
bâtiments, mais il faut qu'ils retirent leurs avances qui sont au fond de 
la Baie d'Hudson, dont ils n'ont pu rien retirer cette année (1687) par 
les terres, les rivières étant trop basses pour pouvoir naviguer. On n'y 
a pas pu même porter des vivres, ce qui a nécessité le Sr. d'Iberville, 
Commandant, de quitter les postes que nous y occupions, les ayant ré- 
duits de deux à trois qu'ils étaient, et n'ayant laissé dans chacun que six 
hommes pour la garde des forts et des pelleteries, qui y sont pour plus 
de deux cent mille livres, et cent mille livres d'autres effets argent de 
France, il n'a pu laisser des vivres à ces douze hommes qu'un minot et 
demi de blé d'Inde pour chacun, nous admirons la fermeté de ces hom- 
mes qui y ont bien voulu rester à ce prix là, toute leur ressource est sur 
la chasse des outardes dont le passage en automne ne dure que huit jours 
et au printemps autant ; le mémoire que nous vous envoyons de la part 
de la Compagnie du Nord, fais le détail des secours qu'ils demandent à 
Monseigneur sans quoi cette Compagnie se pendant ? ce qui portera un 
grand préjudice au commerce de toute le Colonie ; si des cette année on 
avait pu envoyer un navire chargé de marchandises au fond de la dite 
baie on ferait au printemps prochain plus de cinq cent paquets de cas- 
tors ; étant descendus cette année des sauvages du nord pour voir s'il y 
arriverait quelque navire, ils s'en sont retournés très fâchés de ce qu'il 
n'y en est pas allé, mais ayant de la joie de nous voir occuper les postes 



— 117- 

au lieu des Anglais dont ils ne sont pas contents. Cependant, ils seront 
tous obligés d'aller à la rivière Bourbon au Port Nelson ou sont les An- 
glais, ce contre temps est fort désagréable. Nous avons bien prévu cela 
dès l'année passée Monseigneur, et c'est ce qui nous avait engagés de 
demander pour nos marchands un navire pour aller quérir leurs effets et 
se garantir des pirates, car s'ils n'avaient envoyé que de simples barques 
elles auraient été prises infailliblement par des pirates qui n'ont pas quit- 
tés l'embouchure de notre rivière tout l'été, se cachant derrière des iles 
et dans des coins de rivières où les navires du Roi n'ont pas pu les al- 
ler chercher. 

,Ces pirates ont été vus par le navire la Diligente de M. de (Cher- 
ry) et plusieurs autres, même par quelques barques. Ce qui nous a 
persuadés par le grand séjour qu'ils ont fait qu'ils attendaient le retour 
des pelleteries du fond de la Baie d'Hudson. Il n'est pas possible de 
pouvoir soutenir l'entreprise de cette baie autrement que par mer, dès l'an 
passé que le Sieur de Troyes s'en rendit maître, il fallait qu'il prit tous 
les forts où qu'il mourût de faim, on a tenté cette année (1 687) le che- 
min de Nemisko qui est plus court mais qui est plus mauvais pour la na- 
vigation, car ils n'ont pu porter le moitié des vivres qu'on leur envoyait 
ainsi Monseigneur, il faut, s'il vous plait que vous secouriez l'année pro- 
chaine notre compagnie d'un navire le Sieur de Lorme commandera qui 
est un fort bon sujet ; ils s'en sont retournés très fâchés de ce qu'il ny 
en avait pas. 

Ils se chargeront de l'équipage de l'entretien du navire, si vous 
voulez leur donner pour deux ans. Sans cela Monseigneur, la compa- 
gnie est ruinée, à l'abri de ce navire nous enverrons deux barques qui 
iront dans tout le pays plat pour ne pas hasarder le navire, nous souhai- 
tons fort que le Roi se soit accommodé de toute la baie qui nous don- 
nerait de grands avantages pour le commerce et nous formerait des ma- 
telots et des pilotes dont nous manquons beaucoup et nous donnerait lieu 
de faire des nouvelles découvertes de ce côté là. 

Archives canadiennes, correspondance générale Canada, Le Mar- 
quis de Denonville et M. de Champigny à M. de Seignelay, 6 Novem- 
bre 1687. Vol. 9 fols 20-23., 



APPENDICE I 



De risle de Charleston, le 2 1 septembre 1 688 c^PPic d'une let- 
tre du Sr. d'Ybemlle, commandant dans la baie du Nord du Canada, 
du 2 1 Sptembre I 688. 

Je me sers du retour du navire le Soleil d'Afrique pour vous don- 
ner des nouvelles de ces quartiers où nous sommes arrivez le 9è. de ce 



— ii8 — 

mois. Les vents nous ont esté si contraires, et les glaces en si grande 
quantité qu'il ne s'en est pas encore tant vue, et nous, ne nous sommes 
fait autre mal que d'avoir rompu le coupe gcrge du vaisseau. Le petit 
navire, le St-François, appartenant à la compagnie n'est pas encore venu 
je l'attens de jour en jour, nous avons été obligez de le quitter à moitié 
chemin, parce qu'il n'allait pas si bien que nous, et nous fesait trop per- 
dre de temps. 

La compagnie ne recevra pas cette année tout le castor de ces car- 
tiers par la raison que nous n'avons point trouvé icy en arrivant la bar- 
que chargée comme on en avait donné ordre a M. de Louvigny, com- 
mandant de ce fort pour la compagnie, qui avait fait partir la barque 
de risle de Charleston pour faire retourner au fort St. Louis, le même 
jour de nostre arrivée, disant qu'il croyait que le navire ne viendrait 
point et qu'il ferait relâche ce qui m'obligea pendant que le vaisseau dé- 
chargeait d'aller en canot le quérir. Je la trouvai chargée de 34 à 35 
milliers de castor selon l'estime de M. de la Chevrotière, commandant 
du fort, 1 3 paquets de marthes, et 1 paquetz de loutres, dont je n'ay 
point le nombre. Je ne puis estre de retour le 1 6è. ou le vent .... 
nous retient encore aujourd'hui, et nous fait connaistre que le navire sera 
party devant mon retour du fort Ste.Anne où je voulais aller descharger 
15500 Ibs p>esant de Castor 

Arch. Can. Corr. génér. Canada 1688-1689 Vol. 10. Fols. 237 
238. 



APPENDICE J 

Mémoires des intéressés en la Compagnie de la Baie d'Hudson en 
Canada à sa Majesté. (Sans date). 

En 1 686, la dite compagnie qui se voyait sans ressource fit un ef- 
fort et par le permission de M. D'Enbnville, elle envoya cent hommes 
sous le commandement du Sr. d'Yberville, pour insulter les forts des 
anglais. Ils traversèrent tout le Canada avec des peines incompréhen- 
sibles, ils attaquèrent les dits forts bien garnis de canon en batterie et 
où il y avait 80 hommes de garnison, et ils y trouvèrent 400 paquets de 
castor et d'autres effets. 

Le d. d'Yberville ayant escaladé et pris l'espée à la main les d. 
vents après une assez forte résistance^ retint 35 hommes et envoya !e 
reste, on les chargea de qulques castor pour l'apporter a dos, ils furent 
obligez d'en laisser partie dans les bois n'ayant pu les apporter parce 



— 119 — 

qu'ils étaient en sus chargez de leurs vivres, dans une distance de 300 
lieues dans un pays traversé de rivières, de rapides et de montagnes. 
De sorte qu'ayant esté jugé impossible de tirer les effetz de la Baye par 
terre, et n'y ayant point de vaisseaux en Canada, les dits intéressez, en- 
voyèrent en France à la fin de l'année 1687, pour chercher les moyens 
de les faire apporter par mer. Ils eurent recours a vostre majesté qui eut 
la bonté de leur faire donner le vaisseau, le Soleil d'Afrique. Il par- 
tit à la fin d'avril 1 688, pour Quebek, afin d'y prendre les choses né- 
cessaires. Il fit sa traversée en 37 jours et repartit de Quebek, le 28 
juin pour la baie qu'il trouva encore glacée le 3ème d'Août. 

Le navire ne put arriver à l'Isle de Charleston que le 19ème 
septembre on est obligé de mouiller à cette isle à 25 lieues des forts, et 
le Sieur d'Yberville y avait fait partir les castors. Dès le 22ème la 
mer commença a se refermer et pour ne pas exposer le vaisseau de sa 
Majesté, il fallut mettre à la voile pour le retour ; pendant ces quatre 
jours on mit à terre 560 barriques de marchandises et vivres, on fit cent 
bariques d'eau, et 1 50 tonneaux de lest avec le bois, et on ne put pren- 
dre qu'environ la moitié du castor qui s'est trouvé d'environ 34 millers. 

Arch. Ccnad. Corr. Cénér. Canada Vol ]0 fols 528-530. 



APPENDICE K 



Relation de ce qui s'est passé à la Baie du Nord, envoyés par le 
Sieur Patu, sous fermier du Canada, de Québec. 

A Québec le 1 4 Novembre 1 689. 

Aussitôt que le navire le Soleil d'Afrique fut arrivé à Charles- 
ton, le frère du Sr. d'Iberville et un autre s'embarquèrent dans un ca- 
not pour venir en diligence à Monsipy où ils trouvèrent la barque qu'ils 
chargèrent de castors, et l'amenèrent à Charleston où était le navire 
ayant eu beau temps, le voyage sitôt fait obligea d'Iberville à déchar- 
ger promptement le castor, et rechargea les marchandises qu'il avait 
cru nécessaires pour Quichychouan où est le fort. Il dit à Delorme : 

"Si j'ai beau temps je serai de retour avec le reste du castor dans 
peu et attendez-moi ici huit jours ; si je ne suis de retour dans ce temps, 
levez l'ancre et vous en allez" D'Iberville partit ave la barque, arriva 
le même jour à l'entrée de la rivière Quichychouan, et entra la nuit dé- 
chargea le lendemain, et rechargea le castor le troisième jour de son 
arrivé. 

Lorsqu'il voulu s'en reoumer et sortir de la rivière, il aperçut deux 
navires Anglais, ce qu'il le fit entrer sans qu'il en fut apperçut. Aus- 



— I20 — 

sitôt il dépêcha deux canots pour aller couper les balises qui étaient 
dans la rivière pour conduire les vaisseaux, cela se fit à la vue des An- 
glais qui tirèrent plusieurs coups de fusils sur eux pour les en empêcher. 
Ensuite les Anglais se mirent dans deux chaloupes pour remettre 
les balises de barils. Nos gens se voyant traités comme ennemis se 
mirent à tirer de leur côté, et cassèrent leurs barils à coup de haches, à 
mesure qu'ils en mettaient, cela se fit pendant deux jours. Leurs deux 
navires étaient échoués à la bande ; et si d'Iberville eut eu du canon 
sur sa barque, il les aurait pris en l'état qu'ils étaient, après cela le pe- 
tit navire Anglais se releva et entra dans la rivière conduit par deux 
chaloupes qui sondaient continuellement. Maricourt frère d'Iberville 
et Martigny ( 1 ) son cousin les observaient, et tiraient incessamment 
sur eux. Les Anglais mirent leur monde à terre sous les armes embus- 
qués de tout coté. La nuit suivante Maricourt, son cousin, Pierre Vaux, 
et Dorval s'embarquèrent après minuit pour venir faire leur emousca- 
de sans être pris, à dessein de prendre quelques anglais en vie pour 
savoir leur dessein et les raisons qu'ils avaient de les attaquer et mquie- 
ter dans leur établissement, soit que les Anglais entendissent quelques 
branches cassées, où qu'ils eussent peur ils crièrent hors de la garde et 
envoyèrent des sentinelles plus avant. Nos gens voyant trois gens bien 
vêtus crurent que c'étaient les Commandants ils se traînèrent pour les 
approcher, un de ces Commandants prétendus qui avait une epée à gar- 
de d'argent, avec une grande perruque, s'écarta des autres, passa au 
bout de la levée dont nos gens tenaient le haut, cachés dans des brous- 
sailles ;ils le laissèrent passer croyant qu'il s'écarterait assez pour le 
pouvoir prendre en vie ; mais il revint sur ses pas pour rejoindre ses ca- 
marades. Nos gens voyant qu'il leur allait échapper, Martigny le tira 
de dix pas et le jetta par terre sur le bord de l'eau où il entra quelques 
pas en tombant puis se releva et y baissa son fusil criant à moi Pierre 
Vaux tira un second coup qui ne le fit pas tomber. Maricourt sans 
perdre de temps tira et le jetta à bas dont il ne se releva pas. Nos 

gens entrèrent environ deux arpents dans le bois, rchargèrent leurs fu- 
sils et trouvèrent les anglais qui faisaient grand bruit autour du corps 
de leur Capitaine. Nos gens firent encore sur eux leur descharge de 
loin, et leur crièrent : "vous voilà bien étonné pour un homme mort, 
nous nous reverrons plus amplement", après quoi ils s'enfuirent dans 
leur canot et traversèrent à deux cents pas au-dessus d'eux. Depuis 
ce temps qui dura depuis douze ou quinze jours jurqu'au départ de 
Martigny pour venir ici qui fut le 10 Octobre ( I 688) , il ne passa 

(1) Jean Baptiste Lemoine, Sieur de Martigny, fils de Jacques Le- 
moine, sieur de Ste-Marie, et de Mathurine Godé, baptisé à Montréal, le 2 
avril 1662, marié le 1er juillet 1691, à Elizabeth Guyon. Il suivit d'Iberville 
dans presque toutes ses campagnes. Il fut tué au siège du fort Sainte-An- 
ne, en 1709, dans la tantative malheureuse des Français pour reprendre 
ce poste. 



— 121 — 

rien. Le lendemain que le Capitaine fut tué, dès le point du jour, les 
Anglais déchargèrent leur petit navire dans le même lieu où avait été 
tué le Capitaine, une partie d'eux demeura pour garder leurs mar- 
chandises et l'autre fut avec le petit navire décharger le grand navire 
qui était encore échoué à la côte, et le lendemain d'après ils le firent en- 
trer. 

Nos gens au nombre de 1 4 qui avaient passé la nuit des deux coté 
de la rivière en embuscade, voyant que les Anglais faisaient monter 
leurs deux navires escortés de leurs deux chaloupes, sortirent de leur 
embuscade pour les fusiller à découvert. Les Anglais leur tirèrent bien 
quarante coups de canon. La Mothe qui est notre interpète pour les 
sauvages, y fut légèrement blessé à la cuisse, Maricourt le fut pareille- 
ment d'un éclat de roche. Cela ne les empêcha pas de continuer à ti- 
rer sur les Anglais qui ayant la marée favorable montèrent malgré les 
nôtres, et se vinrent camper à un quart de lieue de notre fort ou depuis 
ils ont campés sous des tentes creusées en terre pour se mettre à couvert 
des coups de fusils de nos gens qui les obervaient nuit et jour, espérant 
en prendre quelqu'un en vie, mais ils n'ont jamais osé s'écarter plus de 
vingt pas. Partie de nos gens était occupée à faire une fosse contre 
leur fort pour y mettre leur barque à couvert des glaces, les autres les 
gardaient, et le reste chassait à leur barbe. Ils sont si consternés que 
Lamothe seul s'étant mis en embuscade au-dessus d'eux, la nuit avec 
trois fusils, à la pointe du jour il vit une chaloupe où il y avait neuf 
hommes qui montaient terre à terre, il les laissa approcher et les tira en 
passant, celui qu'il mirait tomba à la renverse, tous les autres se jettè- 
rent au fond de la chaloupe, qui n'eurent pas l'assurance de paraître, 
et se laissèrent dériver avec le courant qui les remenait vers leurs gens. 

Ensuite de cela d'Iberville envoya à son cousin Martigny qui s'of- 
frit de nous apporter des lettres cet hiver pourvu qu'on lui donna encore 
un Français de ceux qui étaient à Monsipy, avec un sauvage pour le 
guider. 

Il partit donc seul pour venir à Monsipy ou, (10 octobre 1 686) , 
il prit Montplaisir avec lui et deux sauvages des Abitibys qui s'y trou- 
vèrent, lesquels leur promirent de les amener ici sur les neiges. Mal- 
heureusement les vivres leur ayant manqué, ils furent obligés de quit- 
ter leur chemin pour chasser de quoi vivre. Ils trouvèrent dans les lieux 
de chasse des sauvages qui venaient de Thémiscaming, qui leur dirent 
que les Iroquois avaient tué tous les Français qui y étaient, qu'ils 
avaient trouvée des morceaux de leurs corps par la place. C'en était là 
plus qu'il ne fallait pour épouvanter nos gens, et les faire relâcher. Ce 
fut en ce même lieu qu'ils reçurent la dernière lettre que d'Iberville nous 
a écrite, partie par des sauvages qui avaient premis de ratrapper nos 
gens. D'Iberville eut le prévoyance d'envoyer du papier à son cou- 



— 122 — 

sin, et lui manda de lui faire savoir si les guides persistaient, et s'il espé- 
rait se rendre cet hiver ; il lui manda par les mêmes sauvages que sur 
la nouvelle ci-dessus ses guides avaient pris l'épouvante, et qu'au lieu 
de descendre, ils le menaient vers le Lac Supérieur, ce qui l'empêche- 
rait de se rendre ici plustôt que le printemps. 

Nos deux français et leur guides pensèrent mourir de faim et pour 
augmentation de malheur les fusils des sauvages, et un de ceux de nos 
gens crevèrent. La misère qu'ils eurent sur les chemins les obligea à 
suivre des lacs pour y pêcher, ce qui alongea beaucoup leur chemm. 
Ils y rencontrèrent un sauvage qui eut la bonté de leur faire un petit 
canot où ils s'embarquèrent le 18e. Mai (1689) environ à 150 lieus de 
St. Marie où ils s'envinrent seuls, conduits par une petite carte que le 
sauvage leur avait faite sur une écorse. Il s'éjourna un jour à St. 
Marie où le P. Albanel lui apprit que partie des sauvages était en 
guerre, et l'autre à la chasse que tous les Français avaient bien fait leurs 
affaires, qu'ils devaient s'assembler pour descendre en Juillet, qu'il ar- 
rivait souvent des partis de guerre qui amenaient des prisonniers, et que 
les Hurons devaient se retirer avec les Miamys à cause que les Français 
les veulent abandonner en voulant faire le paix ave les Iroquois. 

D'Iberville mande qu'il croit qu'il y a bien 80 à 90 hommes par- 
mi les Anglais, et bien qu'il n'ait que I 7 hommes avec lui, il espérait se 
rendre maître des dits Anglais. 

Le 30 Juin I 689 le Sr. De Bellefeuille arriva venant de la Baye 
du Nord d'où il partit le 1 5 Avril ; il a été amené par deux sauvages 
d'Abitibys au travers des terres, et il est sorti par le rivière Lelièvre. 
Voici ce qu'il dit s'être passé au Nord depuis le départ de Martîgny 
au mois d'Octobre 1 688. 

Le Sieur d'Iberville commandant à la Baye fit réflection que s'il 
continuait à harceler les Anglais, il les obligerait à lever l'ancre et s'en 
aller à l'île Charleston qui est le seul lieu où il pourraient mettre leurs 
navires en sûreté. Nous avions encore à Charleston les deux tiers de 
la cargaison du navire le Soleil d'Afrique avec six hommes qui les gar- 
daient ; cela le fit résoudre à les laisser en repos travailler à faire une 
maison, et se fortifier jusqu'à ce que leurs navires fussent pris dans les 
glaces. Ce temps étant arrivé, d'Iberville ne garda plus de mesures 
(Octobre 1688). Un jour le Sr. d'Iberville se promenant avec La- 
mothe passant devant le fort des Anglais, ils l'appelèrent en montrant 
un pavillon, et le prièrent de bien vouloir vivre en paix avec eux, et 
qu'il n'inquiéta point leurs gens qui allaient à la chasse des perdrix, il 
leur fit réponce qu'il ne pouvait leur laisser cette liberté par le crainte 
qu'il avait qu'en leur accordant ils ne prissent connaissance de l'état où 
il était ; cela finit avec quelques gasconnades de la part des Anglais. 
Le lendemain deux Capitaines des navires anglais et un pilote sortirent 



— I23|— 

pour la chasse nonobstant la défense du Sr. d'Iberville ; un des capi- 
taines se trouvant incommoder, relâcha, d'Iberville lui sixième étant 
allé pour gâter et couper la charpante que les anglais préparaient pour 
achever leur bâtiment, il fit rencontre de la piste du Capitaine et pilote 
il leur coupa leur chemin, et les ayant rencontré leur fit commande- 
mant de mettre armes bas ; ce qu'ils firent et se rendirent au Sr. d'I- 
berville qui les amena à son fort. Le lendemain d'Iberville envoya huit 
hommes pour attraper ceux qui iraient de la part des Anglais chercher 
le Capitaine et le pilote de qui ils ignoraient le prise. 

Nos gens étant en embuscade virent venir dix Anglais sur la 
glace bien armés, mais ils n'osèrent approcher et s'en retournèrent. 
Deux ou trois jours se passèrent pendant que nos gens cherchaient occa- 
sion de prendre ceux qui sortiraient. Les Anglais se voyant gênés 
présentèrent un pavillon et demandèrent à parler, ils s'avancèrent au 
milieu de la rivière, et dirent qu'ils ne demandaient qu'a vivre en paix, 
et qu'ils étaient prêts (pour en donner des marques) de nous vendre 
toutes leurs marchandises à cent pour cent payables en Castor à 4$ 1 Os. 
et demeureraient paisiblement dans leur fort jusqu'à ce qu'on eut des 
nouvelles d'Europe ou de M. de Denonville, et qu'ils donneraient pour 
sûreté de leur parole un otage. Le Sr. d'Iberville en demeura d'ac- 
cord à condition qu'ils ne passeraient point au sud de leur ile qui était 
de notre côté, le Sr. d'Iberville se réservait le pouvoir d'aller ou bon lui 
semblerait avec ses gens. Le traité fut ainsi fait par écrit, et cela fini, 
les Anglais firent apporter leurs marchandises au milieu de la rivière sur 
la glace, par huit ou dix hommes. 

Les nôtres les recevaient les armes à la main, cela dura pendant 
deux ou trois jours, ensuite de quoi un long temps se passa que l'on vi- 
vait en bons amis. 

Un Capitaine et un Lieutenant du Gouverneur vinrent visiter d'I- 
berville qui les avait invités à diner ; ils s'en retournèrent sur le soir con- 
duits par lui jusqu'à moitié chemin, d'Iberville ayant examiné son traité 
ne le trouva pas bien fait et était toujours dans la défiance. Il se réso- 
lu de faire en sorte d'avoir un Irlandais catholique qui parlait français, 
lequel était aux Anglais et qui avait témoigné à d'Iberville en particu- 
lier qu'il se voulait rendre à lui d'Iberville impatientant de ce qu'il ne le 
venait pas trouver, envoya son frère Maricourt avec six hommes pour le 
prendre. Le dit Maricourt se cacha dans le bois et envoya deux de 
ses hommes sur la glace demandant à parler. Les Anglais y envoyè- 
rent le dit Irlandais pour sayoir ce que l'on voulait. Un de nos hom- 
mes s'avança et lui dit qu'ils étaient venus de la part de leur comman- 
dant pour le sommer de lui tenir sa parole. Il répondit qu'il la voulait 
tenir mais qu'on lui donnât quatre ou cinq jours pour avoir le loisir de 
retirer ses hardes. Pendant ce temps notre autre français s'avança et 



— 124 /- 

lui dit qu'il ne fallait point différer, et qu'il ne manquerait point de 
hardes. 

Il obéit et l'emmenèrent à notre fort. Il dit au Sr. d'Iberville 
l'état ou étaient les affaires des anglais, lui faisant connaître qu'ils 
étaient venus exprès pour chasser les Français, et qu'il s'en défiait, que 
tout ce qu'ils faisaient n'étaient que pour l'amuser et le trahir, et qu'ils 
avaient encore des marchandises par derrière eux. Ensuite d'Iberville 
et son frère Maricourt, avec douze hommes se furent camper dans l'ile 
des Anglais, proche leur fort et demandèrent à parler. D'Iberville fit 
connaître qu'il n'était pas content de leur procédé et qu'ils manquaient 
à la parole qu'ils lui avaient donnée. Ils lui firent réponse qu'ils dési 
reraient le contenter en toutes choses. 

Le Gouverneur Anglais vint lui-même pour l'assurer qu'il lui tien- 
drait parole. Le lendemain l'on fut chercher le reste de la marchandi- 
se, et ils envoyèrent le Capitaine Abraham pour otage, disant à d'Iber- 
ville que c'était un homme pour lui ils avaient beaucoup de considéra- 
tion. Un long temps se passa, se visitant les uns les autres en se ré- 
galant. Le capitaine Abraham, otage, fit confidence à d'Iberville. 
qu'il était un forban qui avait été pris par eux dans le détroit, et lui dit, 
ne faites aucun fond pour m'avoir comme otage, je sais qu'ils vous veu- 
lent tromper, et, et que tout ce qu'ils font n'est que pour prolonger le 
temps en attendant que les glaces leur donnent la liberté de se nr.ettre 
sur les navires avec quoi ils prétendent se rendre maîtres de votre fort et 
vous prendre, et ajouta qu'ils avaient encore des marchandises. 

D'Iberville profita de ces avis pour rompre le traité qu'il avait fait 
avec eux, puisqu'ils y contrevenaient. II résolut de commencer par 
leur oter quatre bons hommes qu'ils avaient, lesquels étaient de vieux 
hivernants de ces quartiers, qui savaient la langue des sauvages. Pour 
exécuter ce dessein il les fit inviter par LaMothe, et un sauvage, d'aller 
quérir de la viande fraîche, et que les sauvages avaient tué dbc cariboux. 
ils accordèrent que le lendemain ils iraient. LaMothe les fut quérir 
en passant, et les mena par l'endroit où il savait que Maricourt les 
attendait avec cinq hommes. Le dit Maricourt leur dit Mrs. la vian- 
de fraîche que je veux vous donner est chez nous,, il faut y venir ce 
qu'ils firent, leur ayant été promis qu'il y avait bon quartier pour eux. 
D'Iberville les fit mettre en prison, et dit au Capitaine Baudeleur pre- 
mier, prisonnier, de faire venir toutes ses hardes, ce qu'il fit en écrivant 
au commandant Anglais qui fit réponse par notre français qu'ils les en 
verraient sans faute le lendemain, ce qu'il fit avec 1 7 hommes qui me- 
naient une traîne. Le Sieur d'Iberville fit au devant d'eux accompa- 
gné de I 3 hommes à dessein de les enlever, ce qu'il fit en les faisant 
conduire à son fort. Ils dirent que leur Lieutenant venait après eux, 
lui deuxième. Maricourt s'en fut lui 4e. au devant pour les prendre. 



— I25-- 

Dans ce même temps notre chirurgien jfut inviter celui des Anglais d'aller 
à la chasse avec lui^ ce qu'il fit, nos gens le furent attendre dans le bois, 
et l'emmenèrent au fort. 

Voilà 21 hommes de pris et tous par adresse. Le même jour d'I- 
berville envoya sommer les Anglais de lui remettre tous les effets de leur 
compagnie entre les mains, et de se rendre. Ils répondirent qu'ils 
étaient encore 40 hommes de com.bat, sans leurs malades, et que ce 
n'était pas une proposition à leur faire que de les mettre ainsi à sa dis- 
crétion. Le lendemain Maricourt, lui 1 4e. fut camper dans l'ile des 
Anglais, hors la portée de canon ; il y fit faire une cabane et envoyait 
continuellement harceler les Anglais. Le jour suivant d'Iberville y fit 
mener une petite pièce de canon, et y vint lui-même. Deux jours se 
passèrent ainsi à tirailler les uns contre les autres. L'Anglais se ser- 
vait de toute son artillerie qui état nombreuse, ayant sur ses deux navires 
34 pièces de canon et 8 pierriers. Le 3e. jour ils nous tuèrent le nom- 
m.é Villeneuve, une heure après on tua un des leurs. Le lendemain d'I- 
berville y retourna avec son prisonnier Baude, Lieutenant du Gouver- 
neur, où il les somma de se rendre, qu'à faute de quoi il n'y aurait pas 
de quartier. Ils donnèrent leur réponce par écrit en alléguant les con- 
ditions du premier traité. D'Iberville n'y voulut pas entendre et leur 
fit connaître que le plus court pour eux étaient de se rendre. 

Les Anglais envoyèrent pour la seconde fois le priant de leur don- 
ner du délai jusqu'au lendemain afin de songer à leurs affaires, promet- 
tant, de lui donner toute sorte de satisfaction. Le lendemain étant 
arrivé, et nos gens toujours campés devant eux, d'Iberville envoya son in- 
terprète demandé leur réponse. Ils l'envoyèrent en latin. D'Iber- 
ville vint à notre camp avec le Lieutenant, son prisonnier, et accepta 
leurs propositions qui étaient qu'ils payeraient tel gages des officiers 
montant à 2500 Ibs. qu'il leur donnerait un vaisseau avec vivres pour s'en 
retourner. Cela étant arrêté, d'Iberville envoya quérir le Gouverneur 
qui vint sur la glace et signèrent les conventions ; et ensuite le dit Gou- 
verneur fit sortir tout son monde sans armes sur la glace. Maricour 
fut prendre possession du fort des Anglais avec I 4 hommes, le Gou- 
verneur l'y conduisant. Cela étant fini d'Iberville fit désarmer les 
deux navires, et mis ce qui était dedans au fort. Les Anglais furent 
coucher dans les dits deux navires, ensuite d'Iberville s'en retourna à 
son vieux fort où il restait 8 français qui gardaient les prisonniers au 
nombre de 55, le reste étant mort de maladie dans leur fort. Le len- 
demain d'Iberville revint au fort nouvellement pris pour mettre ordre à 
tout, et fit conduire tous les Anglais au vieux fort, s'en réservant dix 
des meilleurs pour les faire travailler ; et après avoir retiré tous les ef- 
fets qui étaient dans son vieux fort il y en retira aussi 8 hommes qui y 
étaient restés à la réserve d'un, qu'il laissa pour garder les AnglaU^ et 



— 126 — 

leur distribuer des vivres, Maricour partit du vieux fort vers la fin de 
l'année 1 688 pour aller à Charleston sur les glaces pour savoir des nou- 
velles des six hommes qu'il y avait laissées pour le garde de nos mar- 
chandises qui y étaient restées ; il les trouva en parfaite ordre et en rame- 
na quatre avec lui pour fortifier Quichychouan où étaient les navires An- 
glais. Il y a presque 1 50 lieus à faire sur les glaces et une traversée 
de I 5 lieus sans abri, les Anglais étaient 85 hommes sur les deux na- 
vires, le plus grand était de 1 8 pièces de canon et 4 pierriers, le petit 
était de dix pièces et de 4 pierriers avec quantité d'armes et munitions de 
bouche et de guerre. Des 85 hommes susdits, il en était mort 28, y 
compris 3 de tuer par nos gens. 

Avant que le Sieur Bellefeuille fut arrivé pour apporter la nouvelle 
de la prise des navires Anglais la Compagnie avait résolu d'envoyer St. 
Hélène, frère d'Iberville pour la découverte d'un chemin par lequel on 
prétendait aller en 20 jours à la Baye, et même temps un secours d'hom- 
mes pour aider au Sr. d'Iberville à repousser les Anglais qui pouvaient 
revenir cette année à la dite Baye pour savoir ds nouvelles de leurs gens. 

C'est pourquoi il fut dépêché un des associés pour aller travailler à 
Montréal a cette expédition qui fut achevée le 5e. de Juillet ( I 689) que 
le dit de Sainte Hélène partit avec 50 hommes parmi lesquels il y avait 
nombre de matelots que l'on envoyait exprè pour amener les navires An- 
glais, en cette rade. Il fut aussi dépêché par Tadoussac I à 1 2 hom- 
mes entre lesquels était un pilote français qui avait fait deux voyages au 
port Nelson dans le temps que nous en étions en possession. Depuis 
l'arrivée du dit Sr. Bellefeuille on n'avait reçu aucune nouvelles de la 
Baye jusqu'au 20 Octobre 1 689 qu'arriva le Sr. La Chevrotière avec 
8 Anglais entre lesquels étaient les trois Capitaines des navires pris avec 
des lettres de d'Iberville qui marquait qu'il avait pris la résolution de 
s'en venir à Québec avec les navires Anglais, le plus grand équipé de 
ses canons, 30 Français et 1 2 Anglais, et qu'il avait donné aux autres 
Anglais, qui n'étaient de nulle conséquence, un petit bâtiment qu'il avait 
pris le printemps dernier pour s'en retourner en Europe, qu'il partirait le 
1 Septembre du fond de la Baye et, qu'il laisserait son frère Maricour 
pour y commander avec St. Hélène qui ne s'enviendrait que quand le 
temps serat passé que l'on peut craindre l'arrivée de quelques navires 
Anglais, et même qu'il viendrait par ce chemin prétendu qu'il aurait 
marqué en allant, ayant mit 42 jours à se rendre au lieu de 20. Il ne 
crois pas que les Anglais y retournent sitôt. Dans les prises que nous 
avons faite, il s'est rencontré onze pilotes, il ne leur reste que le nommé 
Grimeton qui était pour nous dans le Soleil d'Afrique, et qui nous a 
déserté, s'il revient au dit fond de la Baye il est encore à nous. 

Nous sommes au 29 octobre 1 689 le navire du Nord arrive chargé 
de pelleteries, il a rencontré le navire qui porte les retoxu-s du fort Nelson 



— 127 "" 

à Londres, si l'équipage avait été tout français, d'Iberville l'aurait assu- 
rément pris ; mais se prudence l'a empêché de rien entreprendre sur le d. 
navire afin de se réserver pour le port Nelson. C'est à la conduite du 
dit Sr. d'Iberville que l'on doit tout ce succès. 

Arch. Can. Corr. gêné Canada. Vol. 1 fol 480 à 498. 



APPENDICE L 

1 7 Novembre 1 689 

COPIE D'UNE LETTRE DU SR. D'IBERVILLE COM- 
MANDANT DE LA BAIE DU NORD EN CANADA A SES 
ASSOCIES A PARIS. 

Québec, le 1 7 Novembre 1 689. 
Le Capitaine Bonnaventure ( 1 ) a relâché ici ayant parti trop tard 
de France. S'il fut arrivé au mois d'Août ou de Septembre à la Baie, 
il se fut chargé des Castors que j'ai apportés ici et j'aurais avec le Na- 
vire que j'ai pris sur les Anglais, été hiverner au Fort Nelson avec qua- 
rante hommes et m'en serais rendu maître cet hyver sans qu'il eût coûté 
vingt mille livres. Pour vous faire un petit détail de ce que j'ai fait de- 
puis que vous avez eu de nos nouvelles par les premiers vaisseaux, je 
vous dirai que le 1 r. Juillet étant au fort St. Anne je sus par des sauva- 
ges venant de la guerre des Esquimaux qu'il avaient trouvé une chaloupe 
anglaise qui venait avec quatre hommes de reconnaître le fort St. Louis où 
elle n'a trouvé que quatre hommes qu'elle s'en retournait à Ruper où 
était son vaisseau distant du fort Ste. Anne de 50 lieus et du fort St. 
Louis de trente lieus ; qu'ils le devaient venir prendre, ayant pris le plus 
grand des bâtiments Anglais, je fus contraint de partir pour aller à Char- 
leston quérir nos yivres qui y avaient resté en automne, je partis sur le 
champ le 'er. de Juillet avec onze de mes gens et laissa au fort mon frère 
de Maricour avec 9 hommes et 58 Anglais et me rendis à Charleston. 
Après avoir passé au fort St. Louis pour voir si l'anglais n'y serait 
point. J'y arrivai le 2 au soir ou j'ai trouvé des quatre hommes que 
mon frère y avait laissés un de mort et deux autres brûlés par la poudre, 
hors de service, le 3, je changeai tout ce qu'il y avait dans la maison et 

(1) Siraon Pierre Denvs, Sieur de Bonavcnture, fils de Pierre De- 
nys, sieur de la Ronde, et de Catherine LeNeuf, de la Potherie, baptisé à 
Québec, le 24 juin, 1659. Marié, en 1686, à Geneviève Couillard de Ouébec, 
il épousa, en secondes noces, en 1693, à La Rochelle, Jeanne Jeanniêre, 
épouse de feu François Bourdon, Sieur de Dombourg. 

Lieutenant de frégate d'abord, il devint capitaine en 1689, et fut aus- 
si lieutenant du roi en Acadie. 



— 128 — 

laissai les caches et en repartis la même nuit pwur Ruper où je me rendis 
de vent contraire, le 7 je fis reconnaître le vaisseaux et le 8 au matin je 
m'en allai avec quatre hommes et un de mes frères pour les sommer de 
me rendre leur vaisseau et les effets, à demie lieue de leur navire, de 
brume, je rencontrai leur chaloupe avec huit hommes dont quatre se 
trouvèrent sauvages. 

Je l'abordai leur parlant Anglais et me saisis d'eux ils firent peu de 
résistance, voyant que nous allions mieux qu'eux et que nous étions les 
plus forts ou plus résolus de nous battre. Je pris le capitaine du vais 
ceau avec moi dans ma chaloupe et envoyai la sienne à mon bord avec 
trois de ses hommes conduits par un de mes frères. Je fus sommer le 
pilote du vaisseaux de se rendre, qui ne voulut faire quoiqu'ils ne fussent 
que cinq hommes, à moins que je ne leur payasse leurs gages, ce que je 
leur accordai, ne voulant pas faire entrer mon vaisseau dans cette Riviè- 
re et étant toujours pressé de m'en retourner à Charleston quérir cent 
barriques de grain que j'avais en cache approvisionner le fort St. Louis 
et me rendre au fort Sainte Anne où j'avais beaucoup de travail tant 
qu'à mettre nos barques à l'eau que les glaces avaient jetées sur les côtés, 
que beaucoup d'autres travaux que mon frère ne pouvait faire avec si 
peu de monde et en avoir tant à garder, ce qui m'obligea de leur promet- 
tre de sortir aussitôt de cette rivière et ne me pus rendre au fort Ste. An- 
ne que le I 5 Août ( I 689) à cause des Sautes de yent. 

Mon frère de Ste. Hélène m'y joignit avec un secours de trente 
huit honunes et m'apporta des ordres de m'en revenir à Québec avec le 
plus grand des vaisseaux de vingt quatre pièces de canon chargées de 
castor, ce que je fis le I 2, 7bre ( 1 689) que je suis parti du fort Ste. 
Anne et mon frère de Ste. Hélène aussi avec deux hommes pour s'en re- 
venir à Montréal en canot. Je laissai mon frère de Maricour en ma 
place avec trente six hommes dans trois endroits en cas de l'arrivée du 
navire Anglais qu'ils attendaient cette année, de trente pièces de canon 
qui n'est pas venu, mon frère Ste. Hélène étant parti du fort St. Louis \é 
1 8 Septembre, l'on en a aucune nouvelles et moi qui ai rencontré un na- 
vire de 1 4 pièces de canon dans l'ntrée du détroit venant du port Nel- 
son où il avait hyvemé et en était parti le 1 2 du mois. On nous dit 
qu'il n'avait point eu cette année de navire d'Europe et on était bien en 
peine, je parus Anglais à ces gens là, ne faisant parler que les Anglais, 
et portant le pavillon de Roi et de la G)mpagnie d'Angleterre. 

Nous nous promîmes de nous garder compagnie et que pour cela je 
porterai le feu, ce que je fis pendant 1 20 lieues durant lequel temps 
nous nous parlâmes cinq fois attendant un vent favorable pour nous visi- 
ter en chaloupe, j'aurais bien voulu leur attraper une chaloupe et tâcher 
de les prendre après leur avoir ôté 8 ou 10 hommes, quoiqu'ils fussent 25 
de compte fait, mais le teu^ ne nous permit pas de aou$ visiter Choviaip 



129 — 

étant ayec eux que je reconnus. Ainsi nous nous quitâmes au 
bout du détroit, eux faisant route vers l'Angleterre, et nous vers Belle-Isie 
et arrivâmes heureusement à Québec le 28 Octobre (1689). Il me 
reste à vous marquer notre résolution pour notre entreprise que la Com- 
pagnie a résolu d'acheter un vaisseau de 1 8 à 20 pièces de canon, de 
120 ou 150 tonneaux qui partira de LaRochelle le 15 de Mars afin de 
se rendre ici en Mai et ;e serai tout prêt pour partir dans le bâtiment que 
j'ai ici et un autre que nous y joindrons, mais nous avons bon besoin que 
celui de France ne nous manque pas ; c'est pourquoi tâchez d'obtenir un 
ordre particulier à M. l'Intendant pour avoir des boulets environ 2000 
petits et gros, c'est de quoi nous ne pouvons nous passer, n'en ayant 
point ici, il faut nous faire joindre à cela un mortier et des bombes, nous 
serions sûre de notre coup, puisque si nous les avions pas d'une manière 
nous les aurions de l'autre et quatre pièces de canon de fonte de cam- 
pagne et 6 ou 3 livres de balles. Je vous assure bien de les rapporter 
moi-même s'il plait à Dieu. On nous a dit que le Roi veut que l'on se 
saississe de ce Poste. Qu'il aye donc la bonté de nous assister de ce 
petit secours et je suis sur que nous nous en rendrons les maîtres avec soi- 
xante Canadiens pendant qu'ils sont environ cinquante hommes dans 
leur fort entouré de bons fossés de 1 pieds de large et plein d'eau avec 
trente pièces de canon et que nous n'avons que des fusils et des petits ca- 
non de fer de notre navire que nous serons peut-être obligés de porter au 
travers des bois, s'ils ont des vaissaux qui nous empêchent l'entrée de 
leurs Rivières^ enfin je ne fais nul doute que si on nous veut secourir de 
ce que je vous demande, nous viendrons à bout de nos desseins où y 
périrons. 

Arch. Canad. Corr. générale, Canada, Vol 10 fol. 499 à 504. 



APPENDICE M 



MEMOIRE DE LA COMPAGNIE DU NORD. TOU- 
CHANT LE PILLAGE COMMIS PAR LES ANGLAIS A LA 
RIVIERE BOURBON (BAIE D'HUDSON). 

La Compagnie du Commerce du Nord établie à Québec avec per- 
mission et patente de S. M. a eu le malheur après avoir pris posseession 
au dit pays du Nord de la riche et grande rivière de Bourbon, en 1 682, 
d'y avoir été pillée en terre en 1 683, par les anglais pendant le retour de 
leur vaisseau à Québec, qui leur prirent un magasin rempli de plus de 



— I30 — 

200,000 de castor martre et autres pelleteries dans le temps qu'il n'y 
avait point de guerre entre les deux nations ayant corrompu deux ou 
trois gardeurs français des dits pelleteries et magasins. 

Une si grande violence a obligé la dite Compagnie pendant quelle 
en porta sa plainte a S. M- en France, de renvoyer les armées suivantes, 
tant par mer que par terre au dit nord pour se venger des dits Anglais, en 
y continuant leur commerce. 

Leurs forces remportèrent des lors de gands avantages sur les dits 
Anglais qui perdirent au fond de la baie du Nord trois forts, garnis de 
24, 18 et 12 pièces de canon avec quatre vingts hommes dans le fort 
nommé Chichosiouan, à présent Ste. Anne, quarante hommes dans celui 
nommé Monsipi aprésent St. Louis, et dans celui nommé Rupert, âpre- 
sent St-Jacques soixante hommes où ils firent aussi quelque pillage qui 
fut lais.sé à leur soldats et aventuriers pour leur donner courage à de 
nouvelles entreprises. 

Ce fut vers ce temps que S. M. accorda au Roi d'Angleterre que 
les limites des terres seraient réglées par MM. les commissaires qui furent 
nommées de la part des deux royaumes ce portant défense aux sujets de 
faire aucun acte d'hostilité, à quoi les dits Anglais refusant d'obéir de 
leur part, seraient venus sur la fin de Tannée 1688, au fond de la baie 
du Nord, occupée par les français hiverner avec trois navires et environ 
cent hommes d'équipage auraient bâti un îoit a la voix de celui des dits 
français, qui toujours sur leurs gardes ayant sur leurs bras de si dange- 
reux voisins découvrirent par la communication avec quelques uns des 
dits Anglais, qu'ils étaient ennemis, comme ils l'avaient pensé ce qui les 
engagea à leur faire la guerre dans laquelle i's furent assez heureux de 
prendre avec 1 7 français les dits trois navires et leur fort nommé Chur- 
chil, gardé par 85 hommes, les autres étant morts pendant l'hiver, laquel- 
le prise a été jugée bien faite par le jugement de l'amirauté au Siège Ro- 
yale de Québec, ayant été prouvée par les papiers qui ont été saisis aux 
officiers anglais qu'ils étaient partis de Londres a dessens de chasser les 
français de la dite Baie, et d'attirer ceux des dits français qui voudraient 
prendre parti ayant ordre pour cet effet de se servir de la force et de la 
fraude. 

Une si méchante conduite de la part des dits Anglais dans le 
temps qu'ils avaient l'ordre de leur Roi de vivre en paix, la guerre décla- 
ré par S. M. contre ceux qui servent le prince d'Orange a donné tout le 
droit aux français de faire un effort pour reprendre sur eux les Rivières 
de Ste- Thérèse et de Bourbon^ dont ils se sont saisis dès Tannées 1682- 
Pour cet effet ils ont fait partir de Québec au mois de Juin dernier deux 
navires commandés par les Sieurs d'hibei-ville et de Bonnaventure. Ar- 
més de 1 8, l'autre de 1 2 pièces de canon et quatre vingts hommes avec 
toutes les provisions nécessaires pour la traite et pour l'entretien de leur 
garnison au fond de la baie et équipage, forces qui ont dépensé 1 80,000 



— 131 — 

Ibs., et qu'ils jugeraient suffisantes pour emporter les dts. Rivières possé- 
dées par les Anglais sur le nom de port Nelson, et où les dts. Srs. d'hyber 
ville et de Bonnanventure trouvèrent arrivés avant eux de l'Europe trois 
gros navires dont un de 40 pièces avec un brûlot, ce qui les a fait rela- 
rhsr l'un au fond de la dite baie, et l'autre à Québec et depuis à cause 
du siège des Anglais en Europe, après avoir obligé pendant leur navi- 
gation les dits Anglais du Nord d'abandonner le poste de Nieu Sayanne, 
éloigné de 50 lieues dt celui de Nelson où ils ont brûlé en le quittant a 
ce que l'on estime au moins pour 1 00,000 livres d'effets. 

Tar;t de pertes et de dépenses de la part des Anglais pour posséder 
le dit port Nelson peut bien faire juger de sa valeur que l'on ne f>eut as- 
sez estimer. 

Les français y ayant fait, la première fois qu'ils y firent la traite, 
pour 200,000 de Castors, martres, loutres et autres pelleteries que les 
Ajîglais leur pillèrent. 

Toutefois non obstant l'espérance qu'il peut y avoir d'y profiter 
Tiprès la conquête et la convenance pour Qubec, qui peut y aPer et re- 
tourner en trois mois et demi, il y a si longtemps que la dite compie. 
soutient la guerre à ce sujet contre les dits Anglais quelle ne croit pas ses 
forces capables d'obtenir cette conquête, ce quelle remontre très humble- 
ment a S. M. pour quelle y donne la main par sa grand bonté et généro- 
sité ordinaires. La dite Compagnie de Québec croit que si S. M. vou- 
lait bien lui accorder pour deux ou trois ans un de ses vaisseaux de 36 
pièces de canon, bien armé de tout le nécessaire pour la guerre auquel ils 
joindraient leurs deux navres, sans difficulté ils prendraient sur les An- 
glais le dit post Nelson. 

Pour réussir il faudrait primer les Anglais et obtenir le dit vais- 
seau de S. M. en état au mois de février prochain pour venir à Québec, 
la dite Compie., demeurant chargée des soins de l'équipage et victuail- 
les. 

Trois pièces de canon de fonte pour mettre à terre et battre le fort. 

1000 Ibs-, de poudre, tant pour la guerre, que pour la traite aux 
sauvages que la dite Compie payera que sur le pied que S. M. la paie au 
fermier ou traitement des poudres qui est à 35 Ibs., avec 30 ou 40 mille 
livres de prêt pour 4 ans et sans intérêts. ' 

La Compagnie représente l'importance de l'entreprise qui ne pourra 
jamais réussir que soutenue par une maison Royale aussi puissante que 
celle de S. M. en accordant ses grâces a la dite Compie. 

A Québec, le 1 5 Novembre 1 690. 

Signé 

GABIN PACHOT 
CHARLES ALBERT DE LA CHENAYE 



ERRATA 



Page 1 , ligne 8, porté au lieu de portés. 

Page 33, ligne 31, bras gauche au lieu de bras droit- 

Page 43, ligne 30, Silv^ au lieu de Silvie. Ligne 36, Lartigue au lieu 

de Lartique. 
Page 5 1 , ligne 30, Dupay au lieu de Dupu^. 
Page 53, ligne 30, Opasaiika au lieu de Opasitil^a. 
Page 54, ligne 35, septentrionales au lieu de méridionales. 



INDEX 



— 132 — 

TABLE DES NOMS DE PERSONNAGES ET 
DE LIEUX. 



•^raham. Capitaine, 124 
Alert, V, 78 

Ailleboust, Sieur d' . . . de Manthet, 1 7 
Abitibi. lac, 5, 54,56, 121 
Abitibi, Rivière, 2, 56, 57, 61 
Abitibi, fort, 54, 55 
Albany, fort, 2, 1 3, 1 7, 18,90 
Allemand (Lallemand) Pierre, 3, 3, 19, 22, 27, 30, 34, 47, 58. 66, 

69, 70, 85,90, 103, 106 
Allumettes, portage des, 35 
Amyot, Sieur, 34 
Arnaud, R. P., 44 

Bellefeuille, abbé de. 37, 43, 44, 55 

Bellefeuilie, Sieur de, 122, 126 

Blanche, rivière, 47 

Bourbon, fort, 3, 4, 5 

Bourbon, rivière. 5, 6. 8. 10. 1 7. 107. 1 15, 11 7, i29, 13D 

Bourget, Monseigneur, 44 

Bridgar, John, 72, 78, 79, 82, 85, 94. 105. 106. 1 1 1 . 1 14 

Bryson, 33 

Carillon, rapide de 24 
Catalogne. M. de. 11, 109 
Cerry. Sieur de. 55 
Charles, fort, 2 
Cherry, Sieur de, 1 1 7 
Chute-à-Elondeau, 25 
Chutes-aux-Iroquois, 56 
Clay Falîs, portage, 59 
Clément, R. P., 44 
Cognac, Sieur, 45, 46 
Comfort. pointe, 73 
Como, pointe, 21 
Creuse, rivière, 37 
Cugnet, Sieur, 42 

Dalmas. R. P.. 16. 17 



— 133 — 

Dargy, rapide, 33 

Dasserat, lac, 54 

De Callieres, M.,20 

De Comporté Gauthier, 3, 4 

De la Chenaye, Aubert, 3, 99, 1 00 

De la Barre, M., 3, 4, 100, 101, 116 

De la Forest, François, 2 1 

De la Montagne, rapide, 33 

Delorme, capitaine, 14, 117 

Denonville, Marquis de, 1 , 1 3, 19, 1 1 . -1 . -I , -23 

Denys, Simon-Pierre, Sieur de Bonaventure 

Des Calumets, rapide 33 

Des Chats rapides. 32. 

Des Grelots, rapide, 38 

Des Groseilliers Médéric Chouart, 2, 3, 6, 9, 99, 100, 10 

Des Groseilliers, Jean Baptiste Chouart, 3, 6, 1 28 

Des Joachims, rapide, 37 

Desmoulins, Sieur, 86 

De Tonty, le chevalier, 45 

D'Hudson, compagnie de la baie, 2, 3, 4 

Diligente, la, 117 

Dorval, Sieur, 1 20 

Duhamel, Monseigneur, 44 

Dupuis, J. Baptiste, abbé, 43 

Dupuy, canton, 5 1 

Du Sable, rapide, 33 

Fleury de la Gorgendière, Sieur, 42 
Fort Coulogne, 34 
Frederick-House, rivière, 57 

Garin, R. P., 44 
Grace-Point, 26 
Grand-Portage, le, 59 
Grenville. 24, 28. 29 
Guillet Mathurin, 43 
GuiUet, Paul, 42 

Hannah, baie de, 71 
Harricana, rivière, 80 
Hayes, fort, 64 
Hayes, rivière, 3 





97. 109. 


110. 


111 


. 112 


, 113, 114, 


116, 




121. 122. 


123, 


124, 


125. 


126, 


127, 130 


Ile 


de Carillon, 


22 












Ile 


de Charleston. (CF 


larltor 


i) 12, 


15, 


95, 96, 


117, 




127, 131 














Ile 


du Chef. 46 














Ile 


du Collège, 


45 













— 134 — 

Iberville. Sieur d'. 7. 8, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 19, 24, 25, 26, 29 
34. 35. 40, 41, 57, 58. 61. 62. 67. 69. 74, 77, 85, 90. 96 

117, 118. 119, 



119, 122, 126. 



Juchereau de la Ferté. Denis- Joseph. 39 
Jucher^au-Duchesnay, Ignace, 27, 69, 83 
Jacques II, 1 

La Chaudière, rapide, 32 

La Chevrotière, François-Chavigny de, 69, 118, 126 

LaCroix, Sieur, 86 

Laliberté, Sieur, 65 

La Martinière, Sieur de, 8, 9, 72, 83, 1 02, 1 03 

LaMothe, 29, 121, 124 

LaNoue, Sieur de, 7, 8, 19. 26. 28. 29. 30, 48. 66. 69. 97 

La petite Nation, 31 

Latulipe. Mgr. E. A.. 44 

Laverlochère, Père, 44 

Lavoie, Sieur, 30 

Leblanc Noël, 57, 58, li3 

Lebret, R. P-, 44 

Le Gardeur, Sieur, 1 05 

L'Eturgeon, baie de, 36 

Lièvre, rivière du, 31, 1 22 

Loranger, Sieur, 23 

Lorrain, Monseigneur. 4 4 

Louvigny. Sieur, de, 118 

Long-Sault, 22, 24, 41 

Maricourt, Sieur de, 7, 8, 12, 13, 14, 15, 16, 19, 27, 29, 30 48 66 

69, 97. 109. 121. 123. 125, 126, 127, 128. 
Martigny. Sieur de, 17, 1 20, 121 
Mattawa. 39, 40, 113 
Metabetchouan, rivière, 41 
Moisan, Sieur 1 04 
Montplaisir, Sieur. 121 

Monsoni ou Monsipy, fort 64, 82, 96, 97, 114, 119, 121. 130 
Monsoni ou Monsipy. rivière. 2, 3, 13, 61. 71, 



— 135 — 

Montréal, rivière, 41 , 
Moose, rivière, 61 
Moreau, abbé, 44 
Morel, abbé Thomas, 88 
Mourrier, R. P., 44 
Muskrat, rivière 36 

Nelson, rivière, 2, 99, 101 

Nelson, fort, 2, 3, 8, 10, 17, 127, 131 

Nemisco, lac, 5, 1^7 

Nemiskau, rivière, 2 

Niagara, fort, 1 1 

Nord (compagnie du), 3, 4, 6. 13, 14, 41, 129 

Opasatika, lac, 53 

Outlaw, capitaine, 7S, 79, 85, 94. 96 

Pélican, le, 1 7 

Péré, Sieur, 9, 86. 93. 112 

Pian, R. P., 44 

Pitre. Sieur, 90 

Poiré, abbé, 44 

Pothier, R. P., 44 

Pourpoint, Jacques, 20 

Quichitchouanne, fort, 70, 83, 89. 97. 1 14, 1 19. 1 30 
Quichitchouanne, rivière, 2, 84, 119 

Radisson (Pierre-Esprit), 2, 3, 4. 5. 6. 7, 9. 99, 100 

Remics. rapides. 62 

Roche, Capitaine, rapide de la, 37 

Rocher-Fendu, lac 33 

Rupert, fort 2, 13, i5, 78, 96, 1 10, 128, 130 

Rupert, rivière, 7 1 , 72 

Sainte-Anne, fort, 2, 12, 13, 15. 16. 17, 127. 128, 130 

Saint-François, le, 118 

Saint-Germain, Sieur de, 19, 20, 21, 23, 25, 33, 41, 55. 61. 63. 71. 

96 
Sainte-Hélène, Sieur de, 7, 8, 12, 13, 14, 16, 24. 26. 29. 30. 34. 

38, 39 40 42 48 58. 65. 74, 76. 90. 97, 109, 1 10, 1 14. 126. 

128 
Saint-Jacques, fort, 1 30 



— 136 - 

Saint-Louis, fort, 13, 64. 118, 127, 128. 130 

Sainte-Thérèse, rivière, 1 07, 1 30 

Sebille, Jean, 42 

Sergeant, Henri, 93, 94, 95 

Silvy, Père. 7, 9. 12. 16, 19, 20, 22, 23, 24, 25. 27, 28, 31 32 34 

38, 39, 44, 47, 50, 60, 63, 68, 71, 90, 97, 1 13 
Soleil d'Afrique, le, 14. 119. 126 
Stonefield, 28 
Susan, le. 72 

Témiscamingue, 34, 39, 41. 42. 43. 44. 46. 98. 109. 121 
Trois-Portages les. 58 

Vaux. Pierre, 120 
Villedieu, Antoine, 43 
Villeneuve, Sieur. 1 25 

Windigo, rivière, 48